Géographie de l'Afrique du nord
Le Titteri des Français
1830-1962
DEUXIEME PARTIE : LES LOCALITES
C / LES VILLAGES DE COLONISATION
4 / Sous la troisième république après 1918
Maginot, De Foucauld, Aïn-Boucif, Taguine, El-Hamel, Tadmit
Documents et textes : Georges Bouchet

mise sur site le 4-5-2009

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C / LES VILLAGES DE COLONISATION

On sait que parmi les 7 sous-préfectures de 1959, Djelfa et Tablat avaient été d'abord de simples villages de colonisation. Sans compter ces deux cas particuliers sur lesquels je ne reviendrai pas, et sans compter non plus les hameaux jamais promus communes, il a été créé dans tout le Titteri, sauf erreur de ma part, 24 villages européens entre 1848 et 1924.

Leur répartition régionale est éloquente : aucun dans l'Atlas saharien des monts Ouled-Naïl
                                                            3 sur les hautes plaines
                                                            21 dans l'Atlas tellien, plutôt au nord qu'au sud

Sur ces 21 villages telliens, 7 sont proches de Médéa
                                         5 sont dans la plaine des Aribs
                                         3 sont alignés sur la RN 1 dans la vallée de l'oued Akoum
                                         6 sont plus isolés, à l'écart des axes majeurs des RN 1 et RN 8

 Ces localisations seront rappelées aussi souvent que nécessaire mais ne seront pas utilisées pour structurer mon étude. Pour mon exposé je préfère choisir un plan chronologique appuyé sur les 4 périodes que voici :
       IIè République Lodi (ou Draa Esmar) et  Damiette (ou Aïn Dhab)
        Second Empire
Bir-Rabalou (ou Bir-Ghabalou) et Sidi-Aïssa
  Berrouaghia
        IIIè République avant 1914 Les quatre villages de colonisation de la commune mixte de Berrouaghia ( Ben Chicao, Loverdo,  Nelsonbourg, Champlain)
  La commune mixte d'Aïn-Bessem et ses trois villages annexes.
  villages dispersés
       IIIè République après 1918 Maginot, De Foucauld, Aïn-Boucif,
       Trois cas particuliers Taguine, El-Hamel, Tadmit

4 / Sous la troisième république après 1918

Après la guerre, en ce qui concerne la colonisation française, il convient de ne pas confondre l'apparence et la réalité : l'apparence est tout à fait brillante, la colonisation devient " crépusculaire ".

L'apparence est celle d'un nouvel essor. La France reçoit en mandat 4 territoires à administrer : 2 mandats B (Cameroun et Togo) et 2 mandats A (Syrie et Liban). Oublions le recul de Cilicie face aux Turcs en 1920. Au Maroc nous continuons, au nom du sultan, à étendre le bled makhzen aux dépens du bled siba des montagnes et du sud berbérophones.

En Algérie le succès de la colonisation paraît si assuré que nous commémorons avec faste le centenaire de la conquête, en 1930, immortalisée, pense-ton, par la construction du monument de Boufarik à la gloire des colonisateurs.

En réalité, en 1930 c'en est déjà fini en ce qui concerne la colonisation rurale : les 2 derniers villages (Gaston Doumergue et Médrissa) ont été créés en 1928. Il n'y en eut pas d'autres pour plein de raisons qui étaient apparues avant 1914 et qui s'aggravaient :
               - difficulté de trouver des terres sans susciter de mécontentements,
               - difficulté de trouver des terres en zone suffisamment humide,
               - difficulté même de trouver des volontaires " immigrants " c'est-à-dire métropolitains,
               - coût de plus en plus élevé des infrastructures.

Plus inquiétant encore : les colons, pour la première fois en 1902, vendirent plus de terres aux indigènes qu'ils ne leur en achetèrent. Après 1918 ce déséquilibre devint permanent. Il s'enclencha ainsi un processus insidieux qui s'accélèrera après 1945. Pour exposer cet exode rural qui vide les villages de colonisation lentement mais sûrement, je cède la parole à A.Rossfelder qui le décrit fort bien dans son " onzième commandement " page 235.
" Des centaines de familles européennes se sont repliées sur la côte, perdant souvent la notion même du monde colonisateur d'où elles venaient. L'existence serait plus facile là-bas…On laisse derrière soi des noms sur des monuments que seuls parcourent encore du regard des étrangers curieux de savoir si quelqu'un portant leur patronyme est venu autrefois se perdre ici.
Quant aux fermes qui survivent, on n'a pas à les abandonner vraiment ; assurer le calendrier des cultures, les fournitures et les ventes, n'impose pas la nécessité d'y vivre ; un Arabe de confiance, quelques voyages surprises pour affirmer l'œil du maître, un séjour au temps des moissons ou des vendanges suffisent à leur bonne gestion. Pour le mieux loti, il est devenu facile de partir tout en croyant rester. Pour le plus modeste, il est difficile de rester sans feindre d'ignorer qu'une époque s'éloigne. Le blédard est en voie d'extinction.
"

Ce phénomène a commencé très tôt, parfois dès le début. Dans le Titteri nous l'avons mesuré, par exemple, à Hoche ou à Masqueray. Il n'est pas perçu par les Français qui vivent dans les grandes villes de la côte.

