LA PLAINE DE LA MITIDJA AVANT 1962
Georges Bouchet
PRESENTATION GENERALE GEOGRAPHIQUE - 2
- Une plaine agricole densément peuplée
- La plus riche des plaines agricoles sublittorales
- Une plaine en voie d'industrialisation à l'est
- Une plaine plutôt bien équipée
- La plaine d'Algérie la mieux desservie

 


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PRESENTATION GENERALE GEOGRAPHIQUE

3° Une plaine agricole densément peuplée


La Mitidja est la plaine sublittorale la plus peuplée, plus que les plaines de Bône ou de la sebkhra d'Oran (aussi appelée plaine de Mléta sur les cartes). C'est certain, même s'il est difficile de trouver des chiffres précis et sûrs. Les recensements étant faits dans le cadre des communes, les populations comptabilisées habitent la plaine et la montagne, ou la plaine et le Sahel proches. Les chiffres qui suivent sont donc des estimations ; mais suffisamment fiables pour se prêter à des calculs approximatifs de croissance démographique et de densité.

·   L'évolution globale

Pour 1830 je n'ai trouvé aucune estimation globale ; seulement le chiffre de Blida, unique et modeste agglomération de la Mitidja turque. Après le séisme destructeur de 1825 il y serait resté 3 000 habitants sur 6 000.En 1842 environ 2 000 européens Le nombre d'indigènes est inconnu
 
  En 1856 environ 16 000 européens et peut-être autant d'indigènes
En 1861 environ 21 000 européens et 29 000 indigènes
En 1891 environ 37 000 européens et 38 000 indigènes
En 1901 environ 42 000 européens et 37 000 indigènes
En 1911 environ 44 000 européens et 58 000 indigènes
En 1926 environ 46 000 européens et 80 000 indigènes
En 1954 environ 42 000 européens et 187 000 indigènes
   
  Ce qui fait une population totale passant de 32 000 peut-être en 1856 à 229 000 en 1954.
  A cette date les densités étaient donc
                   32 pour les européens
                   144 pour les indigènes
                 et 176 pour l'ensemble
   
  Les européens étaient répartis entre près de 40 centres de colonisation officielle et à peu près 400 fermes. C'est après 1918 que quelques colons ont commencé à quitter leur ferme pour se rapprocher des villes de la côte. Le tropisme littoral des colons, qui fut général en Algérie, fut un peu plus tardif en Mitidja que dans le vrai bled de " l'intérieur ". On ne disait pas l'intérieur pour parler de la Mitidja trop proche d'Alger. Certains colons ont sans doute pu surveiller leur ferme tout en résidant en ville, comme jadis les dignitaires turcs surveillaient leur haouch. En quittant leurs terres pour Alger les colons, sans le savoir, rapprochaient leurs valises du port d'embarquement de l'exode de 1962.
 
Les musulmans étaient absents des centres ce colonisation au tout début. Puis ils sont venus pour travailler sur les terres des colons au moment des gros travaux. Mais les troubles de 1839 ont ralenti, voir inversé le processus. Le mouvement de descente de la montagne vers la plaine a repris après 1842 au fur et à mesure des besoins des colons en main d'œuvre. Ce mouvement a été aidé par une décision surprenante de 1848 qui supprime l'impôt de l'achour (impôt coranique sur les récoltes) pour les indigènes travaillant pour des colons. La main oeuvre saisonnière est devenue permanente. Finalement les ouvriers sont restés et ont finalement fait venir leurs familles élargies aux cousins. La croissance ne fut pas linéaire : il y a entre 1891 et 1901 une stagnation que je ne sais pas expliquer à coup sûr ; même si l'on peut penser à un contrecoup de la crise du phylloxéra qui a, pour un temps, diminué les embauches.
 
Après 1918 la croissance reprit et s'accéléra car au bilan des flux migratoires s'est ajouté l'excédent des naissances sur les décès. Peu à peu la population musulmane submergeait une population européenne qui, elle, diminuait en valeur absolue, s'effondrait en valeur relative et se concentrait dans les principaux centres. Le tableau ci-joint fournit quelques éléments de mesure.
   
  Je me suis servi des chiffres trouvés dans le guide Fontana de 1903 pour 1901 et dans le recensement du 31 octobre 1954. Ils sont fournis, non par village, mais par communes suivant les structures et les limites prévues par le décret du 17 mars 1958.

J'ai rangé les communes par ordre décroissant des pourcentages des populations européennes en 1954. Les divergences avec le classement de 1901 sont mineures, mais la chute des pourcentages est majeure : c'est cette évolution que je veux souligner.



 

1901
Pop. Europ.

Soit en %

1954
Pop. Europ
.

Soit en %

Beni-Mered 

     537

   90,82

          564

    55,13

Blida

  10 043

   34,79

     15 107

    31,93

Maison-Carrée

    4 712

   62,07

     14 313

    31,54

Boufarik

    5 488

   58,7

       5 577

    25,16

Marengo

    2 353

   43,92

       2 361

    21,85

Rouïba

    1 797

   52,16

       2 387

    19,68

Maison-Blanche

       481

   42,35

       1 265

    19,52

Réghaïa

       405

   29,06

         743

    14,44

Sidi-Moussa

       763

   26,90

       1 562

    13,12

Bourkika

       668

   45,62

          397

    12,39

L’Arba

    2 256

   25,37

       1 375

    11,82

Ameur-el-Aïn

       651

   31,78

          605

    10,94

Birtouta

       685

   28,66

          613

    10,45

Chébli

    1 023

   32,29

          628

    10,39

Alma

    1 829

   45,40

          960

      9,25

El-Affroun

    1 121

   33,67

       1 112

      8,91

Oued-el-Alleug

    1 111

   28,60

          767

      8,69

Fondouk

       861

   17,28

       1 091

      8,59

Mouzaïaville

    1 351

   29,14

       1 354

      7,95

Oued-Smar

           ?

          ?

          474

      7,31

Rivet

       599

   14,22

          949

      7,07

Attatba

       308

   14,08

          356

      6,97

La Chiffa

       654

   21,76

          369

      6,81

Montebello

         ? 

         ?

          160

      6,16

Meurad

       832

   19,31

          302

      3,74

St-PierreSt-Paul

       402

     6,92

          145

      3,63

Rovigo

       604

     7,20

          596

      2,95

Bouinan

       399

   11,38

          200

      2,45

Souma

       531

   28,8

          222

      1,84


Signification des couleurs Rouge : plus de 20%.
Noire : entre 10 et 20%
Bleue : moins de 10%

 
L'évolution des pourcentages entre 1901 et 1954 illustre parfaitement la submersion en cours des Européens par les musulmans. La population européenne avait baissé de 9% alors que les effectifs des musulmans avaient crû de 234% !
 
 
Brefs commentaires. S'il y a lieu, des commentaires plus élaborés accompagneront les monographies communales. En règle générale les % et les valeurs absolues des populations européennes baissent entre ces deux dates ; à l'exception de Beni-Méred où les Européens restent majoritaires et sont même plus nombreux en 1954. Est-ce dû au fait que c'est une toute petite commune pourvue d'une seule mechta indigène ? Possible.
   
  Les Européens sont attirés par les villes ; soit qu'ils désertent les villages proches, soit qu'ils exercent d'autres métiers que ceux de l'agriculture. Cet exode rural est encore lent mais banal. Ainsi 7 centres voient leur population européenne augmenter, avec des multiplications par 3 à Maison-Carrée devenue banlieue d'Alger
    2,6 à Maison-Blanche grâce à son aéroport
2 à Sidi-Moussa
1,8 à Réghaïa
1,6 à Rivet avec les usines Lafarge et le sanatorium du dj. Zérouéla
1,5 à Blida, la "capitale" de la Mitidja aux multiples rôles
1,4 à Rouïba qui se dote d'industries.
   
