La Musique Musulmane
en Algérie
Par Léo Louis BARBES
secrétaire des Amis de la Musique d'Alger
Peu de musiciens européens vivant
en Algérie, compositeurs, instrumentistes ou simples amateurs.
semblent, à l'heure actuelle, s'intéresser à la musique
musulmane qui, cependant, si l'on veut bien tendre un instant l'oreille,
forme, avec certains parfums, l'un des éléments les plus
spécifiques de l'atmosphère locale Cafés maures,
intérieurs privés où le phonographe et la T.S.F.
ont largement pénétré, fêtes surtout, où
le tebel ( Tambour arabe)
résonne des nuits entières, tout est imprégné
de musique chez les Musulmans algériens qui, même dans les
classes les plus humbles et les moins cultivées, s'y montrent particulièrement
sensibles et compréhensifs. Même lorsque le fellah est seul
sur la route, seul le marchand dans son hanouf (Magasin),
il chante, il improvise, souvent avec bonheur.
Cependant, peu curieux, ou blasé avant la lettre, l'Européen
d'origine ne s'intéresse pas à la question. Son jugement
habituel, faux d'ailleurs et injuste, repose sur cette opinion que la
musique musulmane, " toujours la même chose ", n'offre
que des thèmes informes, répétés dans une
monotonie énervante et n'a d'autre valeur que celle d'une pauvre
incantation.
Le but de cette brève note est d'attirer l'attention sur la richesse
insoupçonnée tant de la musique populaire, arabe et kabyle,
que de celle que l'on considère, à juste titre, comme savante,
musique des professionnels, dite " musique andalouse " et "
musique maure d'Alger ". Il faudrait ajouter, de ces quelques mots,
qu'on souhaiterait encore qu'ils fussent un cri d'alarme contre une décadence
artistique déjà signalée depuis le début du
siècle, contre les multiples menaces de disparition ou, en tout
cas, de transformation mortelle de ces musiques, que notre époque
a suscitées et aggrave de jour en jour dans la société
musulmane même.
La musique populaire.
Le folklore moghrebin, chants et airs de danse, présente une variété
et un agrément que, seuls apprécient les rares spécialistes
qui, dans les diverses régions de l'Algérie, ont bien voulu
s'en occuper et prendre des notes avec persévérance. Essentiellement
rythmique, avec accompagnement obligé d'instruments à percussion
ou, à défaut, de battements de mains ; essentiellement monodique
(on prétend même que le rythme, infiniment complexe et changeait,
supplée sans cesse à l'harmonie dont la moindre tentative
serait une hérésie) ; toujours plaisante, charmant l'oreille,
et souvent d'un beau mouvement mélodique : telle se montre, en
général, la musique populaire algérienne. Les chants
de métiers, presque entièrement disparus aujourd'hui, durent
avoir, jadis, une certaine importance. On en conserve quelques-uns dans
les régions de Tlemcen
et de Constantine.
Les chants d'amour, variés et nombreux, parfois émouvants,
font encore le succès des vieux musiciens, conservateurs des traditions
; on en recueille assez facilement partout. Les chants de marche ou de
pèlerinage subsistent heureusement dans certaines régions
où reposent des marabouts vénérés et ressortent
aux jours anniversaires. Les chants de fête, qui se perdent peu
à peu avec les coutumes d'autrefois, mériteraient d'être
notés avec soin, alors qu'il en est encore temps Leur souffle et
leur joyeuse envolée ne le cèdent en rien à ceux
de tous les folklores étrangers. Mais ce sont surtout les airs
de danse qui constituent la partie la plus riche et la plus complète
du trésor populaire. A la flûte ou à la rhaîta,
guerrières ou amoureuses, depuis les maisons de danse d'Alger ou
de Blida
jusqu'aux cafés chantants du Ksar de Boghari ou des oasis du Nord
saharien, tantôt langoureuses ou mélancoliques, tantôt
d'un entrain passionné, les danses mériteraient une longue
étude particulière et pourraient servir encore à
l'élaboration de recueils d'un intérêt musical non
négligeable.