La tentation de revendre sa concession le plus vite possible est telle qu'en 1924 le gouverneur Théodore Steeg signe le 9 septembre un décret qui modifie les conditions d'attribution des lots :
               - 50% des lots rendus accessibles aux colons ou aux fils de colons (au lieu de 25%),
               - obligation de résidence portée à 20 ans (au lieu de 10),
               - interdiction de vendre à un non-colon français portée à 40 ans (au lieu de 20).
Avec le recul du temps ce décret paraît loufoque, car 40 ans plus tard, en 1964, il n'y avait plus de colons du tout, ni dans ces nouveaux villages (peu nombreux, aucun dans le Titteri), ni dans les anciens. Les fermes avaient été saisies en tant que " biens vacants ".

Dans le Titteri seuls deux ou trois villages ont été créés après 1918, à la limite des steppes : deux d'entre eux se trouvent sur la route de Boghari à Sidi-Aïssa par Arthur (la RD 136) et le troisième à l'extrémité orientale de la haute plaine du Sersou. Je dis deux ou trois car je ne suis sûr de la date de création que pour deux villages.

Les deux villages de la RD 136 d'Arthur à Sidi-Aïssa

Maginot (ou Chellalat el Adhaouara)

L'origine du nom de ce village est celui d'un personnage politique français rendu célèbre par un ensemble de fortifications imprenables, mais pas incontournables, comme chacun le sait depuis mai-juin 1940. Mais cette " ligne Maginot " n'est pas du tout la raison qui a motivé la dénomination d'un village de colonisation créé bien avant les travaux de fortification commencés en 1929.

Auparavant, Maginot avait été en 1907 le directeur de l'Intérieur au gouvernement général de l'Algérie. A ce titre il était l'un des principaux responsables de la création des villages : il a donc eu sa part dans la fondation de Masqueray en 1907.

La date de création ne m'est pas connue (si quelqu'un la connaît avec assurance, je suis preneur), mais il est sûr qu'elle est intervenue entre 1907 et 1927. Le guide Joanne de 1908 ne le mentionne pas. Cette période, un peu avant ou un peu après la guerre, est tout à fait compatible avec sa situation à la lisière méridionale de l'Atlas tellien, pas loin des hautes plaines steppiques. Maginot fut rattaché à la commune mixte de Sidi-Aïssa.

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maginot

Le cadre naturel est bien illustré pas la photo ci-dessous

maginot,cadre naturel


Il s'agit d'une région sèche, mais non aride, faite de vallonnements entrecoupés de ravins dus à une érosion régressive génératrice de bad-lands et accélérée par la mise en culture systématique des terres. Les altitudes des champs sont autour de 850 à 950 m. Quelques rides montagneuses, le plus souvent pelées, et orientées d'ouest en est, dépassent de peu les 1100 m. C'est assez pour qu'il y ait un peu de neige en hiver et qu'il tombe dans l'année 500 mm de pluie.

La zone est endoréique : les oueds, tous à écoulement temporaire, évacuent leurs crues vers le chott el Hodna.

Le paysage, lorsque le blé est récolté et les terres labourées, est de couleur ocre. Il donne une impression de grande sécheresse. Au printemps tout reverdit jusqu'aux moissons.

Les activités sont purement agricoles. Les colons avaient reçu des concessions de plus de 40ha, et sans doute d'au moins 70ha ; ce qui leur permettait de réussir avec des cultures de céréales en dry farming et mécanisées. Il se peut que certains aient ajouté des revenus tirés de l'élevage de moutons qui est de tradition dans cette région, en association avec des pâturages d'hiver sur les hautes plaines, et d'été sur les éteules.

En 1954 la commune de Maginot avait 1388 habitants, dont 157 européens. Ce chiffre est important , et le pourcentage des européens, supérieur à 10, surprenant, si loin des villes de la côte. Maginot est du nombre des villages qui semblaient avoir réussi.

La tribu des Adhaouara qui a donné son nom au lieu-dit, était célèbre au XIXè siècle pour ses élevages de chevaux. L'intendance militaire lui aurait acheté des montures pour les spahis des places de Médéa et d'Aumale. En 1962 seul l'élevage de moutons s'était maintenu et même développé.

