musée national des Beaux-Arts, Alger, le Hamma
L'art moderne au Musée d'Alger.

L'art moderne au Musée d'Alger.

Il est curieux de constater que c'est en Algérie que la France a donné la première manifestation de sa nouvelle conception de l'organisation et de l'installation des musées. Le nouveau Musée national des Beaux-Arts à Alger est, en effet, le type achevé du musée moderne tel qu'il doit être.

Situé au bout de la ville, à l'extrémité de la grande allée du " Jardin d'Essai ", encadré d'arbres éternellement verts, parmi des, jardins andalous aux fleurs étranges et merveilleuses, où les jets d'eau chantent sans fin, où les plantes grimpantes, retombent sur les balustres d'un blanc éclatant, il apparaît comme un des chefs-d'œuvre de l'architecture moderne. Une large montée mène - au long des terrasses - à deux grandes galeries superposées, longues de 70 mètres, réservées l'une aux moulages, l'autre aux sculptures. Au-dessus, à l'étage supérieur, se trouvent les salles de peinture qu'entoure une pergola d'où l'on a de superbes échappées sur la mer et sur la ville entière, coupées çà et la par les silhouettes effilées de cyprès qui se profilent sur l'azur du ciel.

Son aménagement est digne des plus grands éloges. Les problèmes les plus nouveaux de la construction des musées y ont été résolus. L'installation a été faite à un point de vue purement utilitaire, sans que l'élégance en souffre le moins du monde. Partout, la plus grande sobriété : des murs et des plafonds clairs, des planchers brillants, et un éclairage par en haut - pour la peinture - qui inonde de lumière les salles trop souvent obscures dans les musées de province et même dans les plus grands musées de Paris.


*** La qualité médiocre des photos de cette page est celle de la revue. Nous sommes ici en 1936. Amélioration notable plus tard, dans les revues à venir. " Algeria " en particulier.
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Afrique du nord illustrée du 23-6-1936- Transmis par Francis Rambert

en ligne :déc.2021

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L'art moderne au Musée d'Alger.
L'art moderne au Musée d'Alger.
L'art moderne au Musée d'Alger.

Il est curieux de constater que c'est en Algérie que la France a donné la première manifestation de sa nouvelle conception de l'organisation et de l'installation des musées. Le nouveau Musée national des Beaux-Arts à Alger est, en effet, le type achevé du musée moderne tel qu'il doit être.

Situé au bout de la ville, à l'extrémité de la grande allée du " Jardin d'Essai ", encadré d'arbres éternellement verts, parmi des, jardins andalous aux fleurs étranges et merveilleuses, où les jets d'eau chantent sans fin, où les plantes grimpantes, retombent sur les balustres d'un blanc éclatant, il apparaît comme un des chefs-d'œuvre de l'architecture moderne. Une large montée mène - au long des terrasses - à deux grandes galeries superposées, longues de 70 mètres, réservées l'une aux moulages, l'autre aux sculptures. Au-dessus, à l'étage supérieur, se trouvent les salles de peinture qu'entoure une pergola d'où l'on a de superbes échappées sur la mer et sur la ville entière, coupées çà et la par les silhouettes effilées de cyprès qui se profilent sur l'azur du ciel.

Son aménagement est digne des plus grands éloges. Les problèmes les plus nouveaux de la construction des musées y ont été résolus. L'installation a été faite à un point de vue purement utilitaire, sans que l'élégance en souffre le moins du monde. Partout, la plus grande sobriété : des murs et des plafonds clairs, des planchers brillants, et un éclairage par en haut - pour la peinture - qui inonde de lumière les salles trop souvent obscures dans les musées de province et même dans les plus grands musées de Paris.

Dans les galeries de sculpture presque toute la partie supérieure de la muraille est en fenêtres, de sorte que les œuvres exposées sont baignées d'une clarté inaccoutumée. Des socles simples, uniformes de teinte et de coupe, servent de base aux sculptures et donnent une impression de parfaite harmonie.
Les œuvres sont placées selon l'ordre chronologique, de sorte que les chefs-d'œuvre de la sculpture en ronde-bosse se trouvent au milieu de la salle, et peuvent être contemplés de tous les côtés. Le long des murs sont alignées les œuvres dont seule la face antérieure est à voir ou qui ne sont que la résultante d'influences diverses.

