Géographie de l'Afrique du nord
Le Titteri des Français
1830-1962
DEUXIEME PARTIE : LES LOCALITES
B/ LES CHEFS-LIEUX D'ARRONDISSEMENTS DE LA RN 8
AUMALE
Documents et textes : Georges Bouchet
NB : Le fonds de carte et les photos ont été trouvés sur le riche site de Francis Rambert.
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AUMALE

  C'est une recréation française sur les ruines de la colonie romaine d'Auzia.
  C'est avant tout une place militaire bien fortifiée.
  C'est une sous-préfecture tardive et une préfecture éphémère.
  En 1948 sa Commune Mixte avait 46 594 habitants et la ville 3 461.
  En 1954 la Commune de plein exercice avait 8 461 habitants dont 1 129 européens.

Les origines des trois noms de ce centre

Auzia est le nom qu'elle avait sous l'Empire romain. Ce nom dérive du nom latinisé du dieu Auzius vénéré localement sans doute avant l'arrivée des légions.

Sour el Ghozlane est la nom utilisé à l'époque ottomane pour désigner un fort turc aménagé dès le XVIè siècle. C'est cependant un nom arabe et non turc ; il signifie le " Rempart des Gazelles ". Ce nom abandonné à l'époque française, est réapparu avec l'indépendance.

Aumale est le titre porté par Henri d'Orléans, cinquième fils du roi des Français, Louis-Philippe. Henri d'Orléans est en effet duc d'Aumale. Il arrive en Algérie pour la première fois, à 18 ans, en 1840, comme sous-lieutenant. Il y revient en 1842 et le 16 mai 1843 se distingue à Taguine en s'emparant de la smala d'Abd el-Kader. Il est très probable qu'il est passé par là en 1843 ou en 1844 lorsqu'il a pris le commandement d'une expédition vers Biskra. Et il aurait posé la première pierre du futur établissement en novembre 1846.
Le duc d'Aumale fut aussi gouverneur général de l'Algérie du 11 septembre 1847 au 24 février 1848.


L'origine du centre est purement française et essentiellement militaire

Même s'il avait existé jadis une colonie romaine, puis un bordj turc, il n'en restait en 1843, lorsque Marey-Monge visita le site, qu'un gros tas de cailloux parsemé de débris de chapiteaux, de statues et de fûts de colonnes qui attestaient qu'il y avait eu auparavant une cité romaine.

La France décida d'implanter et de fortifier en ce lieu un camp militaire important sur l'une des voies menant à la dépression du Hodna et au Sahara ; à l'instar de ce que l'on avait fait deux ans plus tôt à Boghar sur la piste de Laghouat. La décision fut prise en 1845 et appliquée en 1846 ; 16 ans après la prise d'Alger.


Aumale avant les Français, c'est Auzia, puis Sour el Ghozlane

         

Auzia sous les Romains. Quand elle s'appelait Auzia, la ville était d'abord un camp militaire. Mais une ville vint s'y ajouter.
Le camp militaire avait été placé sur la grande voie romaine menant de la vallée du Chélif au Hodna et au Constantinois par Ad Medias (Médéa), Tirinadi (Berrouaghia) et Rapidum (Masqueray). Au-delà d'Aumale vers l'est, cette voie donnait accès à trois routes qui menaient à Saldae (Bougie), Sitifis (Sétif) et Vescera (Biskra) par Tobna au bout du Chott el Hodna.

Cette place forte servit de base d'opérations tantôt pour lutter contre les révoltes régionales, tantôt pour ravitailler et relever les garnisons du limes pré saharien à la fin du IIè siècle.

Je ne rappelle ici que deux épisodes évoqués dans l'introduction : la révolte de Tacfarinas qui de 16 à 24 harcela les légionnaires romains huit ans durant ; et la révolte de Firmus, général romain d'origine maure et chrétien donatiste qui réussit à s'emparer de la ville vers 365 et ne fut arrêté que 10 ans plus tard dans la plaine des Aribs au nord d'Auzia.

La ville d'Auzia fut intégrée à la province de Maurétanie césarienne que l'Empereur Claude n'annexa officiellement qu'en 44. Auzia dépendait donc du procurateur résidant à Caesarea (Cherchell )

Cette ville romaine eut une durée de vie bien plus longue que l'Aumale des Français : au moins quatre siècles. Elle existait déjà sous Auguste qui mourut en 14 après J.C. Elle se développa suffisamment pour bénéficier successivement du statut de Municipe, puis de celui de Colonie sous le nom de Colonia Septima Aurelia Auziense.


Municipe ou colonie ?

