agriculture et arboriculture en Algérie avant 1962
L'Exploitation des Forêts de Chênes-Liège en Algérie

 

Afrique du nord illustrée du 5-9-1908 - Transmis par Francis Rambert
fév. 2021

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A propos du LIÈGE, sur ce site, entre autres:

- Alger, Algérie : documents algériens - Série économique - Le Liège (quercus suber) en Algérie - mise sur site le 25-2-2011 - * Document n° 6 de la série : Économique - Paru le 1er février 1946 - Rubrique LIEGE
- Alger, Algérie : documents algériens - Série économique L'industrie du liège en Algérie - Lièges comprimés pour l'exportation *
mise sur site le 9-10-2011 - * Document n° 37 de la série : Économique - Paru le 20 novembre 1947 - Rubrique INDUSTRIALISATION
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Géographie de l'Afrique du nord - ŕ l'usage du Cours Moyen et de la Classe de Fin d'Études des écoles primaires de l'Afrique du Nord

*** La qualité médiocre des photos de cette page est celle de la revue. Nous sommes ici en 1908. Amélioration notable plus tard, dans les revues à venir. " Algeria " en particulier.
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L'Exploitation des Forêts de Chênes-Liège en Algérie
L'Exploitation des Forêts de Chênes-Liège en Algérie

L'Exploitation des Forêts de Chênes-Liège en Algérie

L'Algérie fournit actuellement plus du cinquième de la production du liège dans le monde : elle est en voie de passer au premier rang des pays producteurs de cette matière. Les forêts constituent, pour la Colonie, une richesse importante et rapidement accrue.

Pour les seuls massifs de l'État, les produits en argent ont passé, en 14 ans, de 700 000 francs (1893) à près de 5 millions (1907).

Toutes ces forêts sont réparties en massifs d'importance variable sur l'ensemble du territoire de l'Algérie, mais principalement dans le Tell et sur les deux chaînes de l'Atlas.

Les essences principales qui constituent les massifs sont : le chêne-liège, le chêne zeen, le chêne afarès, le chêne-vert (ou yeuse), le chêne kermès ou faux-kermès, le cèdre, le pin d'Alep, le pin maritime, le thuya et le genévrier. Un assez grand nombre d'espèces s'y rencontrent par pieds isolés et en petits bouquets.

La superficie des différentes essences rencontrées dans les forêts domaniales, situées en territoire civil, s'élève approximativement à :

Pin d'Alep. . . . . . . . . . . . . . .. 570 000 hectares
Chêne-vert et kermés. . . . . . . 460 000
Chêne-liège . . . . . . . . . . . . . . 240 000
Chêne zeen et afarés. . . . . . . . .50 000
Cèdre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35 000
Thuya . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 100.000
Genévrier. . . . . . . . . . . . . . . . . 80.000
Divers (peuplier,0rme,etc.). . . .25.000
Maquis. friches et alfa. . . . . . .220,000



Le produit principal des forêts de l'Algérie est le liège. _

La production en argent du domaine géré par l'Administration forestière s'accroît considérablement d'année en année, bien que, comme nous l'avons vu plus haut, une partie importante de ce domaine se trouve, en raison de sa consistance, ou de sa situation, peu propre à être exploitée. Les récoltes de liège constituent le plus gros appoint dans ce rendement.

Les recettes, qui ne dépassaient pas 2 à 300 mille francs jusqu'en 1800, ont atteint, en 1907, le chiffre de 4 926 498 francs, ainsi réparti :


liège. . . . . . . . . . . . . . . . . . 4 004 444 fr.
Bois et écorces. . . . . . . . . .. . 689 884
Produits divers. . . . . . . . . . . .208 698
Alfa. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22 371
Total. . . . . . . . . . . . . . . . . . 4 926 498 fr.


On a vu plus haut que le liège provenant des forêts domaniales et récolté en régie par le service forestier, fournissait la plus grosse partie des recettes budgétaires de ce service.

