HISTOIRE de L'OPÉRA D'ALGER
Épisodes de la vie théatrale algéroise
1830-1840
Fernand Arnaudiès

AVANT-PROPOS pages 7 à 11
PRÉFACE pages 13 à 15
sur site le 14-06-2003
L'OCR a laiisé des "coquilles" que je n'ai pas reprises. Veuillez me pardonner. Vous pouvez me les signaler..

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-AVANT-PROPOS pages 7 à 11

------L'histoire du Vieil Alger, qu'un comité local s'attache à mettre en lumière, est pleine de souvenirs et d'enseignements. http://perso.wanadoo.fr/bernard.venis .Souvenirs de la plus haute antiquité et des temps barbaresques, et, plus près de nous, souvenirs et enseignements de la conquête et des premières années de l'occupation française ; souvenirs souvent glorieux, quelquefois tristes ; enseignements toujours précieux dont il faut nous inspirer pour que œuvre grandiose réalisée dans ce Pays par la France puisse se continuer et grandir, malgré les obstacles et les angoisses de l'heure présente.
-------Et voici précisément une page d'histoire qu'un auteur algérien, dont le labeur acharné s'est penché, à défaut d'archives, sur une documentation éparse dans toutes les bibliothèques, nous présente aujourd'hui, pour nous rappeler comment se sont concrétisées, au lendemain de l'occupation, les premières manifestations de l'art français en Algérie.
-------C'est M. Fernand Arnaudiès, critique littéraire et artistique, biographe d'artistes célèbres comme Etienne Dinet, Jules Van Biesbroeck, Eugène Deshayes, qui a bien voulu, sur ma demande, se charger d'écrire l'histoire du Théâtre Municipal d'Alger où se sont passées ces manifestations et qui est resté, jusqu'à nos jours, le temple de l'art lyrique et de la pensée française.
-------Est-il réellement besoin de présenter ce livre ? http://perso. wanadoo.fr/bernard.venis .Ne se présente-t-il pas, lui-même, de par le soin qu'ont mis l'auteur et l'éditeur à lui donner un caractère essentiellement artistique et documentaire (1: Avec l'éditeur, le Maire d'Alger se fait un plaisir de féliciter la " PhotoHéliogravure Algérienne " dont les Directeurs et le réalisateur, M. Pierre Oxenaar, sont de véritables artistes techniciens. Il suffira au lecteur de regarder le magnifique hors-texte en trois couleurs d'Émile Aubry et les reproductions photographiques qui illustrent ce bel ouvrage, pour s'associer à l'hommage que je rends à cette industrie algérienne.) qui permet au lecteur, en tournant ses feuillets, d'éprouver une douce satisfaction intellectuelle et un véritable régal des yeux ?
-------Mais, le Maire d'Alger a le devoir de souligner ce que renferme d'originalité cette chronique locale où, depuis 1830 à nos jours, les événements défilent comme dans un kaléidoscope plein de charme et d'intérêt.
-------Comment le lecteur ne serait-il pas séduit, aujourd'hui surtout que nos regards se reportent volontiers sur le passé, par cette description pittoresque de la Djenina qui formait, avec le " dar et sultan et Khedima " et de très beaux palais, le quartier des grands seigneurs arabes, où l'on décida, après des tâtonnements et des discussions interminables, d'édifier l'Opéra.
-------Frédéric Chassériau fut chargé de cette construction. http://perso.wanadoo.fr/bernard.venis .Tout le monde sait, à Alger, que ce grand architecte dont œuvre fut considérable construisit aussi les magnifiques voûtes et les façades monumentales du boulevard de l'Impératrice, devenu par la suite le boulevard de la République et qui porte aujourd'hui le nom de l'illustre et noble soldat qui a pris en mains les destinées de la France, le Maréchal Pétain.
-------En 1853, le Théâtre Impérial ouvrait ses portes devant le Maréchal Comte Randon, Gouverneur Général de l'Algérie, accompagné des plus hautes autorités.
-------Quelques années après, ce fut la réception grandiose, émouvante, faite dans un faste inouï à Napoléon III, entouré du Maréchal Randon, des hauts dignitaires, des officiers généraux et des grands chefs indigènes, dont les riches costumes et la rare élégance firent l'admiration des milliers de curieux massés sur les terre-pleins qui forment le square Bresson, pour acclamer l'Empereur et sa suite.
-------Mais, voici qu'en 1882, un incendie détruisit la majeure partie des aménagements intérieurs du théâtre. L'architecte Oudot, chargé de la restauration avec M. Portier, adjoint au Maire, ne mit que 8 mois pour le remettre en état. Quel record ! http://perso.wanadoo.fr/bernard.venis .Lorsque je pense à toutes les difficultés rencontrées dans la réfection actuelle, je suis rempli d'admiration pour le Conseil Municipal qui ne marchanda, ni à son adjoint ni à l'architecte, son appui moral et son aide matérielle.
-------Je dois avouer que le souvenir de cette catastrophe m'a hanté lorsque j'ai pris possession de mon mandat en 1935. Nous avons trouvé une scène avec tous ses appareils dans un état de vétusté inimaginable. Plus de cinquante années passées sur les boiseries desséchées, vermoulues, en avaient fait une sorte de foyer prêt à s'enflammer à la moindre étincelle jaillissant des canalisations électriques. Je l'ai dit bien souvent pour dépeindre d'un mot le danger que nous redoutions : nos artistes jouaient " sur une boîte d'allumettes " d'où la pire des catastrophes pouvait surgir à la faveur d'une imprudence ou d'un court circuit.
-------C'est à la suite de discussions, pour le moins aussi nombreuses et aussi animées qu'en 1850, que la municipalité décida, sur ma proposition, une restauration complète du théâtre d'Oudot et de Chassériau. Mise au concours, cette restauration fut confiée à MM. Taphoureau et Guermonprez d'Alger. Quand on songe aux difficultés de la tâche complexe et délicate entreprise par ces architectes de talent, on ne trouvera certainement pas excessif que je leur adresse ici mes remerciements et mes chaleureuses félicitations pour la réalisation de cette œuvre. Elle leur fait honneur, comme elle fait aussi honneur aux ingénieurs, aux grands et petits artisans qui l'ont exécutée sous leur direction avisée, ainsi qu'aux modestes ouvriers qui ont prouvé que la Cité dispose d'une main-d'oeuvre consciencieuse et experte. Qu'ils reçoivent tous l'expression affectueuse de ma vive gratitude.
-------Je tiens à associer à mon hommage et à mes remerciements émus le Colonel Richier, 1 °' adjoint, la commission des grands travaux et celle du théâtre, l'Ingénieur en chef de la Ville et ses collaborateurs qui n'ont cessé de seconder les architectes et les entrepreneurs, tout en veillant avec un soin jaloux à la parfaite exécution des travaux.
-------Ai-je besoin de souligner la caractéristique du nouveau théâtre ? http://perso.wanadoo.fr/bernard.venis .Chacun peut voir que les conceptions architecturales, la décoration, l'ameublement, tout en un mot, fut conçu et exécuté avec la volonté bien déterminée de donner à l'Opéra de la capitale algérienne le cachet d'élégance que doit avoir le temple de l'art lyrique et de la pensée française. C'est ainsi qu'en dehors de la savante technicité qui présida à l'agencement du mécanisme de scène, à la conception des lignes et des courbes elliptiques si gracieuses de la salle, le péristyle et le grand hall d'entrée, les escaliers aux rampes de métal, les dégagements et surtout le foyer furent l'objet des soins les plus attentifs des hommes de l'art.
-------J'aurais certes mauvaise grâce à démarquer la savante description qu'en fait M. Arnaudiès dans son dernier chapitre où il fait ressortir l'admirable symphonie qui règne entre l'architecture et les décors somptueux, quoique d'une simplicité voulue, du foyer complètement rénové.
-------Le foyer ! C'est là que s'étale dans toute sa splendeur le magnifique tableau d'Emile Aubry, membre de l'Institut, véritable chef oeuvre dont l'éminent artiste, arrivé à l'apogée de sa carrière, a tenu à doter la capitale algérienne. Combien il m'est agréable de le remercier d'avoir répondu à mon appel !