Dans un Municipe ce sont les habitants qui choisissent les magistrats municipaux. Et à la sortie de leur charge ces magistrats deviennent citoyens romains. Auzia était alors une " civitas cum suffragio ".

Dans une Colonie tous les hommes libres sont citoyens romains. Et la ville s'efforce de ressembler à une Rome en miniature avec forum, cirque, thermes et temples.

NB. En 212 Auzia perdit cet avantage relatif lorsque Caracalla accorda la citoyenneté romaine à tous les hommes libres de l'Empire.



         

Auzia sous les Vandales. On ne sait pas grand chose, mais il est sûr que, dans leur
marche vers Carthage, les Vandales ont suivi les voies romaines et sont donc passés par Auzia. Il est très probable qu'ils y aient maintenu une garnison pendant quelques dizaines d'années. Mais ils n'ont laissé aucune trace monumentale de leur présence.

Par contre il est à peu près certain que les Byzantins n'ont guère dépassé la longitude du
Hodna et qu'ils n'ont donc pas séjourné à Auzia, sinon très brièvement. Néanmoins la ville a donné à 2 de ses rues des noms de généraux byzantins : Narses et Belisaire ! Après 535 la région a été rendue à l'anarchie tribale ; la ville a continué à décliner jusqu'à disparaître du paysage et de l'histoire.

          
Auzia après la conquête arabe. Auzia n'est plus, et Sour el Ghozlane n'est pas encore.
Il ne restait plus qu'un marché fréquenté par les semi-nomades du sud et les sédentaires kabyles du nord, et connu sous le nom de Souk el-Had des Ouled Driss.
           Sour el Ghozlane sous les Turcs. Les Turcs donnent ce nouveau nom au bordj qu'ils ont construit près du souk el-Had pour surveiller à la fois le marché et les tribus qui y venaient pour échanger produits et informations ; ou fomenter des troubles.

Aumale sous les Français 1843-1962

1843
Première mission militaire d'exploration du site confiée à Marey-Monge
1846
Création d'un camp militaire pour l'infanterie et la cavalerie sur les ruines d'Auzia
Création d'un Bureau Arabe
Comme toujours autour des camps importants des civils européens viennent s'installer pour commercer avec la clientèle militaire. Ce sont d'abord des cabaretiers ou des rouliers. Ainsi se crée spontanément un village au nord du camp sur le même dos de terrain.
1848 Choix du nom d'Aumale pour désigner l'ensemble formé par le camp et le village naissant
1858 Nomination du premier Commissaire Civil (sorte de Maire)
1859 Création de la CPE (commune de plein exercice)
1862 Achèvement des travaux de construction de la muraille : 3km de long, 5 à 10m de haut,
17 bastions et 5 portes.
1871 Révolte d'El Mokrani à partir du 15 mars.
Comme cette insurrection fut la plus grave que connut l'Algérie française avant 1954, elle mérite qu'on s'y attarde un peu car elle a aussi concerné la région d'Aumale qui s'est trouvée juste à la limite entre les régions insurgées et celles restées tranquilles.
Elle a concerné presque le tiers de l'Algérie (voir carte) entre Aumale et la frontière tunisienne et a duré toute l'année 1871.

L'insurrection de 1871 : vision globale

Parmi les causes générales de cette révolte il faut souligner :

  

La défaite honteuse face à la Prusse

  

Le remplacement de l'Empire par la République

  

L'extension du régime civil (décret du 24-12-1870) qui apparaît aux indigènes, non sans raison, comme une menace pour leurs terres

  

Le décret Crémieux du 24-10-1870 qui naturalise les juifs indigènes

  

La décision de dissoudre, à terme, les Bureaux Arabes dont les officiers avaient la réputation, méritée le plus souvent, d'être plus favorables aux indigènes que les administrateurs civils


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L'insurrection de 1871 : vision globale

Dans la région d'Aumale la révolte fut fomentée par le bachaga de la Medjana ; El-Hadj Mohamed ben El-Hadj Ahmed El-Mokrani. Aux motifs communs à tous les insurgés El-Mokrani ajoutait des griefs personnels liés à la dégradation des relations de sa famille avec les autorités françaises. Son père avait été khalifa ; quand il lui succède en 1853 on ne lui accorde que le titre de bachaga et en 1870 sa tutelle est confiée à un simple capitaine, au lieu d'un colonel précédemment. De surcroît il perd des avantages fiscaux et une garantie d'emprunt qui lui avait été promise sous l'Empire lorsqu'il s'était endetté pour financer des secours à ses administrés durant la famine de 1867-1868.