  Six communes ont une population européenne qui se maintient en valeur absolue et 17 voient cette population diminuer beaucoup. Les % les plus bas sont ceux des communes du pied de l'Atlas dont le territoire est en grande partie montagneux. Bouinan et Souma battent les records en valeurs absolue et relative. L'exception de Rivet est expliquée ci-dessus.
Remarques. La commune de Blida incorpore trois villages de la plaine : Dalmatie, Joinville et Montpensier. Avant 1958 Chréa en faisait également partie.
En 1903, pour Oued Smar, le guide Fontana indique " fermes et gare ".
   
     ·  Les origines des Non-Musulmans
  On peut s'en faire une idée pas trop fausse grâce, une fois encore, au guide Fontana pour 1901.
  Français
Espagnols
Italiens
Juifs
Divers
26 000 environ
11 000 environ
800 environ
1 200 environ
3 500 environ
  Je n'ai pas les chiffres équivalents pour 1954 car le recensement ne distingue que Non Européens (Juifs compris)et Musulmans.
   
  Les Français sont surtout des méditerranéens et des Parisiens. Les Parisiens ont été des " volontaires obligés " poussés par le chômage et la misère du printemps 1848, vers les " colonies agricoles " de la région de Marengo. Les viticulteurs qui ont traversé la Méditerranée ont fui en fait le désastre dû aux ravages du phylloxéra. Ils sont partis notamment des Pyrénées Orientales, de l'Aude, de l'Hérault et des Bouches du Rhône.
  Les autres régions citées pour certains villages sont la Franche-Comté dès le début, ou l'Alsace après 1870.
   
  Les Espagnols ont commencé à venir en Algérie bien avant 1830, victimes de la politique des rois catholiques ; mais ils partaient pour l'Oranie. Pour qu'ils s'installent dans la Mitidja ils attendirent qu'elle soit française. Le premier flux est celui des Mahonnais et des Majorquins qui ont, dans la vaste commune de La Rassauta, à l'est de Maison-Carrée, parfaitement réussi dans le maraîchage. Ensuite sont arrivés de Valence et d'Andalousie des agriculteurs qui maîtrisaient les techniques de la culture des huertas. Ils ont sûrement joué un rôle dans la diffusion de l'irrigation et de l'agrumiculture.
   
  Les Juifs, si l'on en croit Fontana, étaient en 1901 1077 à Blida (contre 460 en 1861) et 97 à Boufarik. Cette précision est intéressante mais étonnante car en 1901 les juifs étaient, depuis 40 ans, des citoyens français comme les autres. En effet le décret du 24 octobre 1870, dit décret Crémieux, dans son article 2, leur avait accordé tous les droits liés à la citoyenneté française sans qu'ils dussent renoncer à la loi mosaïque, comme dans le cadre du senatus-consulte du 14 juillet 1865 (398 israélites seulement avaient accepté). Je complète ce rapide exposé législatif par la réforme municipale du 27 décembre 1866 selon laquelle les conseillers municipaux seraient élus par 4 collèges électoraux : français, musulman, israélite et étranger ! Les étrangers votaient donc, à Blida comme à Alger, pour désigner leurs conseillers, dès 1867. A noter aussi que si les Algériens musulmans (sauf 194) et israélites (sauf 398) étaient tous français, ils n'étaient pas français " à part entière " comme on dira plus tard.
  D'où venaient les juifs de la Mitidja ? Je l'ignore ; mais on peut imaginer que certains avaient été expulsés d'Espagne en même temps que les musulmans, ou qu'ils étaient " descendus " de Médéa ou " montés " d'Alger où existaient , sous les Turcs, une minorité israélite forte et influente malgré son statut de dhimmitude. Après 1901 l'usage s'est perdu de distinguer entre chrétiens et israélites, tous confondus dans la colonne " non-musulmans ".
  Il n'y a pas eu de colon juif stricto sensu, agriculteur et rural, mais des commerçants, des artisans et des fonctionnaires.
   
  Parmi les divers on doit citer quelques Suisses envoyés, à l'initiative de leurs responsables municipaux ou régionaux. Ce sont des Valaisans francophones. On les trouve plutôt à l'ouest, vers Marengo et Berbessa, l'un des 4 hameaux suisses de la commune de Koléa. Il se dit aussi que certains cantons du Valais se seraient débarrassés de leurs goitreux et de leurs déficients mentaux légers en organisant leur départ gratuit vers l'Algérie. Serait-ce possible ?
   
  Je n'ai rien trouvé sur les Italiens de la Mitidja.
     ·  Les origines des Musulmans
  Après le départ des Turcs l'énorme majorité des indigènes restés sur place appartient au fonds berbère arabisé. Ces Berbères, peu nombreux dans une Mitidja largement marécageuse au centre et au nord, mais proche d'Alger, ont été arabisés plus facilement que les montagnards. La ville de Blida a été fondée en 1535 par des Maures d'Espagne attirés là dès 1533 par Kheir-ed-Din qui régnait à Alger. Ces Maures venus des régions de Valence et d'Andalousie ont apporté avec eux les techniques d'irrigation en usage dans les huertas ainsi que la culture des orangers. Mais ils ne les ont diffusées qu'aux alentours de Blida. Le décret des rois catholiques de 1502 rendant obligatoire la conversion des non-musulmans, a dû donner un coup de fouet à ces départs. Quant à ceux qui avaient fait semblant de se convertir pour rester en Espagne, ils furent expulsés par Philippe III. En 3 ans, de 1609 à 1612, 300 000 Morisques furent chassés par le décret du 22 septembre 1609. Tous ne sont pas allés en Algérie et dans la Mitidja ; mais quelques uns oui sans doute.
  De l'époque turque il restait de nombreux métis de père turc et de mère arabe ou berbère : les Koulouglis dont les descendants fusionnèrent avec les indigènes.
  En 1830 se trouvaient à Blida quelques épiciers mozabites venus de Ghardaïa. Ces Mozabites y menaient une vie de célibataires et regagnaient leur oasis du Mzab dès que possible ; aussitôt remplacés dans leur boutique par quelque membre du clan familial. Il arrivait à ces commerçants soutenus par leur groupe, de jouer le rôle de banquier, très délicat en terre d'Islam qui interdit le prêt à intérêt. Il est vrai qu'ils étaient quasi hérétiques, étant ibâdites (ou kharédjites) ; et non sunnites comme la majorité. La colonisation française leur a permis de créer des boutiques, où l'on trouvait de tout, dans tout le département d'Alger.
  Les textes de l'époque signalent également des Kabyles et des Nègres. Le mot kabyle est très ambigu car il peut désigner des montagnards voisins non arabisés ; le mot nègre pourrait, lui, concerner des esclaves domestiques amenés par des caravanes depuis le Soudan, ou leurs descendants. La colonisation a mis fin à ce statut sans hésiter ; et la traite des noirs à travers le Sahara a été interdite en 1848.
     ·  Les populations des villes intra-muros quand bien même on avait rasé les murailles vers 1920, à Blida et ailleurs, sont données par le recensement de 1948.Le quarté gagnant des " populations agglomérées au chef-lieu " est
             Maison-Carrée     30 911
             Blida                   30 170
             Boufarik              11 447
             Marengo              6 991
  Il n'y a donc pas de ville véritablement grande. Si Blida et Boufarik avaient un centre-ville d'aspect urbain dès 1948, je suis plus réservé pour le centre de Marengo.
Quant à Maison-Carrée c'est déjà une banlieue d'Alger, et bientôt un arrondissement (le dixième) du Grand-Alger. Nous les reverrons dans la troisième partie consacrée aux monographies communales.


4° La plus riche des plaines agricoles sublittorales

Sans doute la plus riche de toute l'Algérie, avantagée par la proximité de la ville et du port d'Alger, ainsi que par l'abondance de l'eau, tant pour la pluie que pour les nappes phréatiques très peu profondes. Avec en prime deux barrages réservoirs aux deux extrémités de la plaine : de Meurad à l'ouest et du Hamiz à l'est. L'agriculture y est également favorisée par la richesse des sols et des hivers pas trop froids : les minima ne descendant pas au-dessous de moins 4°.