Il faut faire une place spéciale aux chants et aux danses d'origine
berbère, que l'on noterait chez les Kabyles du Djurdjura, au M'Zab,
ou plus loin encore, dans les solitudes des pays targui où les
derniers rendez-vous de l'ahal se désagrègent, faute de
poètes et de chanteuses. Cette musique kabyle, trop peu connue,
venue sur des paroles belliqueuses (hymnes de çofs) ou humoristiques
(commentaires des nouvelles locales, avec quelle alacrité souvent)
rappelant aussi d'aimables légendes des anciens temps, fréquemment
présentée dans un mode majeur et fortement tonale, offre
à l'oreille européenne des réminiscences savoureuses
de chants montagnards aussi bien pyrénéens qu'auvergnats
ou corses, aux accents agrestes et à la mélodie pleine de
fraîcheur. Il nous souvient de la difficulté que nous eûmes,
un jour, à faire admettre, par un chef scout de la Métropole,
qu'une adaptation pour voix et harmonicas, à l'usage de ses garçons,
de l'air e A ya m'khikhiou ", provenait en ligne directe d'un chant
kabyle.
Décadence de cette musique.
Toute cette musique populaire traditionnelle est en voie d'extinction
et se trouve irrésistiblement remplacée par autre chose,
non sans intérêt peut-être, mais vraiment très
différent, et qui est né sous les influences combinées
du jazz, du music-hall et des plus bas flons-flons des " dancings
" européens. Certains " compositeurs " autochtones,
trop bien adaptés à leur temps, certaines sociétés
de la nouvelle mode, le disque et la radio s'en faisant les propagandistes.
Faut-il souligner l'immense succès de productions comme Mamak,
(ma tqoulech a l'mamak !), ce fox-trot que pas un cireur, de Souk-Ahras
à Oujda, n'ait eu à coeur de répéter quotidiennement,
à une certaine époque, et où " l'triciti "
(tram électrique) rime avec " Jardin d'Issi ! " ; comme
la valse musette La moda :
Er radjel ebkelbo menhour
Le m'ra âânde le coiffeur
Houa y âaït à qui l'tour (
Orthographe de l'édition commerciale. Imprimerie Koptane, Alger.)
etc...
comme enfin des fantaisies telles que Tiré poum ! (sur
le mode zidane) ou Le Téléphone :
Kessa fi tiliphone
Saha mam'zil' Simone (Imprimerie
Sarlina, Alger.). |
Tout cela ressassé à longueur
de soirées dans les cafés du petit bled, répété
par un bon public à l'enthousiasme aussi marqué que l'est
peu le sens critique, et finissant par devenir " la musique arabe
".
Faut-il souligner l'erreur d'optique d'un célèbre ténor
musulman chantant, en arabe, à l'Opéra d'Alger, le grand
air des Huguenots , " Plus blanche que la blanche hermine "
sur accompagnement " adapté " par un orchestre traditionnel
musulman ? Gabriel Audisio qui, ce soir-là, conduisait un grand
écrivain de passage doit se souvenir de cette salle où les
auditeurs musulmans, un peu interloqués, tendaient l'oreille, à
un autre essai du même genre, essayant de comprendre, et où
les Européens, n'ayant que trop compris, étouffaient un
fou-rire
C'est la même erreur qui a fait mettre les paroles de " Habiba
" sur l'air espagnol (de music-hall), Valencia.