         

En février 1871 il passe quelques jours près d'Aumale pour exposer ses intentions et obtenir le concours des tribus

          
Le 15 mars 1871 il démissionne et fait savoir au gouverneur général qu'il va engager la lutte contre la France (tout comme Abd-el-Kader en 1839)
           Le 16 mars il attaque Bordj-bou-Arréridj tandis que son frère Ahmed bou Mezrag attaque les caravansérails des routes autour d'Aumale, notamment celui de Bordj Okhriss
    Le 22 mars les fermes de la région d'Aumale doivent être abandonnées par les colons qui ont eu la possibilité de se réfugier à Aumale. Les fermes furent pillées, mais ils ont eu la vie sauve, contrairement aux colons de Palestro
    Le 18 mars et le 9 avril la colonel Trumelet qui tint bon à Aumale, reçut des renforts conduits par le général Cérez :plus de 4 000 hommes et 500 chevaux. Pourchassé El-Mokrani fut tué au nord d'Aumale, sur l'oued Soufflat, un affluent de l'Isser près du futur village de Laperrine.

Son frère continua la lutte, mais loin d'Aumale. Arrêté près d'Ouargla le 20 janvier 1872, il fut déporté en Nouvelle-Calédonie. Là-bas il fut gracié après nous avoir aidé à réprimer une insurrection canaque en 1878 !

1881
Création de la Commune Mixte d'Aumale. Elle était très vaste : 1780km²et 16 douars.
Plus tard on y installa 2 villages de colonisation, Masqueray et Stephane Gsell, rattachés
ensuite à la Commune mixte et à l'arrondissement de Tablat.
Cette formule communale avait été créée par le gouverneur général Mac- Mahon en mai 1868.
Le pouvoir réel était dévolu à un administrateur nommé qui présidait une Commission Municipale formée, à parts égales, de conseillers français et indigènes.
Les Français furent nommés par le préfet jusqu'en 1884, puis élus.
Les Indigènes étaient nommés par le gouverneur général.
Les douars conservèrent une certaine autonomie, avec un caïd.
1905
DUP de la voie ferrée Bouira-Aumale. Cette ligne avait été envisagée dès 1879, mais aucune suite ne fut donnée avant 1905, date de sa déclaration d'utilité publique. Cette DUP resta lettre morte jusqu'en 1914 à cause, en partie du moins, de divergences d'appréciations et d'intérêts entre la compagnie des CFRA, concessionnaire qui souhaitait limiter les frais, et le Ministre de la guerre qui exigeait une ligne à écartement normal. La guerre gela le dossier. Après la guerre les CFRA abandonnèrent leur concession et c'est la Colonie qui, sans se hâter, construisit une voie étroite de 1,055m sur 43km.
1909 Installation de la ligne téléphonique Alger-Bouira-Aumale-Sidi-Aïssa
1910 Séisme au mois de juin. Il est bien ressenti mais cause peu de dégâts.
1926 Construction du bâtiment de la Banque d'Algérie
1927 Inauguration de la voie ferrée, juste au moment où l'essor des transports routiers l'avait rendue inutile. Cette voie connut une dizaine d'années d'exploitation très déficitaire. Elle fut fermée à tout trafic avant 1939. je me souviens avoir lu l'horaire des trains dans un indicateur Chaix que malheureusement j'ai perdu.
1944 Création de l'arrondissement d'Aumale dans le cadre du département d'Alger
1956 Rattachement d'Aumale au nouveau département de Médéa
Création d'une SAS
1958 Création du département d'Aumale, avec 4 arrondissements
1959 Suppression du département d'Aumale et rattachement au département de Médéa de trois de ses arrondissements, dont celui d'Aumale

Le cadre naturel et ses aptitudes

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Le cadre naturel et ses aptitudes

Aumale se trouve à un endroit où l'Atlas tellien se rétrécit et s'abaisse entre les derniers monts du Titteri à l'ouest et le massif de l'Ouennougha à l'est. La ville est tout de même à un altitude élevée, 876 m, et est dominée au sud par les pentes du djebel Dira. Ce djebel culmine à 1810 m, à 8 km de la ville, à vol d'oiseau.

Le climat d'Aumale et de sa région est nuancé par cet environnement et par l'altitude. Les pluies sont suffisantes pour des cultures céréalières, mais les hivers sont trop froids pour la vigne et les cultures fruitières. Il neige un peu chaque année ; mais ça ne tient pas. On ne skie pas sur les pentes modérées du djebel Dira. Le région est propice à la culture des blés et à l'élevage.

Aumale est situé sur l'une des voies d'accès au Sahara les plus commodes car le col qui permet de franchir le djebel Dira n'est qu'à 960 m d'altitude.