Dans la grande salle d'entrée, en bas, sont des moulages teintés allant des sculptures du moyen-âge jusqu'à celles, du XVIII° siècle, en passant par la Renaissance et le baroque. Grâce au goût excellent qui a présidé à leur choix, on peut dire que ce musée est un moyen vivant d'éducation artistique. La salle supérieure renferme des sculptures originales du XIX° et du XX° siècle et nous trouvons là assurément, dès à présent, une des plus riches collections de sculpture moderne de France. Un bronze admirablement patiné de Bourdelle, le fameux " Héraclès ", domine tout le hall de la fermeté de sa composition et de la force de sa tension intérieure. Formant un violent contraste avec sa force virile, la " Vénus " de Maillol, par ses formes, pleines et rondes nous offre l'idéal du type féminin. Des groupes d'animaux de Barye, Pompon et Poupelet montrent la valeur de la sculpture des animaliers. Rodin est représenté par " l'Age d'Airain ", " la Méditation ", et différents bustes d'une profondeur intense. Sept sculptures de Despiau, créations d'une grâce sublime et d'une puissante pureté de forme constituent un ensemble qu'aucun musée ne peut se vanter de posséder.

Il y a bien assurément, à côté de tels chefs-d'œuvre, qui sont tous d'une qualité artistique supérieure et qui montrent les différentes, tendances de l'art contemporain, beaucoup de sculptures faibles, simples produits d'école, sans qualités marquantes, œuvres des pensionnaires de la " Villa Abd-el-Tif ", où se reflète le vide de l'esprit académique et où la perfection du métier ne compense pas le manque d'âme.

L'ambiance de simplicité des salles réservée à la peinture, situées, comme je l'ai dit, à l'étage supérieur, éclairées par le plafond et l'absence de tout ornement architectural, permettent aux œuvres de mieux ressortir. Elles sont réparties, par le moyen de cloisons, dans des cabinets de dimensions réduites, de façon que les petits tableaux gardent tout leur charme intime.

Le fonds principal de la collection est formé par les orientalistes, dont l'influence tient une si grande place dans l'histoire de la peinture française au XIX° siècle et qui, pour la première fois, peuvent être étudiés dans leur ensemble. Le conservateur du musée, M. Alazard, a eu l'excellente idée de faire, pour ainsi dire, de celui-ci un monument à la gloire des peintres de l'Orient. Il a réuni des chefs-d'œuvre de tous les. artistes qu'a inspirés l'Afrique du Nord et qui, par leurs idées, nouvelles, ont précipité l'évolution de la peinture moderne.

C'est ainsi qu'on trouve en premier lieu Eugène Delacroix, qui a été tellement influencé par son voyage en Afrique en 1832, qu'il a tiré ses chefs-d'œuvre, durant toute sa vie, de l'emprise de cette atmosphère orientale. A côté de lui, sont des tableaux maniéristes de Decamps et de Marilhat qui ont un caractère plus anecdotique que réaliste, puis toute une série d'artistes médiocres qui, dans leur enthousiasme pour le romantisme, peignaient des tableaux fantastiques croyant rendre ainsi l'étrangeté de ces paysages qui les déconcertaient.

Ce sont ensuite Chassériau et Fromentin qui occupent une place à part parmi les orientalistes. Le premier étudie profondément les types populaires arabes, et de toutes les toiles et de toutes les esquisses de ce créole - peut-être à cause de son origine - se dégage une nostalgie qui leur donne une note tout à fait personnelle. Mais il était encore entièrement romantique, au lieu que Fromentin, arrivé à Alger la même année que lui (1846) fait preuve déjà d'un certain naturalisme. Il est le premier paysagiste qui ait essayé de peindre le sol africain tel qu'il est ; tout l'intéressait dans ce monde nouveau, aussi bien les vastes plaines que l'atmosphère générale, les costumes typiques et les armes étincelantes. Il connaissait déjà les œuvres de Corot et des peintres de l'école de Barbizon et supprimait par suite les harmonies de couleurs fortes que Delacroix avait reprises en digne héritier de Rubens et des Vénitiens.