Ces recettes ont atteint en 1907 plus de 4 millions de francs pour 107 000 quintaux métriques de liège. Mais à côté des forêts domaniales, le liège est produit également en grandes quantités par les forêts particulières provenant d'anciennes concessions, par les forêts encore concédées et par quelques massifs appartenant à des communes ou des douars indigènes. L'exportation totale des lièges d'Algérie dépasse 300 000 quintaux, d'une valeur de près de 20 millions de francs.
Si l'on compare cette production avec celle des autres pays qui fournissent du liège, on verra que l'Algérie est en passe d'atteindre un des premiers rangs. On sait déjà que le chêne-liège croît uniquement dans une zone restreinte, comprenant le Portugal, l'Espagne, le sud de la France, l'Italie, le Maroc, l'Algérie et la Tunisie. Il est inconnu ailleurs :

La production mondiale de cette matière a été évaluée ainsi :

Portugal 450 000 quintaux.
Espagne 300 000
Algérie 278 000
France 120 000
Italie 30 000
Tunisie 25 000
Maroc 1 000



Alors que par le fait même de la limitation de l'aire de végétation de cette essence la production en reste limitée, la consommation du liège tend, au contraire, à se développer, car la fabrication des bouchons prend une extension de plus en plus grande et, malgré toutes les tentatives, aucune autre matière n'a pu, jusqu'à ce jour, servir de succédané au liège. En outre, l'utilisation du liège et de la poudre de liège pour le linoléum, les agglomérés et divers autres objets qui, jusqu'à présent, était à peu près insignifiante, accuse un progrès très marqué. Il en résulte que le liège devient de plus en plus une marchandise rare et recherchée et que ses prix ne peuvent qu'augmenter.

Ces considérations ne peuvent que faire regretter davantage que l'État, seul propriétaire des forêts de chênes-liège lors de la conquête, n'ait pas su conserver intacte, pour ses besoins futurs, cette source si importante de revenus et en ait abandonné imprudemment la plus belle part.

On sait que le liège du commerce est formé par l'écorce qui repousse sur le chêne-liège lorsque, par l'opération du démasclage, on a enlevé à ce dernier, sur une portion de la tige et même des branches, son écorce naturelle, grossière et crevassée, qui porte le nom de liège-mâle. Après l'enlèvement de cette écorce naturelle, qui se détache d'un seul bloc lorsque la sève est active, la couche vivante restée à nu, et qui n'est autre que le liber ou mère, reforme, couche par couche et année par année, une nouvelle enveloppe protectrice plus fine et plus élastique que l'ancienne et qui est précisément le liège de reproduction ou liège du commerce.

Quand cette nouvelle écorce a l'épaisseur voulue pour qu'on puisse y tailler des bouchons, ce qui arrive, suivant les régions, au bout de 10 à l5 ans, on la récolte par un procédé analogue au premier démasclage. Une troisième écorce se reforme alors, qu'on lèvera au bout du même laps de temps et on continuera ainsi jusqu'à ce que l'arbre soit épuisé ou que le liège produit devienne inutilisable. On compte en général que chaque arbre peut donner cinq ou six récoltes de liège vendable.

Les forêts domaniales restées sous la gestion du service sont évaluées à 240 000 hectares environ, dont la mise en valeur ne fut sérieusement entreprise qu'à partir de 1884, lorsque le budget fut enfin doté des crédits nécessaires pour les démasclages. Cette œuvre peut être considérée comme à peu près terminée aujourd'hui, sauf sur quelques milliers d'hectares tenus en réserve à cause des dangers particuliers d'incendie qui les menacent ; elle ne tarda pas à donner ses fruits et la production du liège récolté en régie par l'Administration a suivi une progression remarquable : de 1 300 quintaux vendus 36 000 fr. en 1890, cette production s'est élevée par bonds successifs, au chiffre de 107 000 quintaux, vendus 4 004 444 francs, en 1907 ; on peut admettre qu'elle restera encore un certain nombre d'années dans la période de développement, jusqu'à ce qu'elle atteigne environ 200 000 quintaux, d'une valeur de 6 millions de francs.