L'aspect du village est éparpillé : pas de maisons jointives le long de trottoirs bien aménagés, mais des bâtiments dispersés. Les colons ne manquaient pas de place. La route, qui est aussi la rue principale, grimpe sur une colline où se trouve la mosquée : du haut du minaret carré il doit y avoir une belle vue sur toute la contrée. Au contraire, l'église est en bas. Des arbres ont été plantés en bordure de l'agglomération et forment des espaces boisés et des lieux de promenade.

maginot, vue générale

gendarmerie


L'église est bien petite en bordure d'un vaste espace non aménagé. La mosquée paraît grande, mais le plus grand bâtiment est sans conteste la gendarmerie. Le style des maisons indique à coup sûr une construction postérieure à 1918 et fournit un argument, mais pas une preuve, pour imaginer une création dans les années 1920. L'existence des parcelles boisées prouve que le climat n'est pas aussi aride que celui des steppes : c'est l'altitude qui explique cette relative humidité.

Maginot est à 35 km de Sidi-Aïssa son chef-lieu de CM jusqu'en 1957, à 62 km d'Aumale et à 100km de Médéa, chef-lieu du département et de la subdivision militaire.
Je n'ai trouvé aucune trace d'un quelconque service de transport en commun par autobus. C'est étonnant, car si les européens étaient sans doute tous motorisés dans les années 1950, ce n'était pas le cas de la majorité indigène.

Le contre-maquis de Si-Chérif : 1957-1962.
De juillet 1957 à 1962 Maginot a hébergé, dans une maison d'ancien colon, le PC d'une troupe de contre-guérilla jugée efficace, mais qui, pour ses soldats, a mal fini à cause de l'attitude du gouvernement français à l'égard de tous les supplétifs qui nous avaient aidé à maintenir la sécurité et qu'on a finalement délibérément abandonnés. Le cas de Si Chérif à Maginot fournit une excellente illustration de la duplicité de de Gaulle et des ses dévoués zélateurs Pompidou et Joxe.

Si Chérif est un militaire de carrière qui tint garnison en Allemagne, à Madagascar (1948) et fit deux séjours en Indochine entre 1951 et 1955. Lorsqu'il rentra au pays la rébellion avait commencé. Il avait la réputation d'être messaliste, ce qui n'était pas bien vu par le FLN. Là se place un épisode de sa vie resté obscur ; ce qui m'oblige à utiliser le conditionnel. Il aurait été enlevé en 1955 par le FLN, sur la route d'Aumale. Il aurait alors participé, de gré ou de force, aux combats du FLN contre la France. Mais il se serait opposé à ses chefs, après une opération calamiteuse, et, se sentant menacé, se serait enfui après avoir tué quelques cadres du FLN.

Pour la suite le conditionnel n'est plus de mise. Si Chérif vint chercher refuge à la SAS de Maginot. Il avait alors 32 ans, 11 ans d'armée et était sergent-chef. Il proposa de se rallier avec quelques fidèles de sa région de Maginot. Le commandement militaire de Médéa accepta. Si Chérif amena avec lui 300 hommes, puis 600. Il établit son PC à Maginot, avec deux autres postes à El Benia et à Aïn-Boucif. Il organisa dans la région, celle des Adhaouara, une efficace contre-guérilla. Mais en janvier 1961 il s'inquiéta de l'inflexion de la politique française, et demanda des assurances pour son avenir, celui de ses troupes et de leurs familles.. On les lui accorda. Hélas ! C'était paroles en l'air ici comme ailleurs en Algérie. Il a tout de même été admis à prendre le bateau pour la France avec un ou plusieurs adjoints, mais ses soldats furent abandonnés aux représailles du FLN. Si Chérif fut, en mars 1962, intégré à l'armée française avec le grade de capitaine.

Aïn-Boucif

L'origine du nom est arabe. Il perpétuerait la mémoire d'un chef de guerre improbable ayant vécu dans un temps incertain et qui avait fait surgir une source d'un coup de sabre. La bordure méridionale de l'Atlas tellien paraît favorable à ce type d'exploit puisque nous avions déjà rencontré près de Sidi-Aïssa (à Oued Guétérini) le souvenir d'un marabout qui avait d'un coup de bâton fait apparaître une source de goudron pour guérir la gale des dromadaires insensibles au traitement habituel. Le guerrier d'Aïn-Boucif ne fit sourdre que de l'eau : c'est bien aussi. L'étymologie du toponyme est éclairante puisque aïn c'est la source, bou le père ou le créateur ici, et cif ou sif le sabre.

Aïn-Boucif est apparu dans l'histoire de France dans les années 1850 avec la construction d'un fort pour contrôler l'un des passages entre les vallées de l'Atlas et les hautes plaines. Le nom du premier officier responsable a été oublié, Aïn-Boucif est resté et a traversé les siècles.