Au début de l'implantation française autour du camp d'Erlon les pionniers coupaient les fourrages naturels pour les vendre aux militaires. Peu d'investissement, peu de cultures hors des jardins potagers ; mais un seul client.

Lorsque, après 1843, l'assainissement eut fait quelques progrès les colons semèrent des céréales pour le marché local, du blé et de l'orge surtout ; et plantèrent du tabac. Ces cultures n'ont ensuite jamais disparu.

Il n'en fut pas de même de l'éphémère succès du coton entre 1853 et 1866. En 1853 on croyait encore à la possibilité de cultures exotiques en Algérie et l'État s'engagea à acheter toute la production allant jusqu'à verser des primes pour encourager les colons. De 1860 à 1865, la guerre de Sécession aux États-Unis, perturba l'approvisionnement de notre industrie et donna un coup de fouet aux plantations algériennes. Mais ce fut sans lendemain, car la paix revenue, les inconvénients du coton algérien devinrent insupportables, surtout celui de la Mitidja trop humide pour un coton de qualité. On supprima les primes en 1875.

La richesse ne vint que vers la fin du XIXè siècle grâce à deux cultures méditerranéennes classiques : la vigne et les agrumes.

   ·  La vigne
Les indigènes cultivaient quelques pieds de vigne et quelques treilles, mais seulement pour les raisins de table ; pas pour le vin dont la consommation est prohibée en terre d'Islam. L'essor de la vigne à vin, malgré la clientèle des Européens après la conquête, se heurta à de sérieux obstacles. A supposer que les colons de 1860 aient pu financer la construction et l'équipement de caves, leur vin aurait été meilleur que du vinaigre mais guère vendable, et se serait très mal conservé. De toute façon le marché était limité, les musulmans n'en buvant pas et le marché métropolitain étant protégé par un tarif douanier.

L'essor fut tardif et lié aux travaux de Pasteur sur les fermentations. Le problème insoluble jusqu'alors était celui de la vinification lorsque les moûts dépassaient 37° lors de la première fermentation. Pasteur a trouvé comment réfrigérer ces moûts. Restait à choisir les bons encépagements : Carignan et Cinsault surtout, pour des vins de consommation courante, les seuls possibles en Mitidja.

Le premier coup de pouce du destin survint en 1864 lorsqu'un puceron américain, qui détestait les plants américains, se mit à grignoter avec appétit les racines des plants français. Ce phylloxéra fit le bonheur des colons en leur ouvrant largement le marché métropolitain des vins courants. Le second survint en 1892 quand l'État admit définitivement en franchise les vins algériens. Hélas, le phylloxéra appréciait les voyages : il traversa la Méditerranée. Quand les vignobles métropolitain et algérien furent reconstitués, après 1920, il y eut une surproduction structurelle dont on ne sortit que beaucoup plus tard et au prix de coûteux programmes d'arrachages
En cliquant sur la carte ci-dessous, vous obtiendrez une image agrandie à promener sur votre écran, où bon vous semble, en la tirant par la barre de navigation.



Vignobles
Le bleu indique l'extension des vignobles de qualité courante. Il y en a partout dans la Mitidja, sauf autour de Boufarik en zone des agrumes.
Le rouge indique l'extension des VDQS de montagne.
. .
La vigne est une culture " peuplante " tant elle exige de travaux et de main oeuvre. En hiver il faut la tailler ; opération délicate qui exige un vrai savoir-faire. Au printemps il faut surveiller les raisins pour lutter à temps contre l'oïdium et le mildiou. L'oïdium se signale par uns feutrage blanc et la boursouflure des feuilles. Il faut traiter avant que l'atteinte ne dépasse 15%. On saupoudre ou on pulvérise du soufre en solution. Le champignon du mildiou est américain : il a débarqué en 1876. C'est à Bordeaux que l'on a trouvé la parade dès lors appelée " bouillie bordelaise ". Il s'agit d'une solution bleuâtre de sulfate de cuivre additionnée de chaux. Le produit était disséminé grâce à une " sulfateuse " accrochée sur les épaules et portée sur le dos. Au début de l'été il faut s'assurer que des feuilles mal placées ne gêneront pas la maturation des grappes de raisin ; et les arracher si nécessaire. Les piochages pour désherber et aérer la terre se faisaient au " crochet " (une grosse pioche). Ce travail fatigant ainsi que les vendanges étaient assurés par des ouvriers saisonniers embauchés pour la circonstance : des Kabyles, des " gueblis " (gens du sud venus souvent de Tablat), voire des Marocains dont la réputation de travailleur était réelle. Pour les vendanges les coupeurs étaient moins bien payés que les porteurs. Après 1945 les salaires furent fixés par l'administration, sauf quand on payait à la tâche. En 1951 le salaire minimum garanti était de 300 anciens francs par jour ; et en janvier 1960 de 6,91 nouveaux francs. Beaucoup d'ouvriers préféraient être payés à la tâche.

Bien sûr ces techniques concernaient les petites exploitations, de loin les plus nombreuses : il y en avait peu qui dépassaient les 30ha. En 1960 les plus grandes, tel le domaine Averseng à El-Affroun, avaient mécanisé certains travaux, mais pas les vendanges.

   ·  Les agrumes sont une autre culture " peuplante " avec un décalage saisonnier des récoltes, fin de l'été pour les vendanges et hiver pour les agrumes ; ce qui permettait aux ouvriers d'être embauchés sur les deux chantiers de ramassage. La récolte n'est bien sûr pas le seul travail. Il faut tailler les arbres, surveiller maladies et parasites pour traiter à temps, réguler l'irrigation et le drainage. Les orangers ont besoin de beaucoup d'eau (plus de 4 000m 3 par hectare et par an), mais en hiver les racines souffrent si le sol est trop humide et les fruits se conservent mal ensuite. L'eau était fournie par pompage bon marché dans une nappe phréatique très peu profonde : en comparaison l'eau du barrage du Hamiz était jugée trop chère et peu utilisée. De toute façon les plantations principales, autour de Boufarik, se trouvaient très éloignées du périmètre équipé pour l'irrigation.

La Mitidja fut le berceau de l'agrumiculture algérienne grâce à la richesse de ses sols, bien que parfois trop argileux, grâce à l'abondance de l'eau, grâce à la douceur des hivers (le facteur limitant étant une température inférieurs à moins 4°), et grâce à la proximité du marché et du port d'Alger, la récolte étant destinée plus à l'exportation qu'au marché local.

La création d'une orangeraie exigeait de gros capitaux car la récolte ne devient rentable qu'au bout de 6 ans. Entre temps il avait fallu prendre soin des arbres, enrichir encore le sol par une fumure appropriée et protéger les jeunes plants contre le vent par des haies vives de cyprès, casuarinas et tamaris. L'eucalyptus aussi était apprécié en tant que pompe aspirant l'excès d'humidité du sol.

Lorsque Blida fut occupée définitivement en 1839, la ville était entourée de jardins avec des orangers. Pourtant l'essor de ce verger fut lent. Il est probable que la création de l'OFALAC (Office algérien d'action économique et touristique) en octobre 1931 a aidé l'essor à venir en favorisant la standardisation et la présentation des fruits.

Mais c'est la guerre civile espagnole qui, à partir de 1936, provoqua le véritable démarrage de l'agrumiculture. L'Espagne ne vendit presque plus rien jusqu'en 1945, et même ensuite le régime de Franco étant mis à l'index, le commerce franco-espagnol demeura très faible. De plus l'État français protégea le marché métropolitain, le seul accessible en fait aux agrumes d'Algérie, malgré les actions de promotion de l'OFALAC à l'étranger.


extension de la culture
Les triangles situent les usines de production de jus de fruit ;

13 000 et 1500 tonnes de fruits traités.

La tache au nord est celle de Birtouta.

Les hachures représentent la voie ferrée d'Oran ; le gris, l'Atlas ; les tirets, la limite de la plaine.

NB Extrait de la carte trouvée dans la revue de géographie de Lyon vol. 44 de 1969.



