LA PLAINE DE LA MITIDJA AVANT 1962
RAPIDE SURVOL DES COMMUNES DE LA MITIDJA

MAISON -CARREE ( ou El Harrach)

Georges Bouchet

mise sur site le 24-5-2011

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MAISON -CARREE ( ou El Harrach)

MAISON -CARREE ( ou El Harrach)


Origine du nom : française. La maison carrée que les Français ont aperçue en 1830 sur un mamelon était un bordj turc de 85m de côté (environ). Ce bordj el-Kantara (du pont) ou de l'Agha (du chef) surveillait depuis 1724 un pont bâti sur l'Harrach en 1697. La maison carrée a disparu, mais le toponyme est resté avec des majuscules et un tiret : Maison-Carrée.

Origine du centre : française aussi, mais au terme d'une longue histoire. En 1831 les troupes françaises succèdent aux Turcs : Clauzel installe dans l'ancien fort turc 500 hommes et 60 chevaux. En 1836 au plus tard quelques colons viennent s'établir sur les terres encore marécageuses de la vallée de l'Harrach et sous la protection d'un fort français tenu par la Légion étrangère créée le 9 mars 1831.

Le paludisme en dissuade quelques-uns, et les Hadjoutes en 1839 effraient les autres. En 1839 le camp de Maison-Carrée a partagé avec celui de Birkhadem la lourde tâche de sauver les postes de la Mitidja qui pouvaient l'être, et d'évacuer de force les colons isolés.

En 1841 l'assèchement des marais du confluent des oueds Harrach et Smar rend le site plus sain, et un hameau spontané se crée qui, en octobre 1844, est réuni à la commune d'Hussein-Dey. En décembre 1856 ce hameau est enfin reconnu officiellement comme centre de peuplement et rattaché à la vaste commune de La Rassauta.

En 1862 un arrêté ministériel crée près du hameau qui a grandi, un marché aux bestiaux du vendredi (souk el Djemaâ) qui connut très vite un immense succès. Grâce à la proximité d'Alger il supplanta bientôt ceux de Boufarik, et de l'Arba. En 1862 également arrive le chemin de fer, ligne d'Alger à Blida.
En septembre 1870 enfin, Maison-Carrée devient CPE (Commune de plein exercice).

Le territoire communal est vaste. Au nord il atteint la mer ; privilège que trois communes seulement possèdent dans la Mitidja, Maison-Carrée, Réghaïa et l'Alma. Cette façade littorale est une plage de sable de 2 600m de long, dominée par des dunes assez basses. A l'est et au sud les limites de la commune sont de pure convention ; à l'ouest c'est l'oued Harrach, sauf dans la traversée du centre où elle coupe l'oued afin que les deux rives soient dans la même agglomération.

En arrière de la plage la ride des collines du Sahel est étroite et peu marquée. Elle atteint tout de même 50m sur le mamelon où se trouve une caserne qui remplace l'ancien bordj turc.

Au-delà c'est la plaine de la Mitidja très basse, moins de 20m, et encore parsemée en 1935 de zones inondables le long des oueds. Ils sont nombreux et proches les uns des autres ; outre l'Harrach et l'oued Smar il y a d'ouest en est les oueds Hamida, Bou Trik et Saïd.

Les nombreuses routes sont rectilignes : la principale est la RN 5 vers la Kabylie et Constantine. Après 1945 une voie de contournement avait été ouverte au nord de Maison-Carrée pour éviter les embarras et les lacets du centre ville qui contournent l'ancien bordj.

C'est à Maison-Carrée que se séparent, depuis 1879, les voies ferrées d'Oran et de Constantine. Il y avait deux gares dans la commune : Maison-Carrée et Oued-Smar.

Avant 1945 il y avait aussi eu une gare des CFRA avec deux directions, vers Rovigo (ouverte en 1898) et vers Aïn-Taya (ouverte en 1909).

Maison-Carrée, jusqu'en 1958, était le seul centre. Après avoir été un hameau, puis un village, puis une ville, Maison-Carrée, en 1958, avait été intégrée au Grand-Alger. En 1958 aussi la création de la commune d'Oued-Smar a enlevé à Maison-Carrée les fermes de la plaine et créé un deuxième centre.

Les activités et fonctions de la commune et de la ville sont multiples.