Et en 1919, lorsque aboutit enfin un projet ancien retardé par la guerre, le nom est reconduit pour désigner un village de colonisation aventuré près des steppes. Ce village a servi, à une date que je n'ai pas trouvée, de chef-lieu à une très vaste commune mixte qui s'étendait à la fois sur l'Atlas et sur les hautes plaines. En 1948 la commune mixte avait 38 535 habitants, dont 962 agglomérés au village. En 1954 la commune de plein exercice, élément central de la CM, avait 3534 habitants, dont 211 européens : ce qui est beaucoup pour un village d'un bled perdu à 171 km d'Alger et à 54 de Boghari, son chef-lieu d'arrondissement (en mai1957). En juillet 1957 Si Chérif y avait installé un poste de commandement annexe avec une partie de ses soldats luttant contre le FLN.


diagramme pluies

Le cadre naturel est assez semblable à celui de Maginot, c'est-à-dire qu'il associe des vallonnements peu marqués, mais entaillés par de courts ravins, et dominés par des djebels, pelés le plus souvent. Une différence a cependant beaucoup d'importance : c'est l'altitude plus élevée, 1143 m au village et plus de 1000 partout. Le terroir d'Aïn-Boucif lui doit un climat un peu plus humide avec 550mm de précipitations par an, pluies et neige. Le graphique ombro-thermique joint montre que l'hiver est froid (5° en janvier contre 12 à Alger) et l'été moins chaud que sur la côte (23° en août contre 25 à Alger). Le régime des pluies est méditerranéen pur, c'est-à-dire sans décalage des pluies vers le printemps. Le maximum est nettement hivernal, ce qui a l'avantage de permettre aux eaux de pluies de s'infiltrer sans risquer d'être en partie évaporées.

A 7 km du village le plateau du Kef Lakdhdar (plateau vert) dépasse les 1400m et avait en 1954 conservé sa couverture forestière. Le paysage est donc plus varié qu'à Maginot, mais l'impression qui domine après les moissons, est tout de même celle d'une région sèche.

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ain boucif

Les ressources sont essentiellement agricoles, mais pas seulement.

En fait il faut distinguer la commune mixte et la commune de plein exercice.

cueilleur d'alfa

Dans la commune mixte qui s'étendait sur les hautes plaines presque jusqu'à l'Atlas saharien, les revenus provenaient surtout de l'élevage ovin semi-nomade, avec des suppléments tirés de cultures de blé ou d'orge aléatoires, et des salaires gagnés dans la cueillette de l'alfa.

Le cueilleur d'alfa de la photo semble avoir pris la pose sur un fond de steppe alfatière bien pauvre. Il n'empêche : le paysage et le sac sont fiables. Les nuages et la ride montagneuse aussi.

Sur ces steppes il n'y avait pas d'autres européens que des fonctionnaires de passage, instituteurs débutants pour la plupart.

Dans la commune de plein exercice où résidaient tous les européens, le village était un centre administratif qui regroupait les employés de la commune mixte et un centre agricole. Les colons s'adonnaient à la culture de céréales en dry farming, avec en appoint quelques moutons. Un grand marché au bétail se tenait le vendredi. Ce souk ed djemma est antérieur à 1830 ; sa surveillance fut l'une des raisons de l'implantation du bordj après 1850.

L'aspect du village est une fois encore très différent de celui des villages carrés avec place centrale du Sahel et des environs de Médéa. Ici la place ne manquait pas, et les infrastructures étaient sommaires. Les maisons sont éparpillées de part et d'autre de la route. La photo, à gauche, a sûrement été prise peu après la fondation du village : les arbres plantés au centre commencent ne sont pas encore bien hauts.

ain-boucif,vue sur le village français
L'église
L'église

Aïn-Boucif était desservi quotidiennement par un autobus des cars blidéens venu d'Alger, et qui passait par Médéa, Berrouaghia et Arthur.


A 12km à l'est d'Aïn-Boucif se trouvent les ruines d'Achir

Achir fut la capitale du royaume ziride de 936 à 973. Deux souverains s'y sont succédé, Ziri ibn Menad fondateur de cette dynastie d'origine sanhadjenne, et son fils Bologhine ibn Ziri, refondateur d'Alger sous le nom de Djezaïr Beni Mezghana. Ensuite la ville perdit son rang de capitale, mais le fils de Bologhine, Hammad ibn Bologhine y résida jusqu'en 1007. Après quoi il partit fonder à la Kalaa des Beni Hammad, la dynastie des Hammadides.

Ziri ibn Menad avait abandonné le calife abbasside de Bagdad et s'était placé sous la dépendance du calife fatimide de Mahdia. Il abandonna donc en même temps le sunnisme pour le chiisme.