L'extension de cette culture fut trois fois moins grande que celle de la vigne, se limitant pour l'essentiel à la Mitidja centrale d'Oued-el-Alleug à Chébli ; avec Boufarik en son centre, et deux pointes vers La Chiffa et Rovigo (Bougara sur la carte). A Boufarik avait été installée l'une des 7 stations régionales du Service de l'Expérimentation Agricole. Cette station disposait d'un terrain de 16ha consacrés surtout à l'agrumiculture et accessoirement aux pruniers et aux pacaniers.

Ce n'était pas une monoculture, les fermes associant agrumes, vigne et parfois blé et luzerne. Malgré la possibilité de produire des fourrages, la Mitidja cessa d'être une région d'élevage : plus de moutons comme jadis et pas beaucoup de vaches à l'étable.

Il n'y avait pas de plantations de citronniers et de pomelos dans la Mitidja ; seulement des orangers, des mandariniers et des clémentiniers. Les oranges sont des fruits traditionnels dans l'Algérie turque. La mandarine a été introduite vers 1850. La clémentine est un hybride de bigaradier et de mandarinier créé à Oran, vers 1915, par le Père Clément. Comme elle est mûre avant les autres agrumes, elle se vend à des prix élevés.

Les mandarines et les clémentines étaient presque toutes exportées : pas les oranges dont les ¾ étaient consommées en Algérie, ou transformées en jus de fruit à Boufarik par la société Orangina. La boisson orangina est à base de jus d'orange et d'eau gazeuse. Elle est créée à Boufarik en 1936 et connaît aussitôt un vrai succès. En 1951 est lancée, à Boufarik, la fabrication de concentrés ; mais la mise en bouteille est assurée par des ateliers situés à Alger et à Blida. En 1962, à cause de l'indépendance, le siège social a quitté Boufarik pour Marseille, mais la petite bouteille d'orangina a survécu à l'exode.

   ·  Le tabac est la première culture industrielle et celle qui intéressait autant les fellahs que les colons.. Elle ne fut pas introduite par les Français ; peut-être par les Turcs qui cultivaient deux sortes de tabac : le grand " à fumer " et le petit " à priser ". En Mitidja nous ne cultivâmes que du tabac à fumer.

Ce fut une culture paradoxale, dite libre mais en fait très contrôlée. En effet le cultivateur n'avait pas à solliciter d'autorisation pour en planter ; mais il devait impérativement informer l'administration et recevoir ensuite tous ses agents contrôleurs du nombre et de la qualité des plants. Le colon et le fellah n'avaient pas trop de souci à se faire pour l'écoulement de la récolte car la Régie des tabacs achetait tout à un bon prix. Un hectare de tabac rapportait autant que 5 hectares de blé, vers 1935.

Le tabac de Mitidja était cultivé près de l'Alma, de Saint-Pierre-Saint-Paul et d'El-Affroun ; à ses deux extrémités donc. Une partie partait à Marseille, l'autre était travaillée par les manufactures de cigarettes de Blida et d'Alger, par la firme Bastos. La firme Bastos avait son siège social, 20 rue Mison à Alger, mais l'usine principale était à Oran. On y fabriquait aussi des cigares.

C'est en 1925 que les étendues consacrées à cette culture furent les plus larges.

   ·  Le géranium rosat est une plante à parfum introduite dans la Mitidja occidentale par des colons venus de Grasse et qui s'y connaissaient en matière de parfums. Les feuilles de cette plante contiennent une huile essentielle, le géraniol, dont l'odeur rappelle celle de la rose. On coupe ces feuilles deux fois par an, en mars et en juillet. Un hectare de géranium peut fournir entre 20 et 25 litres d'huile qui sont utilisés pour la fabrication de parfums à bon marché. Cette culture a connu son apogée, dans la Mitidja, au XIXè siècle, autour d'El-Affroun et de Boufarik, avec 3 000 ha. Ensuite, à cause de la concurrence de l'industrie chimique, les superficies consacrées au géranium rosat diminuèrent des 2/3 sans jamais disparaître, du moins avant 1940. Cette culture n'exige que de modestes investissements car les feuilles peuvent être récoltées dès la première année.

En 1930 la production d'huile essentielle était entièrement exportée, moitié en France, moitié aux États-Unis.

Les autres plantes à parfum ne se sont jamais développées vraiment : en 1930 à peine 200 ha pour les bigaradiers, la citronnelle et la verveine.






D'autres cultures sont mentionnées dans les cahiers du centenaire, qui n'ont d'importance que très localement et dont les productions sont marginales. On y trouve des arbres très traditionnels, oliviers et figuiers au contact de la plaine et de l'Atlas, notamment à proximité de la Kabylie. Et des vergers de pruniers près de Boufarik.

Les pommes de terre nouvelles ont le mérite d'alimenter un faible flux d'exportation ; mais la Mitidja vient, pour cette production dont il faut acheter les pommes mises en terre en Bretagne, loin derrière les plaines littorales et le Sahel. On en trouvait notamment entre Rivet et Sidi-Moussa.

Deux cultures ne pouvaient être citées par les cahiers de centenaire de 1930 car elles ne se sont développées que dans les années 1950 : le riz et les strelitzia.

   ·  Pour les rizières la rupture des liaisons avec l'Indochine a sans doute été l'occasion de lancer une expérimentation en 1950-1951 au nord d'Oued-el-Alleug, dans une région anciennement marécageuse. Cette expérience fut si bien réussie que l'Etat français a pris des mesures d'encouragement efficaces : facilités de financement pour l'aménagement des casiers assurant la maîtrise du niveau d'eau, garantie d'écoulement et de prix pour les récoltes. Dès 1952 260ha étaient occupés par des rizières près de la trouée du Mazafran, là où les altitudes sont les plus basses. Contre les moustiques on alevinait les rizières en gambouses.

   ·  Les fleurs de streliziaLes fleurs de strelitzia ont connu un essor tardif mais suffisant pour que les services de l'administration postale fassent figurer, en 1958, cette fleur sur un timbre avec surtaxe pour les secours aux enfants. Culture limitée à la zone d'El-Affroun à Marengo.


Quelques hommages philatéliques rendus aux cultures de la Mitidja. De gauche à droite :
vigne et orangers en 1954 ; strelitzia reginae en 1958 et après 1962.
Et au milieu timbre de 1954 pour le IIIècongrès international d'Agrumiculture d'Alger

Et pour clore ce chapitre quelques statistiques sur l'utilisation du sol de la Mitidja, vers 1962.
Vignes 41 000ha   tendance en baisse : record  plus de 50 000 en 1946
Agrumes  15 000ha   tendance en hausse : 12 000 en 1946  
Autres vergers  2 000ha   pruniers surtout  
Céréales   19 000ha   une nouveauté : les rizières du Mazafran
Divers 2 000ha   pommes de terre et légumes
Jachère 5 000ha
 Soit un total agricole de 84 000 hectares.  


Restait donc environ 45 000 hectares pour
            les villes et villages
            les routes, chemins et voies ferrées
            les usines
            les forêts et marais résiduels.

A en juger par les sites algériens actuels, il semble que ce qui " pousse " le mieux maintenant dans la Mitidja, ce sont les parkings et les HLM. Comme les HLM consomment plus d'eau que les orangeraies, la nappe phréatique est de plus en plus profonde. Il est certain que le Sahara ne manquera jamais de sable, mais il est probable que la Mitidja, anciennement marécageuse, manquera d'eau bientôt, si ce n'est déjà fait.

Le crin végétal n'est pas une ressource agricole ; ce fut pourtant une ressource pour les agriculteurs, et pas seulement au début. Le crin végétal est extrait du palmier-nain (chamaerops humilis var. cerifera) qui poussait en abondance dans le Sahel et dans les environs du futur El-Affroun. Les colons durent les arracher, difficilement, pour défricher leurs terres et les mettre en culture. Un colon d'El-Affroun, Averseng, s'aperçut que la fibre extraite mécaniquement de la plante pouvait remplacer le crin animal. Ce crin, bien meilleur marché, a en outre l'avantage d'être imputrescible et à l'abri des attaques d'insectes. Ses usages sont multiples : cordes, coussins pour les pressoirs à raisin, paniers, chouaris (paniers doubles pour les ânes) et corbeilles. Les déchets d'usine (la première fut créée à Toulouse en 1848) peuvent servir à rembourrer coussins, fauteuils et matelas.