Pour en terminer avec ces méfaits de l'évolution mal entendue,
rappelons, ici, une anecdote typique. En 1930, une firme phonographique,
envoyant un ingénieur du son pour enregistrer sur disques de la
musique populaire algérienne non frelatée, s'était
vu conseiller d'engager des musiciens des Hauts-Plateaux ou de la Grande-Kabylie
n'ayant eu pratiquement aucun contact avec l'art européen. Elle
fit venir d'un des plus hauts villages du Djurdjura des joueurs de rhaïta
répondant aux conditions désirées. Auditionnés
à l'arrivée à Alger, ceux-ci firent entendre aussitôt
leur grand succès, garanti kabyle 100% et de la plus indiscutable
ancienneté. C'était le charleston bien connu des beuglants
français " C'est elle qui réclame, c'est elle qui...
" etc...
|
Habilement et longuement questionnés,
ces musiciens kabyles, dont la bonne foi, remarquons-le, était
flagrante, finirent par indiquer le cheminement de l'air aussi cocassement
transplanté : l'un d'eux, à une audition de musique kabyle
(sic) l'avait entendu sur le phonographe de l'hôtel Transatlantique
de Michelet, l'avait trouvé à son gré, à peu
près retenu et rapporté aux siens avec sa rhaïta. La
greffe avait magnifiquement pris (A
titre de curiosité, l'air a été enregistré
sous la rubrique " Charleston kabyle ". (disque Parlophone).).
Un institut de folk-lore nécessaire.(note
du site : écrit tel quel.)
De telles constatations, sur le détail et la gravité desquelles
on pourrait longtemps s'étendre, il résulte que la création
d'un organisme officiel ou se mi-officiel est souhaitable, dans le délai
le plus bref possible, si l'on veut sauver ce qui subsiste d'un trésor
jadis magnifique et maintenant réduit peu à peu à
une valeur ridicule.
Cet organisme se chargerait de retrouver chez les musiciens traditionalistes
musulmans, encore vivants en Algérie, ou dans les lieux encore
suffisamment soustraits aux influences pernicieuses, ce qui subsiste de
chant et de musique populaires arabes, kabyles, mozabites ou targui ;
de les enregistrer sur la cire et de les noter (autant que faire se peut)
en notation musicale internationale ; de leur adjoindre une note folk-lorique
d'origine, d'histoire, etc.., avec traduction des paroles, enfin, de les
classer et de publier ce qui en vaut la peine. Une telle entreprise, étant
donné l'immensité du territoire à prospecter, la
difficulté de pareilles recherches jointe à l'absence totale
de spécialistes à la fois des techniques musicales et linguistiques,
demande, il faut le reconnaître, des moyens considérables
que de simples particuliers ne peuvent mettre en jeu.
Avant 1939, l'Institut d'études orientales de l'Université
d'Alger se proposait d'en inscrire une bonne part dans son programme.
La guerre a tout remis en question. On a appris, récemment, la
nouvelle de sérieux projets pour un institut de folklore musical
musulman, dépendant du Conservatoire municipal d'Alger, qui serait
aidé par la ville, par le ou les départements et par le
Gouvernement général. Puissent ces projets se réaliser
le plus vite possible.
Un exemple, que nous nous excusons de choisir dans nos souvenirs personnels,
mais qui a son intérêt pourtant, montrera l'importance que
peuvent brusquement prendre ces préoccupations. En 1914, au cours
de vacances au douar Ouled Brahim (commune mixte de Berrouaghia), dans
une ferme perdue en montagne, nous entendîmes des fillettes mauresques,
chanter, en jouant, une sorte de comptine, exactement ceci :
Wa Stam-boul bel mu-si-ca wa Stam-boul ya h'li-li |
c'est-à-dire le final " alla
turca ", de la sonate en la, con variazioni, de Mozart (K 331).
Ces enfants ne parlaient pas le français, n'étaient jamais
allées même à Berrouaghia
ou à Médéa,
et n'avaient jamais entendu de musique européenne. Le rapprochement
avec l'air de Mozart donné conventionnellement pour " turc
", s'imposait d'autant plus que leur chanson évoquait Constantinople
Passionnés de renseignements, lancés sur une piste aussi
prometteuse, nous pressâmes de questions le grand-père des
fillettes, le digne Ahmed Benkhayar, tout amusé de notre curiosité.