De cette capitale il reste des ruines dispersées sur trois sites entre le versant sud du Kef Lakhdar et le versant nord du Kef Tessemsaïl. Le palais forteresse du souverain était sur la pente du Kef Lakhdar et la ville, en face, là où se trouve aujourd'hui le toponyme El Benia. En dehors de quelques pans de mur de la forteresse il subsiste peu de choses : des fûts de colonnes, des chapiteaux sculptés et des pierres taillées. Ce site a été fouillé dès le début du XXè siècle par un officier, le capitaine Rodet, et entre les deux guerres par Georges Marçais, qui devint le spécialiste de l'art musulman maghrébin.

Ce site n'est signalé, ni par le guide bleu, ni par le guide Michelin : c'est étonnant car il y a autant de choses à voir qu'à Rapidum.

Une partie de l'enceinte de la forteresse vue de l'intérieur de la cour centrale Elle devait protéger le roi ziride contre la menace des nomades zénètes..

De Foucauld (ou Réchaïga)

L'origine du nom de ce village est le patronyme d'un ermite rendu célèbre pas le choix d'un ermitage particulièrement isolé dans le massif du Hoggar.

Charles Eugène Foucauld de Pontbriand
eut une vie tout à fait hors du commun. Il fut vicomte de naissance, dans une famille de noblesse périgourdine domiciliée en Alsace où son père travaillait comme inspecteur des Eaux et Forêts. Il eut des vocations changeantes. Il choisit d'abord le métier des armes, puis devint frère trappiste, prêtre, missionnaire et finalement ermite.

Je me contenterai de souligner quelques dates de cette existence un tantinet désordonnée.

1858

Naissance à Strasbourg

1876 Succès au concours d'entrée à l'école de Saint-Cyr.
Il en sort sous-lieutenant en 1878, parmi les derniers
1881 En mars il est mis en disponibilité pour inconduite notoire
En juin il est réintégré et envoyé à Sétif
1882 Il quitte l'armée
1883 Il voyage au Maroc, déguisé en rabbin
1888 Il part en Terre Sainte
1890 Il devient frère Trappiste à N-D des Neiges, dans l'Ardèche, sous le nom de frère Marie Albéric
1892 Il reçoit la tonsure
1897 Il quitte La Trappe
1901 Il est ordonné prêtre et s'installe à Beni-Abbés dans la Saoura
1904 Il s'installe à Tamanrasset dans le massif du Hoggar
1911 Il construit son ermitage de l'Assekrem
1916 Il est assassiné le 1er décembre par des rebelles Senoussi
1929 Il est inhumé à El-Goléa




Cette photo de la tombe du père de Foucauld à El-Goléa a été prise en 1955. Aujourd'hui la tombe est restée mais la grande croix a disparu.

C'est un père blanc, le père Arnaud, qui se recueillait devant la tombe.

A ma connaissance le père de Foucauld n'a pas séjourné dans la zone de Réchaïga où a été bâti le village : comme officier il a été en poste à Sétif et à Mascara. Mais comme en 1881 il a participé à la chasse au marabout révolté Bou Amama, dans la région de Frenda et dans le Sersou, il n'est pas totalement impossible qu'il ait poussé vers l'est jusqu'au djebel Réchaïga.

Le village a été créé en 1923 dans la commune mixte de Chellala-Reibell, Reibell étant à 40km. Cette parenté administrative est en contradiction avec la réalité géographique. De Foucauld n'est pas un village de la steppe, mais un village du Sersou : c'est le village le plus oriental du Sersou oriental. Au-delà vers l'est il n'y en eut plus. Par contre, vers l'ouest, le village de Victor Hugo, dépendant de Tiaret, n'est qu'à 10 km. Les colons de De Foucauld allaient sûrement s'approvisionner à Victor Hugo ou à Burdeau, à 32 km : sûrement pas à Reibell ou à Boghari (110 km).

Et cela d'autant mieux que jusque vers 1948 Burdeau, Victor Hugo et Hardy étaient desservis par un chemin de fer construit par l'armée avec des rails récupérés sur les voies militaires de 0,6m posées au Maroc à l'occasion de l'établissement du protectorat après 1912. En 1942 la voie de 0,6m a même été, jusqu'à Burdeau, remplacée par une voie de 1,055m qui prolongeait la voie de Mostaganem à Tiaret. A l'origine cette voie avait été conçue, dans le programme de 1907, comme un élément d'une rocade ferroviaire sud reliant Tiaret à Bouira, par Boghari, Berrouaghia et Aïn-Bessem, à travers tout le Titteri du nord. L'essor du transport routier a rendu cet investissement inutile dès les années 1930.

Le cadre naturel est celui du plateau (en réalité une haute plaine) du Sersou oriental.