Les défrichements des lots de culture une fois terminés, les colons allèrent couper du palmier sur les basses pentes de la montagne. Les héritiers du découvreur ont construit à El-Affroun une usine qui employa jusqu'à 400 ouvriers. Cette activité se poursuivit jusqu'à ce que la concurrence marocaine et l'insécurité fassent fermer l'usine en 1956.

5° Une plaine en voie d'industrialisation à l'est

En 1962 la Mitidja n'était pas beaucoup plus industrialisée que le reste de l'Algérie du nord, mais elle avait vocation à le devenir bientôt le long de l'axe Maison-Carrée-Blida et à l'est de cet axe. Les raisons de le croire sont multiples :
   ·      Existence de productions agricoles à transformer, céréales et agrumes
   ·       Existence de carrières et de gravières pour matériaux de construction
   ·       Proximité d'Alger, de sa clientèle et de son port
   ·  Disponibilité d'un espace pas trop cher, au sud de Maison-Carrée surtout
   ·  Incitations, tardives il est vrai, du plan de Constantine

Plutôt que de tenter un inventaire à la Prévert de toutes les productions recensées, je me propose d'ajouter quelques brefs commentaires au croquis ci-joint des villes et villages hébergeant des industries. On ne peut parler de région industrielle, seulement d'îlots plus ou moins étendus, le plus dynamique étant celui de Maison-Carrée. Sur le croquis j'ai aussi situé la modeste exception occidentale qui confirme la règle orientale : El-Affroun pour ses ateliers de travail du crin végétal fermés en 1956.
En cliquant sur la carte ci-dessous, vous obtiendrez une image agrandie à promener sur votre écran, où bon vous semble, en la tirant par la barre de navigation.

Une plaine en voie d'industrialisation
Légende.
En orange les zones d'agrumiculture intensive
En mauve la zone du crin végétal
En hachures horizontales bleues la zone irrigable par le barrage du Hamiz
Le zigzag situe l'émetteur de Radio-Alger à mi-chemin de Maison-Carrée et de l'Arba
Les cercles marrons situent les villes avec industries ; et les flèches vertes indiquent les axes d'expansion industrielle de Maison-Carrée

  ·    
  Maison-Carrée. Les quartiers du centre-ville sont dans la basse vallée de l'Harrach ainsi que les plus vieux établissements industriels ; briqueteries tuileries, tanneries Altairac et minoterie Duroux. Mais l'essentiel et le plus moderne est bien dans la Mitidja, dépassant souvent les limites communales. Il y avait là des terrains moins chers, parfois marécageux (ce qui explique qu'ils n'aient pas été cultivés) et desservis par une voie ferrée. L'expansion a suivi trois directions.

La plus ancienne est celle qui " remonte " la vallée de l'Harrach jusqu'aux gares du Gué de Constantine (commune de Kouba) et de Baba-Ali (commune de Saoula). Au Gué de Constantine le mal nommé car il est sur la voie de Blida et d'Oran on travaillait le soufre pour traiter les vignes. A Baba-Ali la société Cellunaf fabriquait papiers et cartonnages avec l'alfa des hautes plaines. Et la Société ballastière extrayait du gravier du lit majeur de l'Harrach, large de 80m à cet endroit. Ces graviers tout venant étaient concassés pour fournir, à la demande, des graviers de tout calibre.


usines, Maison-Carrée
Vers la gare d'Oued Smar sur la ligne de Constantine, la zone industrielle, récupérée sur un petit marais, est plus récente. L'établissement le plus connu est celui des BGA, Brasseries et Glacières d'Algérie, édifié en 1954 avec des capitaux, m'a-t-on dit sur place, rapatriés d'Indochine par les Brasseries et Glacières d'Indochine de Saigon. Pour une usine produisant de la bière, ouvrir en 1954 fut l'idéal car avec l'envoi du contingent en Algérie, la période 1954-1962 ne manqua pas de clients buveurs de bière. Il est habituel de signaler aussi à Oued-Smar l'usine de câbles LTT et l'usine de peinture Astral-Celluco.

Vers Baraki le bilan est plus modeste malgré des débuts précoces avec l'installation d'une base de dirigeables en 1917 et d'un centre d'entraînement des troupes aéroportées en 1937. En 1947 Baraki, avec la cité Recazin, devient banlieue d'Alger

  ·    Blida. Bien que Blida soit la " capitale " de la Mitidja, son bilan industriel est beaucoup plus modeste que celui de Maison- Carrée et davantage dépendant des productions agricoles régionales. Grâce aux moulins établis sur l'oued el-Kebir, Blida est devenu assez tôt un centre d'industries alimentaires de base. Cela commence par de grosses minoteries, se poursuit avec la fabrication de pâtes par Ricci et de couscous par Ferrero. Les moulins Ricci ont sans doute été créés dès 1853 et la société Ferrero en 1907. Au dos des camions de livraison de Ricci on pouvait lire " klaxonnez : Ricci, bonne pâte vous laissera passer ". C'était épatant. Pâtes et couscous étaient les productions principales, mais pas les seules. Il y avait des scieries, une petite manufacture de tabac et la fabrication d'emballages.

  · Boufarik est la ville des jus d'orange et de la production de confitures. Donc un industrie annexe des orangeraies.

  · Rivet n'a d'industries que grâce aux carrières du djebel Zérouéla qui domine le village. Les carrières ont été ouvertes dès la fin du XIXè siècle pour des matériaux de construction. Et dès le début du XXè on a commencé à produire chaux et ciments. Lafarge rachète les établissements vers 1920 et développe la production qui atteint dès 1922 les 51 000 tonnes.
  · Rouiba , ou pour être plus précis la zone industrielle de Rouiba-Réghaïa est située entre la grande route et la voie ferrée de Constantine. Le fleuron industriel est fourni tardivement en 1957/1959 par la construction des deux bâtiments des ateliers Berliet.Dans l'un des bâtiments on montait des camions Berliet à partir de pièces importées de Lyon ; dans l'autre on assurait l'entretien et la réparation des gros camions, Berliet ou pas Berliet, des flottes qui desservaient, par la route de Médéa, Djelfa, Laghouat et Ghardaïa, les plates-formes des recherches pétrolière d'Hassi-Messaoud, et gazière d'Hassi'R'Mel.

Il n'est pas impossible qu'on y ait monté aussi des autobus ; pour le moins on l'a envisagé. On y brassait aussi la bière " La Gauloise "


6° Une plaine plutôt bien équipée

      A/ pour l'enseignement. Même si l'enseignement, pour les colons qui s'installaient dans les nouveaux villages, venait après la fontaine, l'abreuvoir et le lavoir, il ne s'écoulait pas plus de 2 ou 3 ans avant l'ouverture, sinon d'une école, du moins d'une salle ce classe dans un local quelconque pourvu de quelques tables à hauteur d'enfants, et d'une institutrice sans formation, mais sachant lire et écrire. Donc lorsque le dernier village de la Mitidja fut inauguré les enfants européens de la Mitidja pouvaient aller à l'école si les parents le souhaitaient. Il n'était pas question alors d'écoles pour les indigènes, qui d'ailleurs n'étaient pas du tout demandeurs, tant ils redoutaient un endoctrinement contraire aux principes coraniques. La fréquentation de l'école n'était pas obligatoire.