Originaire d'une vieille famille médéenne il nous affirma
sans mystère que ce chant " était joué il y
a très longtemps, avant la venue des Français par la musique
des janissaires turcs du beylik de Médéa, quand ils allaient
dans les tribus percevoir l'impôt ". La tradition populaire
l'avait conservé pendant un siècle. Ne sommes-nous pas fondés
ainsi à penser que Mozart n'a pas inventé sa Marche turque,
pont-aux-ânes de nos petits pianistes ? et qu'un voyageur, quelque
diplomate, peut-être, et peut-être même à Paris
(1778), lui en apporta le thème des pays d'Orient où il
avait pu entendre jouer " la musique des janissaires " ( Le
regretté Henry Prunières, nous avait jadis pressé
de faire là-dessus, pour la Revue Musicale, une note qui par négligence,
ne fut jamais écrite. Qu'ainsi, ce bulletin ait la primeur d'un
renseignement non négligeable pour les musicologues).
La musique des musiciens.
La musique " savante ", celle des écoles traditionnelles
et des exécutants professionnels, est mieux connue de ceux qui
s'occupent de ces questions. Nous n'aurons pas l'outrecuidance d'établir
ici les théories générales de la musique musulmane
et, en particulier, de celle qui est pratiquée dans le Moghreb
algérien. D'autres, plus compétents et plus qualifiés,
se sont penchés sur le problème et l'ont résolu avec
autorité.
Renvoyons les amateurs et les curieux aux principaux ouvrages écrits
en langue française qu'ils se procureront facilement à la
Bibliothèque nationale ou à la Bibliothèque musicale
de la Société des Beaux-arts d'Alger. Ils y trouveront non
seulement l'exposé des règles courantes, mais encore des
listes de musiciens célèbres, la description des instruments
utilisés en Orient et en Afrique du Nord et de nombreux airs notés
avec plus ou moins d'habileté, étant bien entendu qu'il
n'existe pas de musique arabe écrite, en dehors de ces notations
d'occasion ( La théorie de la
musique a fait l'objet de nombreux travaux d'auteurs arabes, échelonnés
sur plusieurs siècles et dont beaucoup se rapportent autant à
la poésie ou à la mystique qu'à l'art musical. La
liste de la plupart de ces ouvrages est publiée dans la grande
Encyclopédie de Lavignac (1e partie, pages 2679 et suivantes).).
Citons donc l'admirable travail de Villoteau : Mémoire sur la Musique,
tomes XIII et XIV, de la " Description de l'Egypte " (Travaux
de l'expédition française), Paris 1823, où tout semble
avoir été dit sur la musique musulmane orientale ; puis,
plus particulièrement inspirées par l'Algérie, retenons
l'Esquisse historique de la musique arabe, avec dessins d'instruments
et quarante mélodies notées et " harmonisées
" (profanation) par Alexandre Christianowitsch, Cologne, librairie.