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De Foucauld
De Foulcauld

J'ai rajouté au crayon le tracé du chemin de fer qui a existé de 1921 à 1948, pour les seules marchandises : donc essentiellement pour apporter les engrais et autres produits nécessaires à l'agriculture, et pour emporter les récoltes de céréales ; la culture des lentilles" blondes " étant postérieure à la guerre.

La rocade sud routière est de 1943. Elle a été goudronnée et élargie par le génie militaire américain.
Les limites surlignées en rouge séparent les arrondissements (puis départements en 1957) de Tiaret à l'ouest, d'Orléansville au nord-est, et de Médéa à l'est.

Le Sersou est une région qui a été colonisée tardivement car elle offrait aux nomades sahariens des pâturages d'été très fréquentés et aussi parce que la mise en culture risquait de poser de sérieux problèmes économiques aux nomades, et politiques à la France. Les premiers villages sont du début du XXè siècle, le dernier est De Foucauld en 1923.

Le Sersou oriental est la partie la plus sèche, donc la moins colonisable, même si les techniques du dry farming, connues en 1923, permirent d'étendre la culture du blé si loin vers le sud, quasiment en bordure des steppes. La végétation naturelle est une brousse à jujubier assez dense. La steppe alfatière est proche mais ne commence qu'un peu plus au sud.

Le terroir de De Foucauld se trouve sur la zone d'étalement des crues de l'oued Sousellem, donc dans une zone un peu plus basse et un peu plus humide que les steppes environnantes. C'est peut-être l'une des raisons du choix du site ; on peut aussi indiquer que les nappes phréatiques sont bien alimentées et pas trop profondes, 6 à 12m.

Les activités des colons étaient exclusivement agricoles ; le blé toujours, l'élevage ovin parfois. Pour les lentilles, spécialité du Sersou je ne pense pas qu'elles aient pu être plantées dans cette zone trop sèche. Autour de Tiaret il tombe 600mm de pluie par an ; à De Foucauld on est plus proche des 400mm : c'est la limite pour le blé et l'orge. L'orge résiste mieux à la sécheresse et s'accommode de sols légers. Le blé dur résiste mieux au froid et aux gelées tardives qui sont autant à craindre sur ces hautes plaines que les coups de chaleur précoces. En 1954 il restait dans la commune, alors appelée Réchaïga, avec De Foucauld comme chef-lieu, 74 européens sur 3 534 habitants.

Le jujubier est un arbuste très épineux qui était très utilisé par les fellahs pour élever des clôtures autour des gourbis et des jardins. Bien que son fruit soit comestible et même très apprécié, cet arbuste n'était pas l'objet d'une culture systématique. C'était une sorte de datte du pauvre, très nourrissante mais moins sucrée. Comme je n'ai rien trouvé sur l'aspect du village, ni texte ni photo, je le quitte en vous offrant quelques jujubes un peu vertes : laissez-les mûrir.

jujubes


Trois petits suppléments pour finir

Je glisse ici trois noms de lieux qui ont eu leur importance pour l'histoire ou pour la géographie du Titteri des Français sans jamais avoir été habités par des résidents européens permanents. En d'autres termes il n'y eut jamais de cimetière chrétien dans ces trois centres.


Taguine est le premier des trois à être entré dans notre histoire, très précisément le 16 mai 1843 lors de la prise de la smala d'Abd el-Kader par les soldats du duc d'Aumale.
Le vainqueur était l'un fils du roi, commandant la subdivision militaire de Médéa depuis peu.
Le vaincu était absent.

Le duc d'Aumale partit de Boghar avec 1300 fantassin ou artilleurs et 600 cavaliers. Il prit la piste du sud, par Chabounia, à la recherche de la capitale ambulante de l'émir. Lorsqu'un guide lui apprit que la smala était arrêtée près des sources de Taguine, le duc laissa les fantassins et l'artillerie sur place et partit en toute hâte avec ses 600 cavaliers répartis en trois groupes, un à l'ouest avec Morris, un à l'est avec Yusuf et un au centre avec le duc. La smala a été prise par surprise en l'absence de l'émir Personne ne sait combien de personnes comprenait cette smala : beaucoup. Trop pour que le duc garde tout le monde prisonnier. Le duc garda 3 000 hommes et laissa partir tous les autres, toutes les femmes et tous les enfants.

Le récit de cet exploit militaire se trouve facilement. Je n'en dirai rien de plus. Par contre l'environnement géographique n'est jamais précisé : le voici.

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taguine




Taguine est situé dans la vallée de l'oued Touil. Cet oued n'a d'écoulement qu'en temps de pluies ; et seules ses plus grandes crues atteignent le confluent avec l'oued Ouerk et le Nahr Ouassel près de Chabounia, 75km plus au nord.
Reibell -Chellala est à 35km par la piste ; et à vol d'oiseau Tiaret est à 100km et Boghar à 110. Les soldats français étaient venus de Boghar, les tribus de la smala sont parties se réfugier à Tiaret.