Il a été avec Guillaumet la transition entre les peintres de l'Orient, encore tout imbus de romantisme, et leurs successeurs dont les œuvres nous donnent une idée toute différente de cette contrée.

Parmi les impressionnistes, il n'y a que Lebourg et Renoir qui se soient attaqués à l'Orient. Lebourg a peint, de 1872 à 1874, toute une série de beaux paysages où il appliquait la nouvelle conception artistique à l'atmosphère étrange et ensoleillée du continent africain.

Les toiles que Renoir a rapportées d'Alger en 1879 nous, montrent un orientalisme complètement original, débarrassé de toute tradition. C'est la couleur qui tient la première place dans les contrastes pittoresques et la richesse inouïe de sa palette étincelante.

Avec le triomphe du naturalisme, l'Orient avait été rejeté au second plan. Ce n'est qu'au commencement du XX° siècle que le voyage en Afrique est redevenue à la mode pour les artistes, surtout après la fondation de la " Villa Abd-el-Tif ", sorte de villa Médicis, où les meilleurs d'entre les jeunes peintres et les jeunes sculpteurs viennent passer deux ans pour se perfectionner et trouver de nouvelles directives sous un ciel nouveau.
En 1911, le voyage en Afrique d'Henri Matisse, a exercé une grande influence sur la peinture moderne ; il a eu pour conséquence un enrichissement et un éclaircissement fondamental de la palette.

Et en 1926, Jean Lurçat, un des artistes de la génération actuelle qui promet le plus, a trouvé, dans la solitude du désert, la force de jeter par dessus bord tout ce qui était encore métier et tradition, pour ouvrir de nouvelles voies à la peinture.

Nulle part, jusqu'ici, on n'a pu étudier les orientalistes dans leur ensemble comme dans ce musée. Si le choix des toiles, y est parfois un peu hasardeux, la grande ligne de l'évolution y est clairement tracée.

A côté des Orientalistes, la direction du Musée a porté toute son attention sur l'art français au XIX° siècle. Ce qui constitue, dès maintenant, le fonds du Musée montre l'universalité de la création artistique à cette époque.
Georges Michel marque avec ses " bûcherons " le début de la peinture française moderne. Il réunit, pour la dernière fois, l'esprit du XVIII° siècle et celui du XIX° ; il rappelle les grands paysagistes, hollandais et lutte déjà pour un naturalisme pénétrant, que faisait pressentir un Constable et les Anglais du Salon de 1824.
Les paysages de Th. Rousseau et de Corot montrent le sentiment de la nature poussé au plus haut point des peintres de l'école de Barbizon et le " pont " de Courbet mène directement au nouveau réalisme du milieu du XIX° siècle. Les œuvres de Lépine, Guys et Fantin-Latour et celles de Monticelli forment la transition vers l'impressionnisme, qui, lui-même, trouve des débuts dignes de lui chez ses précurseurs Jongkind et Boudin.

Suit toute une salle avec des œuvres de Monet, Sisley, Berthe Morizot, Pissarro, Guillaumin, Renoir, qui constituent avec les toiles néo-impressionnistes d'un Cross et d'un Luce, un véritable ensemble de chef-d'œuvre de l'art français.

Un choix moins complet, mais tout aussi judicieux est fait parmi les œuvres de la peinture contemporaine qui est représentée par des noms comme Bonnard, Matisse, Vlaminck, Utrillo, Laprade, Waroquier, Flandrin, Derain, Suzanne Valadon, Céria et Marquet.

Rien que la citation de ces noms suffit pour juger du niveau de ce nouveau musée. Il est d'autant plus nécessaire de parler en France de ce Musée que bien peu de gens pourront s'en faire une impression personnelle. Il faut que personne n'ignore son existence, car on peut dire qu'il nous offre un véritable chapitre de l'histoire de l'art moderne et qu'il est à l'avant-garde de la culture artistique française et européenne. Qu'on nous permette seulement de regretter que le Gouvernement n'ait pas encore eu l'idée de faire à Paris, la grande métropole de la vie artistique mondiale, un musée aussi digne de l'art contemporain, égal par son architecture et par son aménagement aux célèbres musées de Boston et de Détroit, qui sont les modèles dans le genre et de souhaiter qu'il ne soit que la première étape de la conception nouvelle de la construction et de la disposition des musées.