Dumont-Schauberg 1863 ; La Musique arabe, ses rapports avec la musique
grecque et le chant grégorien, par Salvador Daniel, Alger, librairie
A. Jourdan 1879 ; et, enfin, avec les articles importants sur La Musique
turque, de Raouf Ykta Bey, et sur La Musique persane, de M.C. Huart, les
magistrales et copieuses notes sur La Musique arabe et La Musique arabe
dans le Moghreb, écrites par Jules Rouanet, pour l'Encyclopédie
de la Musique, et le Dictionnaire du Conservatoire (Histoire de la Musique,
tome V), Paris, librairie Delagrave 1922. Quand on aura encore examiné
les morceaux, pas toujours d'un goût très sûr, édités
à Alger, dans la Collection Yaf fil (surtout, les fragments de
" Noubas " andalouses) ; le splendide Corpus élaboré
à Tunis par le baron d'Erlanger, malheureusement inachevé,
Paris, librairie Geuthner, 1930-1939, 4 volumes ; et le Tableau de la
Musique marocaine, d'Alexis Chottin, Paris, librairie P. Geuthner, 1938,
on sera suffisamment renseigné sur la musique classique musulmane
et sur les raffinements que lui a apportés l'art andalou, du XI"
siècle au XVI' siècle, " Art de cour et art bourgeois
", complexe, subtil et précieux (On
se doit de signaler encore les très importants ouvrages suivants
: en anglais, A History of Arabian music, by H. George Farmer, Luzac and
C°, London 1929 ; en espagnol, La Musica hispano-musulmana en Marruecos,
por el P. Patrocinio Garcia Barriuso, de la Misiones Hispano-Franciscanas,
Artes Graficas Boscas, Larache 1941.).
Le chant religieux.
Le cadre de cette note ne convient guère à la musique religieuse
islamique, sur laquelle peu de chose existe à ce jour, en dehors
de quelques articles en allemand, dans la revue " Der Islam ",
de G Bergstrasser : Koranlesung in Cairo, 1932 et 1933. Qu'il nous soit
permis, cependant, de signaler, sur le point d'être publiée
l'importante étude de M. J. Cantineau, professeur à la Faculté
des lettres d'Alger, sur la Psalmodie de la récitation coranique
à Damas et à Alger, étude élaborée
en accord avec. plusieurs personnalités musulmanes algéroises,
et qui ouvre la voie à des travaux d'un très haut intérêt
intellectuel ( La Radio d'Alger, celles
du Maroc et de Tunis, donnent quotidiennement des lectures psalmodiées
du Coran).
Vers une renaissance.
Et, puisque la musique est un lien entre les hommes, dont elle est censée
adoucir les murs, terminons ce sommaire bilan d'information en signalant
encore la toute récente reprise des cours de musique arabe au Conservatoire
d'Alger, avec, détail significatif, parmi les étudiants
inscrits, plusieurs étudiantes musulmanes
Cette initiative, qui peut avoir des conséquences d'une extrême
importance, vise, d'abord, à conserver l'art et la science de la
musique mauresque ; à en faire revivre les fastes par la formation
de musiciens dignes de ce nom, qui reprendront, en toute connaissance
de cause et avec amour, des voies qui., depuis quelques lustres, ont été
regrettablement délaissées ; elle vise aussi à enseigner
à la jeunesse musulmane, le solfège et la notation musicale,
éléments de culture contre lesquels des siècles de
tradition orale semblent avoir créé, même dans l'élite,
une prévention quasi irréductible, et qui, pourtant, permettront
peut-être un jour, à des talents inconnus, à quelque
génie qui s'ignore, de se révéler et de s'épanouir
largement.
Les républiques soviétiques musulmanes, tartares ou caucasiennes,
n'ont-elles pas vu, grâce à la musique, enseignée
dans l'enthousiasme, surgir en quelques années, chanteurs de grande
classe et instrumentistes virtuoses, en même temps que compositeurs
de premier plan ? Le rêve est-il si absurde de voir, un jour, représenter
sur la scène d'Alger, un opéra en langue arabe, avec musique
écrite par un artiste autochtone, magnifiant avec éclat
quelque épisode de l'histoire si riche de ce pays ? Enfin, le progrès
ne trouvera-t-il pas, par de tels enseignements bien compris et appréciés,
à se manifester en provoquant chez les musiciens musulmans, la
tentation de connaître aussi la musique européenne, de la
goûter à sa valeur et d'en jouir pleinement ?
Ainsi, la musique, en rapprochant dans une compréhension réciproque,
l'Occident et l'Orient, aurait bien rempli le rôle qui lui est attribué
quand les hommes la représentent sur la lyre d'Orphée, parmi
les créatures pacifiées dans un paysage d'éden.
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