Taguine est en plein milieu de la steppe alfatière, mais à un endroit favorisé par l'abondance des sources. Il peut subsister en hiver quelques zones humides près des rives de l'oued, ce qui a pour les moutons des avantages : la pousse des végétaux, et des inconvénients : la diffusion des parasitoses. Les sols sont corrects malgré une légère salinité due à des remontées d'eaux profondes triasiques le long d'une courte faille longeant les hauteurs proches des collines de la Chebka.

Taguine est à 850m d'altitude ; il y fait froid l'hiver. Un hiver plus froid que de coutume décime les troupeaux. Les moutons de l'Atlas saharien et de Laghouat passaient par Taguine au printemps et à la fin de l'été. Tout au long de la période française Taguine est resté une zone d'attente importante pour la transhumance et un centre modeste où résidait un caïd dépendant de la commune mixte de Chellala. Ce ne fut jamais un centre de peuplement européen.

Sur la carte la limite administrative surlignée en rouge est celle des arrondissements (puis départements) de Tiaret et de Médéa. La limite non surlignée est celle qui, de 1902 à 1958, sépara les territoires militaires du sud (ici celui de Djelfa) des territoires civils du nord.
Malgré son origine indigène, le nom de Taguine a été remplacé en 1962 par celui du grand absent de 1843. Sur les cartes on ne trouve plus Taguine, mais Z'Malet-El-Emir-Abdelkader : un nom à rallonge pour un patelin en raccourci.

El Hamel et sa zaouïa

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el-hamel et sa zaouia

El Hamel est une petite oasis de montagne. Elle est située dans les monts Ouled-Naïl à 15km de l'oasis de Bou-Saâda. Tout comme Bou-Saâda, El Hamel existe depuis fort longtemps. Le village se trouve un peu au-dessus de l'oued, sur le flanc d'une colline de la rive droite.

En théorie il n'était en 1830 peuplé que de chorfa (un chérif, des chorfa, ou des ashraf). Un chérif est un descendant du prophète Mahomet par l'un ou l'autre de ses deux petits-fils, Hassan ben-Ali ou Hussein ben-Ali. Encore faut-il pour que le titre de chérif soit légitime, que tous les ancêtres aient évité une mésalliance avec une fille Ouled-Naïl. C'est plus facile à croire qu'à prouver.

Les dattes de cette oasis ne sont pas meilleures que celle de Bou-Saâda, mais ses habitants sont plus dignes de respect aux yeux de tous les musulmans.

El Hamel est une célèbre zaouïa de la confrérie Rahmania (ou Rahmaniya)

Qu'est-ce-qu'une zaouïa ?

Selon le Larousse c'est un établissement islamique bâti près d'un tombeau vénéré.

Une vraie zaouïa, une zaouïa mère, doit posséder :
         

le tombeau d'un marabout

        une mosquée
          
une école coranique de bonne réputation
    une bibliothèque pour les tolba

La zaouïa d'El Hamel aurait été fondée au XVIIè siècle, mais elle avait dépéri. Celle que les Français ont trouvée à leur arrivée en 1849 avait été restaurée depuis peu.

Le marabout refondateur est le vénéré Sidi Mohamed ben Belkacem. Dans les années 1840 il aida Abd el-Kader dans sa lutte contre les Français, du moins jusqu'en 1843. Ensuite il eut une attitude plus ambiguë et, en 1849, lors de la destruction de l'oasis de Zaâtcha (voir & sur Bou-Saâda) il choisit par prudence peut-être, de faire sa soumission dès le 14 novembre, en même temps que les responsables de la révolte de Bou-Saâda.

Il devint par la suite un allié de fait de la France qui l'institua Médiateur auprès des tribus Ouled-Naïl pas encore soumises. Il eut fort à faire au moment de la prise sanglante de Laghouat en décembre 1852. En 1871 il a évité de prendre partie pour El Mokrani, mais s'efforça de protéger ses fils après la mort de leur père sur l'oued Soufflat (voir & sur Aumale et sur Hoche).

A sa mort en 1897 sa succession opposa sa fille unique chérie Lalla Zineb et ses neveux. Lalla souhaitait prendre cette succession malgré l'hostilité de ses cousins. Ce fut aux autorités françaises de Bou-Saâda de trancher. En l'occurrence ce fut le chef du cercle de Bou-Saâda, le commandant Crochard, qui choisit Lalla Zineb. La Zaouïa fut alors dirigée par une femme, une première, jusqu'à la mort de Lalla en 1905. Elle fut inhumée à côté de son père dans la même koubba.