L'enseignement primaire ne reçut sa consécration officielle qu'avec la création des écoles normales d'instituteurs et d'institutrices en 1866 et 1876.
  ·    1866 est la date de la création à Alger-Mustapha de l'école normale d'instituteurs. On y entrait par concours, avec deux concours séparés jusqu'en 1927 pour les candidats français et les candidats indigènes. Les études duraient alors 3 ans. En 1888 l'école fut transférée à Bouzaréa. Elle eut du mal à recruter en Algérie au début ; en 1868 sur 36 reçus, 26 viennent de métropole et 10 d'Algérie, dont 3 Arabes.
1891 est une date capitale pour l'organisation d'un enseignement primaire double avec la création d'une quatrième année, dite spéciale, pour donner à ceux qui suivraient son enseignement des compétences bien utiles dans les écoles du bled : agricoles (comment tailler un arbre fruitier), médicale (lutte contre les poux et le trachome), manuelle (comment utiliser les outils du bricolage) et linguistique (quelques rudiments d'arabe et de kabyle).
Ainsi furent créés deux cadres d'instituteurs : les cadres A et B qui ne fusionnèrent que beaucoup plus tard, au plus tard en en 1949.

Cadre A ou cadre B ?

Les instituteurs du cadre A, formés en 3 ans, n'enseignaient normalement que dans les écoles dites françaises.
Les instituteurs du cadre B, formés en 4 ans, n'enseignaient normalement que dans les écoles dites indigènes.
Avant 1949 un instituteur du cadre A ne pouvait postuler pour une école indigène, ni un cadre B pour une école française. Après 1949, oui. Par contre il y a toujours eu une minorité d'élèves indigènes dans les écoles françaises et quelques rares élèves européens dans les écoles indigènes du bled. Donc pas du tout d'apartheid. La logique était pédagogique car, dans les écoles indigènes, une classe dite d'initiation, précédait le cours préparatoire. Elle était destinée à l'apprentissage de la langue française pour les enfants de familles non francophones.
  · 1876 est la date de la création de l'école normale d'institutrices située alors à Miliana.
Cette école obéit aux mêmes principes que celle de Bouzaréa : concours d'entrée, double section à 3 ans et à 4 ans d'études, pour institutrices des cadres A ou B.
Comme pour les instituteurs, les premiers postes du cadre B ne pouvaient se trouver dans la Mitidja trop confortable : ils étaient dans des zones sans Européens, sans route, sans commerçant. L'enseignant y accédait à dos de mulet et un indigène était chargé de se préoccuper de son ravitaillement. Je parle des années 1891-1949.
Les institutrices du cadre B n'étaient pas toutes normaliennes. Pour échapper au concours et à l'école normale, il suffisait d'avoir le brevet élémentaire et d'épouser un collègue normalien et titulaire du brevet supérieur (ou du bac plus tard). Et de le
suivre dans un poste du bled où, avant les années 1920, il n'y avait que des écoles de garçons, tant les hommes étaient hostiles à l'idée qu'une femme puisse être plus savante que son époux. C'eût été le monde à l'envers


En 1962 il y avait donc une ou deux écoles primaires dans tous les villages de la Mitidja. Et dans les plus peuplés, Marengo, L'Arba, Rouiba et Maison-Carrée, il y avait un cours complémentaire hébergé dans les bâtiments d'une école primaire et où des instituteurs pouvaient préparer leurs élèves, en 3 ou 4 ans, à un brevet élémentaire sans latin et sans langue vivante.

Je mets à part les villes qui possédaient un ou deux lycées, et même pour Maison-Carrée des établissements d'enseignement supérieur. Tous ces collèges, lycées et instituts étaient semblables à leurs équivalents métropolitains, avec en plus des cours d'arabe classique et dialectal. En voici un dénombrement que j'espère exhaustif.

A Rouïba il y avait
Un collège mixte
 
A Boufarik il y avait
Un lycée mixte
     
     
     
A Maison-Carrée il y avait
Un lycée de garçons
Un lycée de filles
Le collège technique Lavigerie
Un cours commercial

Et un institut agricole en 1905
Et un institut industriel en 1946

 
A Blida il y avait
Le lycée de garçons Duveyrier
Le lycée de filles La Fontaine
Le collège de garçons Bonnier
Une école pour aveugles

Le lycée de garçons de Maison-Carrée a hébergé à partir de 1950 une classe de formation de géomètres-experts. Il n'y avait qu'un seul enseignant à temps plein ; le professeur de topographie. Les autres étaient des vacataires, titulaires dans les établissements voisins.

L'école d'agriculture, ancêtre de l'institut, fut domiciliée à Rouïba de 1880 à 1905.

Hors de la plaine, Lavigerie avait fondé, en 1868, le collège des Pères Blancs.

      B/ pour la santé. La santé fut une priorité qui s'imposa dès l'été 1830, tant il y avait de malades et de décès dans les régiments qui tenaient les postes de la Mitidja, à commencer par celui de la ferme-modèle près du futur Maison-Carrée. L'histoire médicale de la Mitidja énumère une liste d'épidémies de dysenteries, typhus (en 1868 à Marengo) choléra ( par exemple en 1835 à Blida, et en 1867 à Marengo) et surtout une suite de " fièvres " innombrables, pas contagieuses mais endémiques. Elles affaiblissaient toujours et tuaient parfois. Elles avaient beaucoup de noms " malignes, putrides, insidieuses, rémittentes, récurrentes, comateuses, tierces, quartes, etc. etc. ", mais pas de remède. De 1835 à 1842 elles firent, de Maison-Carré à Boufarik et de Boufarik à Blida plus de morts que les Hadjoutes ; et à Fondouk plus de morts que les Kabyles. Bien sûr il s'agissait de ce que nous nommons, au choix, paludisme (de palus = marais) ou malaria (de mala aria = mauvais air).

Les médecins militaires, les seuls à exercer dans la Mitidja à l'époque, ne savaient pas lutter contre ce fléau dont ils ignoraient la cause. Ils incriminaient les " exhalaisons putrides, les vapeurs pestilentielles ou les miasmes méphitiques " des marais sans songer à mettre en cause les piqûres de moustique. Par chance le médecin-chef de l'hôpital de Bône, Maillot, trouva, en 1834, la bonne posologie du sulfate de quinine, un fébrifuge découvert en 1820 par le pharmacien Caventou. Cette quinine, extraite de l'arbre quinquina, fut dès lors largement produite et distribuée. A Boufarik, on pouvait l'acheter au café.

La Mitidja a joué le premier rôle dans l'étude de la maladie et pour les essais de prévention, mais seulement après 1880, date de la découverte, à Constantine, par le docteur Laveran, du responsable : un parasite hématozoaire du genre plasmodium, le plus dangereux étant le plasmodium falciparum. En 1884 le même Laveran tient pour probable que le réservoir et transmetteur du plasmodium est le moustique anophèle. Laveran reçut le prix Nobel de médecine en 1907.

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Station expérimentale

Le marais des Ouled-Mendil entre dans l'histoire médicale en 1894 quand le tout nouvel Institut Pasteur d'Alger décida de préserver le marais, puis d'y implanter une station d'études pour trouver le moyen d'éliminer les larves de moustique. L'idée fut de déverser du pétrole qui, en formant une mince couche superficielle, empêchait les larves de moustique de venir respirer en surface. Elles s'asphyxiaient. Il serait bon aussi de poursuivre l'assainissement des zones marécageuses par des drains et l'assèchement des sols très humides par des plantations d'arbres : mûriers, saules, platanes et finalement eucalyptus. Plus tard le DDT remplaça le pétrole et on alevina les canaux de drainage et les rizières avec des gambouses : ce petit poisson raffolant des larves de moustique.

Mais les paludéens n'étaient pas les seuls malades, militaires et civils, à soigner. Dès le début de la conquête le service de santé de l'armée créa de nombreuses " ambulances ", nom que l'on donnait alors à ce qu'on appellerait aujourd'hui des infirmeries de campagne. Ces ambulances, celle du docteur Pouzin à Boufarik par exemple, furent éphémères.