         

Dans la commune (hors de l'agglomération)
En bordure de mer, pas de baigneurs, mais des soldats de passage qui viennent s'exercer au tir sur le Champ de tir le plus proche d'Alger. Pas de caserne ici ; seulement un endroit désert et facile d'accès.

Plus en arrière le monastère Saint-Joseph et ses vignobles. Le monastère a été bâti en 1868-1869, près de l'embouchure de l'Harrach, mais sur des terres cultivables plus à l'abri des inondations que celles de la Mitidja proche, car plus hautes (37m d'altitude au lieu de 12). La décision a été prise par le Cardinal Lavigerie pour servir de noviciat aux Missionnaires d'Afrique (les pères blancs) qu'il vient de créer. Il y a aussi un vignoble dont les vins dits de l'Harrach étaient commercialisés. Un moine entremetteur, le père Clément y a marié orangers et mandariniers et obtenu un nouveau fruit appelé clémentine. Pour un père, faire œuvre de créateur est tout à fait normal. Il eut un bel enfant.

Au sud de la ville les fermes de la plaine de la Mitidja cultivent avant tout de la vigne et, dans les zones les plus humides, des fourrages.

Mais après 1945 des usines ont commencé à occuper les lieux le long de la voie ferrée de Constantine jusqu'à Oued-Smar, ainsi que le début de la route de l'Arba jusqu'à l'ancienne ferme Altairac.

   
          

Dans l'agglomération les activités et les rôles sont urbains. Ils permettent d'attribuer à Maison-Carrée les qualifications suivantes ;

Ville de garnison
, depuis le début de l'implantation française. En 1954 on y trouvait

Le 5 régiment de tirailleurs
le 45 régiment de transmissions
Le 65 régiment d'artillerie
Le 5 régiment de chasseurs d'Afrique
Et même la COMA, compagnie de matériel.

A noter , en janvier 1941, la mutinerie d'une compagnie de tirailleurs qui s'en allèrent en ville assassiner des Européens de rencontre. La répression fut rapide et efficace.

Ville carrefour
Ville carrefour avec, vers 1930, 5 voies ferrées et autant de routes. Deux voies ferrées " normales " et maintenues ; et trois voies étroites des CFRA fermées après 1935.

Ville industrielle, à l'échelle de l'Algérie : pas d'industries lourdes ni d'énormes usines. Des brasseries, une briqueterie, une tuilerie, des tanneries, une chaudronnerie et une fabrique de câbles électriques plus récemment.


Ville universitaire
avec deux Instituts délivrant des diplômes d'ingénieur.
L'Institut agricole de 1905 devenu en 1961 Ecole Nationale Supérieure d'Agronomie.
Et l'Institut industriel d'Algérie de 1925 promu Ecole Nationale d'Ingénieurs en 1958.
De plus une section de géomètres experts a été ouverte, en 1949, au lycée de garçons.

Particularités : l'odeur et les crues de l'Harrach
Certains Algérois, jaloux peut-être, affirmaient que l'approche de Maison-Carrée se signalait par une odeur sui generis associant le fumet des eaux d'égout aux fragrances des déchets industriels (de la papeterie de Baba-Ali notamment) et à l'arôme de vases plus ou moins putrides. Il suffisait de respirer pour savoir qu'on s'approchait du pont sur l'Harrach. En fait c'était très exagéré : ce n'était vrai qu'en été, et un peu au printemps et en automne avant les pluies ; et en hiver seulement par beau temps très sec.

Et jamais en cas de débordement de l'Harrach : ce qui arrivait si souvent qu'en 1911 on délimita un périmètre non aedificandi, et qu'en 1923 on suréleva la voie ferrée et la route sur la rive gauche. En 1906 il y avait eu beaucoup de victimes, tant la montée des eaux avait été brutale ; et en 1960 la voie ferrée, bien que surélevée, fut coupée.

Juste avant de longer la colline du fort de Maison-Carrée l'Harrach reçoit l'oued Smar ; leurs eaux s'additionnent dans un passage étroit, une sorte d'entonnoir. Et si une tempête en mer repousse l'eau du fleuve, cela n'arrange rien.

Population en 1954 : 45 384 dont 14 313 non musulmans (soit 31,45%, c'est beaucoup).
Population agglomérée en 1948 : 30 911 (soit les ¾ du total).

Grain de sel de B.Venis : sur ce site, quelques cartes postales de Maison-Carrée: clic
Grain de sel de B.Venis : sur ce site, quelques documents sur l'Harrach : clic