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-------En lisant le livre de M. Arnaudiès et la belle préface que lui a consacré le Docteur Gauthier " avec une nuance de mélancolie et de regret du passé " je songeais que par une fatalité du sort, l'inauguration du nouvel Opéra avait eu lieu en un des moments les plus tristes de notre histoire. Et j'aurais été pris d'un doute sur l'utilité de œuvre accomplie, malgré le succès incontestable qu'elle a trouvé auprès du public, s'il ne m'était revenu à l'esprit les conseils que donnait H. Taine à l'illustre écrivain George Sand dans la charmante lettre qu'il lui écrivait le 30 mars 1872 (2: Une correspondance inédite de George Sand et H. Taine. - (" Revue des Deux Mondes ", 15 janvier 1933, p. 345 .), c'est-à-dire quelque temps après notre défaite, pour la supplier " d'écrire une pièce dont les personnages soient nobles ou au moins généreux "
-------" Notre théâtre, lui disait-il, est une des dernières gloires qui nous restent ; il est le premier en Europe, ou plutôt il n'y en a pas d'autre. D'ailleurs, c'est par là qu'on nous juge : voyez le mal que nous ont fait les bouffonneries des petits théâtres, les féeries, même les comédies excellentes d'Augier et de Dumas ;on en a conclu que nous étions des polissons et des pourris et que nos personnages en vogue étaient des filous, des femmes infidèles et des lorettes. Et ce qu'il y a de vrai, c'est que le ton de notre littérature s'est altéré. Nous avons été réalistes à
outrance ; nous avons insisté avec excès sur la partie animale de l'homme et sur l'endroit gâté de la société...
"
-------Ah ! si notre Opéra pouvait, maintenant qu'il a reçu du sang nouveau, servir à la rénovation de l'esprit et des moeurs que le grand philosophe souhaitait en 1872, nous serions bien payés de la peine que nous nous sommes donnée pour le faire revivre.