Par contre l'hôpital militaire de Blida, créé parle docteur Ducros dès 1839, dans une mosquée reconvertie, déménagea dès que possible et survécut à tous les changements politiques. En 1840 on y admit les civils. En 1954 il avait le statut officiel d'hôpital régional ; ce qui lui donnait autorité sur les médecins inspecteurs créés en 1908 et sur les dispensaires ouverts à des dates diverses dans de nombreux villages. Outre cet hôpital majeur il y avait en Mitidja en 1954

  un hôpital psychiatrique à Joinville, créé en 1932 dans la commune de Blida,
  un hôpital-hospice à Marengo,
  un sanatorium à Rivet, plus précisément sur le djebel Zérouéla qui domine Rivet. Il fut ouvert en 1940 pour lutter contre la  tuberculose, à 450m d'altitude au-dessus de l'humidité de la plaine.

Rivet : le sanatorium
Rivet : le sanatorium
Blida : l'hôpital
Blida : l'hôpital

      C/ pour le tourisme et la culture. le rôle de la Mitidja fut plus modeste.

Comme l'écrit le rédacteur du guide Michelin " comparé au pittoresque des régions montagneuses qui l'environnent, celui de la Mitidja reste modéré ". Il conseille logiquement de grimper sur quelques hauteurs d'où les vues sur la plaine sont remarquables.
      o Ainsi peut-on accéder à partir de Montebello au " tombeau de la Chrétienne ", (probable mausolée d'un roi de Maurétanie)
      o A partir de Blida à Chréa (station de repos l'été et de ski l'hiver à 1510m d'altitude dans une forêt de cèdres), et aux gorges de la Chiffa
      o A partir de Rovigo à Hammam-Melouane (station thermale dans les gorges de l'Harrach)
      o A partir de Marengo à Hammam-Righa (station thermale du massif du Zaccar déjà connue du temps des Romains et dotée par la France de deux établissements thermaux, un pour les civils et le second pour les militaires).

Pour les autres centres de la plaine les guides ne signalent généralement que les monuments aux morts de la guerre 1914-1918, les kiosques avec ou sans palmier au milieu, les églises et les hôtels-restaurants (7 à Blida ,4 à Boufarik et Maison-Carrée, 2 à Rovigo et à Marengo, au mieux un ailleurs). Les noms les plus habituels sont hôtel de France, ou hôtel d'Orient.

Un hôtel d'Orient : le plus grand sans doute de toute la Mitidja.
Un hôtel d'Orient : le plus grand sans doute de toute la Mitidja.
C'est celui de Blida qui était rue Lamy, prolongement de la rue de la gare, au coin de l'ancienne place d'armes. Classique bâtiment à arcades.

Comme on le devine c'est encore une fois à Blida et à Boufarik qu'il y a le plus de voyageurs et de touristes. Qu'ont-ils à voir dans ces deux villes ? Rien d'extraordinaire : des monuments, statues ou obélisque, dédiés aux héros de la conquête française, et des mosquées de la période ottomane reconnaissables à leur minaret octogonal.

MARABOUT SIDI6YACOUB 0 bLIDA

MINARET
En quittant son hôtel d'Orient le touriste n'avait pas beaucoup de chemin à parcourir pour apercevoir la koubba de Sidi Yacoub Chérif dédié à un marabout du XVIè siècle et le minaret de la mosquée El-Hanefi bâtie en 1750 par les Turcs qui respectaient le rite hanéfite.

LE SERGENT bLANDAN 0 bOUFARIK


Pour ce qui concerne les deux " monuments français " il suffit de relier Boufarik avec son monument du centenaire déjà vu, à Blida, par Beni-Méred. Ils sont tous deux consacrés à la mémoire du sergent Blandan. Blandan commandait un détachement de 20 soldats chargés de transporter la correspondance de Boufarik à Blida. Il fut attaqué par des cavaliers hadjoutes à mi-chemin et tué le 11 avril 1841. Il y eut 5 survivants pour raconter l'histoire du combat héroïque mené par leur sergent. Blandan a sa statue à Boufarik et sa " colonne " à Beni-Méred, sur le lieu de l'embuscade.

colonne et obélisque  à Beni mERED

Quant aux manifestations artistiques et intellectuelles qui illustrent la Culture avec un C majuscule, il est certain qu'elles étaient limitées ; et par la proximité d'Alger, et par la faiblesse des populations urbaines européennes. C'est à Alger que furent établis très logiquement, l'université, le Conservatoire de musique, l'Opéra, les musées et la villa Abd-el-Tif. Dans cette villa des hauteurs d'Alger furent hébergés, entre 1907 et 1962, gratuitement durant un ou deux ans, 87 artistes métropolitains ; surtout des peintres (67).

Ces peintres dits orientalistes n'étaient pas attirés par la Mitidja trop française avec ses villages en damier autour d'une grande place centrale avec kiosque à musique, regroupant mairie, poste et église ; mais par le " grand sud ", ses paysages (un peu), ses Ouled-Naïls (beaucoup). Au XIX è siècle cependant un peintre s'était intéressé de très près à la Mitidja, mais pas pour des motifs artistiques ; juste pour augmenter ses revenus. Horace Vernet a ainsi acheté dans les années 1835 un grand haouch près de Boufarik, qu'il fit cultiver sous la direction d'un gérant efficace.

Il n'y avait naturellement dans la plaine, ni musées, ni opéra, ni conservatoire. Il y avait tout de même deux théâtres ! A vrai dire ces deux théâtres, dans les années 1930, étaient des cinémas pourvus d'une scène : à Blida c'était le Capitole et à Boufarik le Colisée.

theatre le colisée

A en juger par sa façade le Colisée de Boufarik devait dater de l'entre-deux-guerres.
L'histoire du capitole est plus mouvementée.
Le premier bâtiment construit à l'économie ne put rendre les services artistiques attendus. Il fut reconverti en débarras, puis en prison. Il fut démoli en 1886.
L'année suivante on transforma en théâtre un immeuble d'habitations. On le dota d'une troupe permanente modeste de 15 musiciens et 3 ou 4 chanteurs solistes. Cela coûtait trop cher et ce second théâtre devint, lui aussi, un entrepôt.
Après 1900 on réhabilita le second théâtre assez bien pour qu'il soit utilisé jusqu'en 1949 pour des spectacles divers : tournées théâtrales venues de France ou d'Alger, concerts et spectacles d'amateurs. Il fut fermé pour cause de vétusté.
Des travaux permirent une réouverture, sous le nom de capitole, d'une salle polyvalente pour des spectacles de théâtre ou de cinéma.


7° La plaine d'Algérie la mieux desservie

Au fur et à mesure que des villages de colonisation étaient créés, il se mettait en place des services privés de transport collectif vers Alger. Les initiatives et les capitaux étaient alors privés. Ils le sont restés jusqu'à la nationalisation des chemins de fer avec la création le premier janvier 1939 des CFA (chemins de fer d'Algérie). Les services d'autobus furent assurés jusqu'en 1962 par des sociétés privées.

L'évolution technique permet de distinguer trois " âges " du transport en commun dans la Mitidja, comme ailleurs en Algérie : celui des diligences, celui du rail et celui des autobus.

     A/ Le temps des diligences. Elles sont souvent appelées dans les textes de l'époque corricolos. Le mot a disparu des dictionnaires Larousse et Robert, mais on en trouve des images. Il s'agit de véhicules tirés par deux ou trois chevaux avec des ouvertures sans vitre, agréables l'été peut-être, l'hiver sûrement pas. Généralement il y a deux niveaux avec une impériale que l'on peut bâcher. Donc des véhicules dont le confort nous apparaît bien sommaire et la vitesse bien lente. Mais il n'y avait rien de mieux.

la poste de Marengo
Ce corricolo à deux chevaux devait pouvoir transporter 12 passagers ; ou un peu
plus en se serrant. Les passagers du premier rang recevaient de plein fouet l'air de
la course et parfois la pluie ; mais ils avaient belle vue sur les ornières de la piste.
Ce véhicule à deux chevaux seulement était adapté aux trajets en plaine comme
tous ceux de la Mitidja.

Après la création des premiers chemins de fer les diligences ont assuré des correspondances. Celle de Marengo, entre 1869 et 1894, assurait la correspondance avec les trains d'Alger ou d'Oran qui s'arrêtaient en gare d'El-Affroun.