Par la suite les successions n'ont pas laissé de trace dans ce que j'ai pu lire. L'impression qui domine est celle de responsables s'accommodant fort bien de la souveraineté française : ce qui explique sûrement que l'historiographie algérienne, depuis 1962, ait négligé, et la zaouîa et son fondateur suspects de collaboration. Mais la zaouïa est toujours là, et les tombeaux aussi.

Les tombeaux de la koubba sont ceux du fondateur Belkacem et de sa fille Lalla Zineb.

L'école de théologie coranique a toujours été active, au moins en dehors des périodes estivales. Elle formait des " promotions " de 300 étudiants ou tolba par an (un taleb, des tolba).

La bibliothèque de la zaouïa d'El Hamel possèderait 1 098 manuscrits anciens.

El Hamel devint un but touristique annexe pour les visiteurs de Bou-Saâda.
Il n'y avait pas d'hôtel pour infidèles dans cette oasis qui a tout de même un caractère, localement, de ville sainte. S'ils en avaient le temps, tous les touristes étaient invités à louer un taxi pour parcourir les 15km qui séparent Bou-Saâda de la zaouïa. Une fois arrivés ils pouvaient jeter un coup d'œil

         

sur le paysage naturel rocheux et sur les modestes jardins et palmiers de l'oasis,

        sur le bâtiment quelconque de la zaouïa qui date de 1863,
          
sur la mosquée qui est plus ancienne, avec sa couverture en coupoles vaguement byzantine,
      et sur la koubba où reposent Belkacem et Lalla Zineb.

Au retour les plus courageux pouvaient revenir à pied, en suivant le lit de l'oued Bou-Saâda, et en contournant la cascade du moulin Ferrero (ou ses ruines).

Tadmit est d'abord le nom d'un oued. C'était aussi, à notre arrivée dans les années 1850, une minuscule agglomération de gourbis occupée sans doute dans la foulée de la prise de Laghouat en 1853 pour assurer les communications et surveiller les tribus Ouled-naïl Gheraba, celles de l'ouest. Tadmit est à plus de 1000m d'altitude, sur l'un des couloirs parcourus par les troupeaux de moutons transhumant chaque année entre le Sahara et les hautes plaines steppiques, celles du Sersou en particulier.

Au nord ce couloir est dominé par le djebel Senalba boisé, et au sud par les crêts rocheux dénudés de la combe qui prolonge le djebel Azereg. Le djebel Senalba dépasse les 1500m et le djebel Azereg, les 1400.

Tadmit est à 15km, de la route nationale numéro un, celle d'Alger à Laghouat. Sur cette route Aïn-el-Ibel et Sidi Maklouf, furent après 1852, des lieux équipés de caravansérails par le maréchal Randon En 1954 seule une piste desservait ce hameau. Ca ne gênait pas les moutons.

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Tadmit

Le site fut choisi par la France pour implanter un pénitencier agricole.
Ce pénitencier eut une existence de courte durée, quinze ans, de 1889 à 1904. Je ne sais rien de précis sur son activité et sur son importance.

Le pénitencier fut reconverti en 1918 en Station expérimentale pour l'élevage ovin.
La station était dirigée par un Ingénieur des Services Agricoles. Il devait notamment :

         

entretenir des troupeaux de moutons de toutes les races locales,

        les améliorer par sélection en castrant les béliers défectueux,
          
fournir les meilleurs béliers possibles aux éleveurs,
      diffuser les meilleures méthodes d'élevage compatibles avec les pratiques traditionnelles.

La station n'eut que des troupeaux transhumants (jusqu'à 4000 têtes) pour respecter les conditions et les usages locaux. Il ne fut pas question d'élevage intensif en bergerie, qui n'aurait pas pu avoir valeur d'exemple pour les semi nomades du pays.

L'amélioration devait concerner la production de viande et la finesse de la laine. La station distingua 4 catégories de laine, première, fine, ½ fine, commune. Les prix d'achat variaient en conséquence : ce qui fit augmenter les revenus des éleveurs acceptant ce tri, par rapport à ceux qui vendaient la laine sans sélection préalable, comme jadis.

La station s'efforça de lutter contre les parasitoses et la gale par des " baignoires " de 3m² d'eau traitée pour tuer les parasites, et que les moutons devaient traverser. Elle diminua enfin le risque de mortalité par insuffisance de nourriture en créant des cultures de fourrages irriguées par des puits. Il ne pouvait s'agir que d'une alimentation d'appoint en cas de problème. Un mouton bien nourri résiste mieux à toutes sortes de problèmes. Ainsi en 1926/1927 l'hiver très rude tua 30% des troupeaux des nomades, mais seulement 7% des moutons de la station. Et il en fut de même dans les années de sécheresse de 1930 et 1931.

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trajet

Avant de se quitter jetons un dernier regard sur le trajet de la RN 1 de Médéa à Laghouat.