square ou place Bresson - Alger
dit square de la République , dit square Aristide-Briand et, Port-Saïd maintenant.
le texte est extrait de " aux échos d'Alger, numéro 37 "
url de la page : http://alger-roi.fr/Alger/square_bresson/square_bresson.htm
sur site le 12/11/2002 ...augmenté et modifié : mars 2014

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Plan du quartier et alentours. (80 ko, long à charger)
Galerie d'aperçus
mars 2014
LES DEUX KIOSQUES du SQUARE BRIAND - écho d'Alger de 1934
29-9-2008
ADJUDICATIONS ET TRAITES. - Exploitation de W.C. publics. Reconduction de la concession.
17-6-2008
ADJUDICATIONS ET TRAITES. - Adjudication de la concession du droit de faire circuler des jouets mécaniques dans les squares et jardins publics.
12-2-2008
Adjudication du droit de faire circuler des ânesses au square Aristide Briand...
mars 2009
le cercle mi:itaire, ancienne caserne des janissaires
les squares

LA PLACE BRESSON
Henri BANUS

-----La Place Bresson où débouche la rue Bab-Azoun était sous les Turcs, entre le Front de Mer et un ravin qui formait la fosse extérieur de la vieille enceinte, un terrain vague qui servait de dépotoir aux immondices de la ville. Un dessin de 1845 montre un extraordinaire amas de décombres avec dans un coin une pancarte "Grand Bal tous les Dimanches". Ce terrain, dénommée place des Garamantes et place du Boumou, était le rendez-vous de tous les mendiants de la ville. Là, grouillait une population de marchandes de pain, de bateleurs, de musiciens ambulants, de passants, de cavaliers à cheval et à bourricot, au milieu de chiens hérissés et hurlants.

-----Dans un coin des dromadaires noirâtres et galeux étaient agenouillés en méditation. Des cuisines fumaient en plein vent, où s'affairaient de vieilles négresses. Un pan de mur effondré servait de table aux arabes qui roulaient gravement des boules de semoule extraite d'une marmite éclopée. Sur une butte, quelques loques omnicolores trrouées , jetées sur quatre pieux, faisaient un semblant de tente sous laquelle travaillaient des cordonniers et des vanniers indigènes. La Direction des Affaires arabes, installée dans une maison turque, mettait l'animation des allées et venues des officiers, de soldats. d'arabes de toutes conditions. "Six heures d'enthousiasme artistiques", écrivirent les frères Goncourt.

--Aujourd'hui cette place est le commencement des beaux quartiers modernes. Le ravin a fait place à l'Opéra inauguré le 29 septembre 1853. Incendié vingt ans après et reconstruit tel quel, il a été refait et modernisée à la veille de la guerre de 1914. La façade a été conservée, mais l'intérieur ressortit du style omnibus qui vaut aussi bien pour un casino ou un cinéma.

-----LA REPRESENTATION LA PLUS ORIGINALE QUI AIT EU LIEU EST PROBABLEMENT LA SEANCE DE PRESTIDIGITATION donnée le 27 septembre 1858 par Robert HOUDIN. Le Gouverneur général RANDON l'avait fait venir pour combattre l'influence des sorciers indigènes sur la population. Les musulmans y vinrent nombreux. L'escamotage d'un spectateur qui fut retrouvé ensuite à la sortie démontra la supériorité de l'Occident en la matière

---Vis à vis du théâtre, ayant vue sur la mer par delà le boulevard, le petit square Bresson, que l'on appelle aussi de La République ou Aristide BRIAND, terminé il y a un siècle, offre l'ombrage de ses arbres au feuillage persistant que l'hiver ne dénude jamais, palmiers, bambous, lataniers.

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Parmi les conversations et le commérages des vieux habitués, de petits ânes tournent inlassablement pour la joie des enfants.

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Les terrasses des cafés sont autant d'observatoires d'où l'on voit sans fatigue défiler des spectacles de la rue. Mais le temps est passé où, à peine était-on assis, une volée de "yaouleds" revendiquaient au milieu des cris la faveur de faire reluire vos chaussures, "KIF-KIF la glace de Paris."

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Aujourd'hui, ou plutôt hier, tels des commerçants établis les petits "ciri m'sieur!" attendent le client, accroupis sous les arbres, en bordure du square.

-----Un homme au teint basané, au cheveux de cirage fait depuis des années le métier de proposer aux voyageurs étrangers un chien minuscule qui tient dans le creux de sa main et dont on peut être sûr qu'il deviendra avant peu un animal haut sur pattes, appartenant à une race multiple. Un personnage adipeux, bardé de courroies, tient à vous vendre indifféremment jumelles, lorgnettes ou à défaut de simples lunettes fumées. Voici des marchands indigènes, l'un tout embaumé par les bottes d'oeillets du plateau qu'il porte à bout de bras ou de jasmin qu'il offre en chapelet ou cri colliers, l'autre brandit des éventails en raphia ou en fibre de palmier brodés de soie et de chasse-mouches à houppettes. Un troisième à les mains pleines de coffrets, de plateaux, de guéridons sommairement sculptés. Un dernier tient en équilibre sur la tête des coussins de filali rouge. Glissant entre les tables, un être silencieux dépose devant vous quelques cacahuètes, noisettes grillées, biblis qui sont de minuscules grains blancs, tandis qu'un vieux nègre tournoie en tapant sur sa derbouka et en choquant des castagnettes de fer.
Comme fond, le tintamarre continu des trams et des autos, les aboiements des klaxons..

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Henri BANUS