La route est droite et sa pente est faible. On passe le col sans s'en apercevoir. Le site d'Aumale n'est pas celui d'un carrefour naturel, mais la présence d'un camp militaire important, puis d'un centre urbain, ont attiré les gens et entraîné l'aménagement d'une étoile de pistes ensuite transformées en routes. En 1962 Aumale était au centre d'une étoile routière à 5 branches. La route principale était la RN 8 qui se terminait à Bou-Saâda. C'est la route rouge de la carte. La route dite de Sétif n'était pas, en 1962, goudronnée sur tout son parcours, et il valait mieux passer par Bouira si l'on était pressé.

Aumale fut surtout une ville de garnison

Ce rôle est banal en Algérie et se retrouve dans tous les centres urbains ; mais la place occupée ici par les installations militaires n'est pas banale : presque la moitié de la surface urbanisée. Toutes les armes de l'armée de terre y étaient représentées, ainsi qu'un important hôpital militaire.
La place d'Aumale a beaucoup servi à l'époque de la conquête du sud et lors des révoltes de 1871. Elle a notamment servi de base de départ pour les opérations vers Bou-Saâda et pour la reprise (et la destruction) de l'oasis révoltée de Zaâtcha sur la piste de Biskra, en 1849.
Aumale fut une des villes les mieux fortifiées d'Algérie, avec 3km de remparts qui n'ont jamais été démolis. On s'est contenté d'aménager les portes pour les adapter à la circulation automobile.

Aumale fut également le siège d'une subdivision militaire de 1871 à 1887. On se souvient que lors de la révolte d'El-Mokrani son commandant était le lieutenant-colonel Corneille Trumelet ; Trumelet avait pris son poste le 27 février quelques jours avant le début des troubles. C'était un officier sorti du rang : il s'était engagé volontaire comme simple soldat et avait gravi tous les grades de sous-officier avant de recevoir sa première épaulette en 1848. Il arriva en Algérie en 1851 et n'en repartit pour Toulon que pour attendre sa retraite avec le grade de colonel en 1874. Aumale fut son dernier poste de fait. Il y avait mérité les félicitations de l'amiral Gueydon, gouverneur général, pour avoir évité le massacre des colons d'Aumale en mars 1871 et pour avoir libéré la garnison de Bou-Saâda bloquée depuis trois mois, le 10 août de la même année. Cette opération vers le Sahara en plein été fut sûrement pénible pour les fantassins bourguignons qui y participèrent. Elle se solda par un plein succès. Trumelet resta commandant de la subdivision d'Aumale jusqu'à son départ. Il s'intéressa de très près à la création de villages de colonisation au nord d'Aumale, dans la plaine des Aribs. En 1887 la subdivision d'Aumale fut supprimée et rattachée à celle de Médéa.

Aumale fut un centre administratif à " géométrie variable "

La sous-préfecture
La sous-préfecture

L'adjectif variable qui n'a rien d'officiel, fait allusion aux vicissitudes de sa sous-préfecture et de sa préfecture. La création de l'arrondissement d'Aumale fut très tardive : 1944. Il appartenait alors au département d'Alger et englobait les communes de Bouira et de Maillot, s'étendant ainsi sur une partie de la Kabylie du Djurdjura. Ensuite, en 1956, l'arrondissement d'Aumale fut rattaché au nouveau département de Médéa, mais avec d'autres limites :il avait perdu Bouira et Maillot rattachés à Tizi-Ouzou. Enfin, en 1959, après un éphémère épisode départemental, Aumale fut rendu à Médéa.

L'épisode départemental a commencé le 17 mars 1958 et s'est terminé officiellement le 7 novembre 1959, mais il n'est pas sûr que ce département ait été mieux qu'un département fantôme, à cause du passage de la IVè à la Vè République avec le retour de de Gaulle à la tête du gouvernement le 1-6-1958 et à la tête de l'Etat le 8-1-1959. Durant sa courte et incertaine existence ce département avait 4 arrondissements : Tablat, Aumale, Bou-Saâda et Ouled-Djellal. Quand il fut supprimé seuls Tablat, Aumale et Bou-Saâda furent donnés à Médéa : Ouled-Djellal fut cédé au département de Batna.

Cette ville, petite capitale régionale, possédait toutes les administrations judiciaire, fiscale, notariale et postale ainsi qu'une gendarmerie, des pompiers, une prison civile et 4 succursales bancaires.