A. ROZIS

Directeur honoraire
du Gouvernement Général de l'Algérie,
Maire d'Alger.


 

PRÉFACE pages 13 à 15

------M. Arnaudiès a réalisé un tour de force, un véritable travail de bénédictin, en écrivant une histoire du théâtre à Alger. C'est un devoir de l'en féliciter sans réserve. On ne peut imaginer la peine, les recherches difficiles, minutieuses et patientes qu'il a fallu pour réunir des documents épars, pour terminer un ensemble dont l'intérêt n'échappera pas aux amateurs passionnés des temps passés, à ceux qui s'attachent aux souvenirs de l'Alger d'autrefois.
------M. Arnaudiès a fort bien réussi dans l'accomplissement de cette tâche ardue. Il a comblé une lacune dans notre histoire locale. http://perso.wanadoo.fr/bernard.venis .Il faut lui en être reconnaissant.
------Le présent ouvrage aurait peut-être dû trouver sa place parmi les ouvrages publiés au moment de la célébration du Centenaire de l'Algérie. Il est probable que personne n'avait songé à l'écrire ; la vie théâtrale à Alger, semble-t-il, avait paru comme fort secondaire, de minime importance, ou même inutile.
Pourtant dès le début de notre arrivée ici dans cette ville barbaresque encore toute pleine de l'influence turque, les distractions, le théâtre, apparurent comme une nécessité. Les chefs militaires de l'époque s'en inquiétèrent. Les premières représentations théâtrales furent, certainement, le délassement des soldats, le repos des colons et en quelque sorte le trait d'union entre la Métropole et la " Colonie d'Afrique ". En fréquentant les salles de spectacle très modestement organisées, improvisées à la hâte, les nouveaux habitants d'Alger, venus à la suite de l'Armée, devaient se sentir moins dépaysés, moins isolés, en une contrée qui leur apparaissait alors comme lointaine et barbare.
------En lisant ces pages, on se trouve dans l'atmosphère ancienne de notre cité, qui se métamorphose avec une extrême rapidité. http://perso.wanadoo.fr/bernard.venis .Les anciens Algérois, ou tout simplement " les vieux ", assistent avec regret aux démolitions, aux constantes transformations que subit la ville de leur enfance ou de leurs jeunes années. L'hygiène, l'ajustement à la moderne, l'impitoyable progrès imposent un cadre plus nouveau, plus somptueux où on ne retrouve plus les souvenirs d'antan, ces bons souvenirs d'une cité où tout était pittoresque et charme inédit.
------Notre théâtre de la place Bresson a lui aussi, depuis sa construction, connu plus d'un changement et vient d'être totalement modifié, refait de fond en comble dans son intérieur.
http://perso.wanadoo.fr/bernard.venis .Heureuse réfection. Certes tout est plus beau, plus confortable, plus à " la page " que naguère, cependant on ne peut s'empêcher d'éprouver une nuance de mélancolie, en ne retrouvant plus cette salle qui n'était pas si laide où évoluèrent et un public, et des artistes chers à nos souvenirs ; où se déroulèrent maintes oeuvres théâtrales (bien surannées aujourd'hui, elles aussi) pour lesquelles, nous nous sommes passionnés. Où sont les vieux abonnés du parterre disparu ?
------Ils connaissaient le " répertoire " sur le bout du doigt ; de 1870 à 1900, ils n'avaient pas manqué une représentation, ils avaient gardé la mémoire des noms de tous les acteurs qui avaient paru durant cette période, ils les comparaient les uns aux autres, décourageant les nouveaux, avec le souvenir des anciens. http://perso.wanadoo.fr/bernard.venis .C'était le bon temps.
------L'abus des sports violents n'avait pas encore détourné des hautes galeries, un public au savoureux langage, aux véhémentes appréciations, aux pittoresques exclamations (souvent quelque peu bruyantes et tapageuses) public qui s'éprenait de la musique des vieux opéras, qui acclamait avec force et enthousiasme, l'ut de poitrine du fort ténor, les vocalises ardues de la chanteuse légère, ou les " pointes " savantes des ballerines.
------Le théâtre a connu à Alger des périodes extrêmement brillantes. Ce fut l'âge d'or. Lisez les " Éphémérides " de l'ouvrage de M. Arnaudiès, vous serez renseignés, et vous vous rendrez compte de la place que les spectacles divers ont tenu dans la vie Algéroise de naguère.
------En parcourant ces pages d'histoire " les vieux " oubliant les misères du présent retrouveront, évoqueront des radieuses 'figures de jeunesse, aujourd'hui flétries, ou disparues pour la plupart.

Docteur Fernand GAUTH I ER.