     B/ Le temps du rail.
            Ba/ Les deux grandes voies d'Oran et de Constantine ; qui existent encore en 2011.

  o Celle d'Oran continue à desservir les gares de Maison-Carrée à El-Affroun, avec, à Blida, une correspondance avec les trains à voie étroite de Djelfa par Médéa. Elle fut ouverte jusqu'à Blida en 1862, jusqu'à El-Affroun en 1869 et jusqu'à Oran en 1871.

Blida étant construit sur le cône de déjections de l'oued el-Kebir, à plus de 220m d'altitude, l'accès à la gare (à 211m) a exigé une rampe de 2% digne d'une ligne de montagne (Boufarik est à 62m et El-Affroun à 91m d'altitude). Pour éviter une rampe encore plus forte, la gare fut installée à 2km au nord de la ville. En 1947 une voie sur
chaussée de 1 539m fut établie entre la gare et le centre-ville. Elle fonctionna jusqu'au
21 août 1951 avec des autorails appelés " michelines ".



La Micheline de Blida
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Les horaires du 1 mai 1871: 2 heures pour Blida. Tous les trains sont mixtes.
  o Celle de Constantine continue à desservir toutes les gares de Maison-Carrée à l'Alma.

La voie a atteint l'Alma en 1879 et Constantine seulement en novembre 1886, vu les conditions géographiques difficiles entre Bouira et Sétif.



            Ba/ Le réseau éphémère des C.F.R.A.

 
  • Le sigle CFRA signifie Chemins de Fer sur Route d'Algérie. Il a été bien choisi car il désigne des voies ferrées qui ont été posées sur le bas côté des routes, avec le minimum d'investissements. Dans les villages les trains parcouraient la rue principale ; celle qui prolongeait la route. Les rails se trouvaient au milieu de la rue.

    C'est la loi du 17 juillet 1883 qui étendit à l'Algérie les dispositions de la loi du 11 juin 1880 sur les chemins de fer d'intérêt local. Ce texte était attendu depuis longtemps ; pourtant on ne se pressa pas. Il fallut au Conseil général trois ans de réflexion pour choisir un écartement de voie étroite, celui de 1,055m. Quatre ans plus tard, en juillet 1887, on décida quelles lignes on allait construire, en distinguant , par ordre d'urgence, trois réseaux. En fait seule une partie du " premier " réseau fut effectivement mise en place avant la guerre de 1914-1918. La guerre, puis l'essor des transports routiers, mirent fin à l'établissement de nouvelles lignes avant de contraindre à l'abandon de l'exploitation des lignes existantes.


    La chronologie de ce réseau CFRA est la suivante :
      ·Mai 1891 une convention est passée entre le préfet d'Alger et un certain Monsieur Cazes (en fait un représentant non déclaré du baron Empain). Cette convention prévoit la construction de deux lignes : Alger-Rovigo (47km) et El-Affroun-Marengo (19km)
      ·1892 DUP (déclaration d'utilité publique) de ces deux lignes.
      ·1894 Le décret du 20 juillet substitue à Monsieur Cazes la Société anonyme des CFRA.
      ·1894 Ouverture de la voie ferrée El-Affroun-Marengo en septembre.
      ·1898 Ouverture de la ligne Alger Rovigo par l'Arba.
      ·1900 Ouverture de la ligne Alger-Koléa. Cette ligne, avant de grimper vers Koléa, empruntait sur 4 ou 5km un trajet au nord de la Mitidja qui aurait pu constituer l'amorce d'une ligne prévue vers Oued-el-Alleug, mais jamais posée.
      ·1931 Mise à l'écartement normal du tronçon El-Affroun-Marengo et fermeture du tronçon Marengo-Cherchell. La voie sur accotement ayant été maintenue, dans la traversée d'Ameur-el-Aïn et de Bourkika le matériel frôlait les arbres et les façades. Abandon du service voyageurs.
      ·Vers 1935 abandon des lignes de Rovigo et de Koléa.

    C/ Le temps des autobus

Trente-trois sociétés de transport par autobus desservaient les villes du département au départ d'Alger. Elles traversaient toutes la Mitidja. La moitié d'entre elles avaient leur terminus en Grande Kabylie ou au-delà ; c'est ainsi que le tronçon Alger-Alma était parcouru par les véhicules de treize sociétés. Les sorties de la plaine sont numérotées de 1 à 6 sur le croquis.

Les terminus situés dans la Mitidja étaient desservis essentiellement par trois grandes entreprises, dont les lignes sont sur le croquis ci-joint.

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Le temps des autobus
o La porte de l'Alma (N° 1) ouvre sur la Kabylie et la corniche de Djidjelli
Dix sociétés desservaient Tizi-Ouzou
La société ATAN desservait Bougie par Tizi-Ouzou et la forêt de Yakouren
La société Smaïl Ahmed desservait Bougie par Palestro, Beni-Amran et Akbou
La société de la corniche desservait Philippeville (à 484km) par Bougie et Djidjelli
o La porte de Fondouk (N° 2) ouvre sur la route du col du Bou Zegza
La société ATAN desservait Maréchal-Foch (Arbatache)
La société Messaoui Ali desservait le village minier de Keddara
o La porte de l'Arba (N°3) ouvre sur la route du col de Sakamody
La société Rezig Mohamed desservait Tablat
La société ATAN desservait Bou-Saâda par Tablat et Aumale
o La porte de La Chiffa (N°4) ouvre sur les gorges de la Chiffa et le Titerri
Les ACB desservaient 5 terminus : Médéa, Boghari, Aïn-Boucif, Reibell et Djelfa
La société des transports tropicaux envoyait ses petits cars jusqu'au Nigeria, c'est-à-dire à 3495km d'Alger par Djelfa, Laghouat, Ghardaïa, El-Goléa, In-Salah, Tamanrasset, In-Guezzam, Agadès, Zinder et Kano pour terminus. Le voyage n'était pas rapide : 12 jours avec 8 nuits à l'hôtel.
A Zinder correspondance pour Niamey au Niger, et pour Fort-Lamy au Tchad
o La porte d'El-Affroun (N° 5) ouvre sur la vallée de l'Oued Djer
Les ACB desservaient 3 terminus : Miliana, Hammam-Righa et Tiaret par Affreville,
Pont du Caïd, Teniet-el-Haâd et le plateau du Sersou
o La porte de Desaix (N° 6) ouvre sur la vallée de l'oued Boukelal.
La société Mory desservait Cherchell et les villages du littoral jusqu'à Ténès.

Pour être complet il faut mentionner deux autres dessertes régulières par autocar :
celle des thermes d'Hammam-Melouane par deux sociétés : les ACB et Mouloud Lounès
celle de Rivet et de son sanatorium de Notre-Dame-du-Mont par la Compagnie Générale des transports sur route d'Algérie.

Pour terminer par un beau voyage imaginaire je vous invite à prendre le car de Kano. En 1954 ce voyage dans le cadre de l'Empire français et de la Paix française était long mais sans danger autre que l'ensablement. Après les indépendances il est devenu de plus en plus difficile, puis aujourd'hui carrément impossible ! Ce n'est pas un progrès ; c'était mieux avant. Vous pourrez ainsi, par la pensée, déjeuner à Boghari, Ghardaïa, Fort Miribel, In-Ekker + des repas froids en route.

Et dîner, puis dormir à Laghouat, El-Goléa, In-Salah, Arak,Tamanrasset, In-Guezzam, Agadès + un campement à Zinder.

Car saharien Renault AGP de la ligne ALGER ZINDER KANO
Car saharien Renault AGP de la ligne ALGER- ZINDER -KANO
Carrosserie en tôle soudée avec isolation en liège et vitres teintées
14 places assises ; coffre à bagages 3m3, coffre postal 1,4m3
compartiment arrière marchandises 6m3
réservoir d'essence 400 litres ; autonomie 800km
moteur de 85 ch. ; vitesse maximale 60km/h
longueur 7,60m ; largeur 2,35m ; masse à vide 3,4t

Bon voyage