Aumale resta un lieu d'échanges et de commerce

Cette fonction est la seule qui persista tout au long des siècles obscurs de la période pré-ottomane avec le rendez-vous hebdomadaire du souk el-had des ouled Driss. La sécurité établie par la France sur toutes les pistes de cette région limitrophe des zones berbérophones et arabophones, permit l'essor de cette activité. Ce marché du dimanche se tenait au pied de la muraille, dans la plaine au sud-ouest de la ville. On pouvait y accéder directement par la cinquième porte. Il réunissait des participants venus de trois régions dont les productions étaient différentes et complémentaires. Il y avait des Kabyles qui venaient vendre leurs huiles d'olive, leurs figues sèches et des produits de leur artisanat, tels les bijoux en argent de Djemma-Saharidj, et qui rencontraient les vendeurs de blé et d'orge venus de la plaine des Aribs et les marchands de moutons des hautes plaines au sud de Sidi-Aïssa.
Ce marché fut aussi fréquenté par les quelques colons établis à proximité d'Aumale. Mais ces clients étaient très minoritaires. Aumale ne fut que très accessoirement un centre de colonisation rurale.

Le petit plus apporté par les flux touristiques vers l'oasis de Bou-Saâda fut tardif et resta toujours très secondaire, avec des années et des mois d'été sans touristes. Bou-Saâda était trop proche d'Alger (250 km par Tablat) pour qu'Aumale devienne une étape obligatoire. Les touristes n'ont pas fait la richesse des hôtels et restaurants de la ville, même s'il y eut un grand hôtel à deux niveaux ouvert dès le début du XXè siècle sous le nom d'hôtel Grossat.

L'aspect de la ville

Il existe des villages à une rue : Aumale était une ville à trois longues rues parallèles orientées du nord au sud et réunies par des rues perpendiculaires très courtes. La rue centrale, ou grand-rue, reliait la porte d'Alger au nord, à celle de Bou-Saâda au sud en traversant en réalité deux villes, la civile au nord et la militaire au sud. J'ai colorié la civile en bleu et la militaire en rouge ; et en vert une large esplanade divisée en deux par la grand-rue. Pour franchir la muraille il existait 4 grandes portes et une plus petite qui donnait sur l'espace où se tenait le marché le dimanche.

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L'aspect de la ville

Les routes sont en rouge, avec les distances pour Alger 123 km, Berrouaghia 84 km, Bouira 36 km, Sétif 210 km et Bou-Saâda 127 km.

aumale,vue generale

Sur la photo, à l'arrière-plan, on aperçoit les premières pentes du massif de l'Ouennougha. A droite on distingue bien les casernes du quartier militaire, ainsi qu'un bout de la muraille avec 2 des 17 bastions. Ce rempart soigné et l'absence de maisons hors du rempart soulignent le rôle éminemment stratégique dévolu à Aumale lors de sa création. L'espace en avant de la muraille est celui qui était occupé par le marché hebdomadaire.

Par contre on ne fait que deviner la ville civile grâce à l'émergence du clocher de l'église et, tout au fond, du minaret de la mosquée située très près de la porte d'Alger.

La ville a été bâtie sur un interfluve juste assez élevé pour échapper aux crues des deux ruisseaux qui longent la cité, les oueds es Sour et Souaghi. Elle est toute en longueur ; environ 1200 m sur 200 à 400 m de largeur. Le cœur de la ville avec la mairie, la poste, les écoles et l'église, s'ordonne autour de la place Thiers et d'un square carré. Et la prison n'est pas loin. Un chemin de ronde accessible aux piétons permettait aux bons marcheurs de faire le tour de la ville en moins d'une heure.

L'immeuble le plus imposant, avant la construction du premier HLM en 1958, était la mairie prolongée sur sa droite par la poste. Son style paraît la dater des années 1880 ou 1890. Aumale possédait des guichets pour toutes les administrations, mais n'avait ni théâtre, ni musée.

La mairie et la poste sur sa droite
La place Thiers avec l'église, la monument aux morts
La mairie et la poste sur sa droite
La place Thiers avec l'église, le monument aux morts
et la colonne portant le buste de Marianne

La desserte d'Aumale par les services de transport publics

A l'exception d'une dizaine d'années à partir de 1927, durant lesquelles le train relia Aumale à la gare de Bouira sur la grande ligne Alger-Constantine, la ville n'a connu que des transports routiers, diligences, puis autobus avec des services réguliers vers Alger, Bou-Saâda et Berrouaghia par les villages de colonisation de Masqueray et Stephane Gsell. Il y avait 4 services quotidiens vers Alger et Bou-Saâda, un seul pour Berrouaghia.

Cette desserte était assurée par la société " Auto-Traction de l'Afrique du Nord " également appelée SATAC