les feuillets d'El-Djezaïr
Henri Klein

- Propriétés du Maréchal Clauzel
- Ferme de Maison-Carrée (Fort)
sur site le 16-5-2009

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Propriétés du Maréchal Clauzel

Le Maréchal Clauzel possédait exactement dans la Régence :
--- La ferme de Maison-Carrée (Ouali Dadda), achetée le 3 décembre 1830, au prix de 360 francs de rente.
---
La ferme de Baba-Ali, près de la Ferme-Modèle, achetée le 10 février 1831, au prix de 1.080 francs de rente.
--- La campagne dite de l'Agha, achetée le 20 février 1831, au prix de 900 francs de rente.
--- Le fondouk de l'Agha, acheté le 22 février 1831, au prix de 360 francs de fente.
--- Le jardin Chebbach à Blida, acheté le 10 novembre 1833, à Tizi El Ben Ali Ben Imaël, bey de Tittery, au prix de 558 francs de rente.
--- Une maison sise rue des Lotophages, à Alger, achetée le 11 janvier 1834, au prix de 2.160 francs.
(Extrait d'un état, fourni par le Directeur de l'Enregistrement d'Alger, le 23 décembre 1836).

Ferme de Maison-Carrée (Fort)

Cet ancien fort turc était connu, jadis, sous les noms de Bordj-el-Kantara (Fort du Pont) ( Ce pont, qui traversait l'Harrach, fut construit en 1697, par le Dey Hadj-Hamed, et réparé par Ibrahim en 1737.) et de Bordj-el-Agha. (Fort de l'Agha).

Il fut reconstruit, de 1822 à 1824, par l'Agha Yahia. Il datait du pachalick d'Abdi (1724).

Quant au terrain, il appartenait au Marabout Ouali-Dadda ( Nom orthographié aussi Oualy Dadda. - Pour détails biographiques, voir à Mosquée Sidi-Abd-er-Rahman.). L'Agha l'acheta pour "100 boudjous de rente" (180 francs) (Voir encore à : Villas Occupées.).

Les Janissaires qu'on envoyait contre les tribus rebelles, y eurent leur camp, sous Yahia-Agha, puis sous Ibrahim-Agha..

Il en partit plusieurs expéditions parmi lesquelles, celles dirigées contre Bougie, où l'on perdit environ 400 turcs, et contre les tribus de Mouzaïa, qui furent enveloppées par les troupes d'Alger et par d'autres troupes envoyées de Médéah.

L'Agha s'y rendait chaque fois, accompagné de sa garde, qui se composait de quatre à cinq cents hommes. Il en partait de nuit et secrètement.

L'expédition terminée, le fort n'était plus occupé que par le chaouch, l'Oukil-elHardj, et une partie de l'escorte de l'Agha. Celle-ci y gardait un dépôt de fusils, de pistolets, de yatagans, de cartouches, de tentes, quatre ou cinq petits canons, deux ou
trois cents chevaux et le harnachement de cette cavalerie. C'était, en réalité, un fondouk militaire, le Fondouk d'El-Kantara, comme le nommaient les soldats.

En 1831, le Général Clauzel prit à son compte la rente que payait, l'Agha Yahia et, en échange du domaine, donna aux héritiers la boutique dite du Bach-Agha, qui se trouvait dans la rue Juba, au Marché Neuf. Il acheta aussi, moyennant une rente annuelle et perpétuelle de "100 boudjous", à Sidi Hadj Hamidou Raïs, cheikh du Marabout Ouali-Dadda, la campagne qui porte ce nom.

Le lendemain de l'acquisition, le Général arriva et constata que des Arabes avaient, à coups de hache, enlevé les portes et les fenêtre, et qu'ils avaient défoncé les terrasses. Il fit évaluer les dégâts à 4.000 francs et décida d'y mettre un poste. Ce fut, dès ce jour, un lieu fortifié. "Il y avait place dans ce bâtiment, pour 500 hommes, 60 chevaux et pour 20 officiers." (Lettre du Colonel Lemercier, de 1833).

Après le départ du Général pour la France, la Maison-Carrée demeura poste militaire. Il s'y trouvait, à la fin de 1833, 626 hommes et 326 chevaux.

M. Guiauchain, Architecte municipal, évalua en novembre 1833, la superficie du bâtiment qu'il reconnut être de 69 ares 55 centiares. Le prix de 5.300 francs fut offert pour la location annuelle du Fort, au Maréchal Clauzel ( Clauzel avait reçu le bâton de Maréchal en juillet 1831.), à la charge de qui on laissait les frais de réparations. Celui-ci refusa la proposition.

Cependant, la validité de l'acquisition de la Maison-Carrée avait été contestée au Maréchal (de même - on l'a vu - que celle de l'Agha). Le Colonel Lemercier avait présenté, à ce sujet, nombre d'arguments tendant à établir que le domaine n'aurait pas dû être vendu. Il prouva que les matériaux dont on se servit pour la construction de cette caserne défensive, avaient été tirés des magasins du Beylik, de la Pointe-Pescade, et des fours à chaux de Bab-el-Oued; que le transport en avait été fait au moyen de corvées, que les maçons employés furent payés par le Khodja du Beylick, ainsi que le déclara l'Amin Benini.

Différents personnages, parmi lesquels, le Kaïd El Marsa (capitaine du Port), et Cohen Jonathan, chef de la nation juive et consul de Toscane en 1830, confirmèrent ces assertions.

Lemercier d'autre part, établit en 1834, que le domaine était un bien de corporation. "Or, fit remarquer le Colonel, un arrêté du Général Clauzel lui-même, avait interdit ces sortes de vente !"...

Lemercier déclara encore que deux propriétaires se disputaient la possession des terrains dont le paiement devenait ainsi chose embarrassante. Voilà en quel chaos trouvaient les titres de propriété à Alger-après 1830 !

Le Tribunal de Midjelès fut invité à annuler la vente faite par les héritiers de Yahia. Devant cette assemblée vinrent déposer Ben-Négro, premier secrétaire du Dey, et Mustapha-Pacha fils, membre de la Légion d'honneur. Le Tribunal reconnut bien la Maison-Carrée, propriété du Beylik, mais ne se prononça pas au sujet des terres, prétextant qu'il ignorait le nombre d'hectares dont se composait exactement la ferme.

Le Maréchal Clauzel présenta sa défense à Paris. Dans sa lettre au Ministre de la Guerre, il protesta énergiquement contre la décision du Midjelès, "à la juridiction duquel, dit-il, aucun Européen ne fut soumis, sous le gouvernement du Dey, et dont le traducteur se trouvait être un Juif."

Dans une autre lettre au Chef de l'Armée, il se plaignit des dégâts commis, après son départ, dans cette propriété, par les soldats qui y avaient été installés.

"Je dis, écrivait-il, qu'il y a entre la Maison-Carrée et la mer, plus de 100 arpents de terrain boisé. Ce terrain est maintenant dépouillé et l'a été par la troupe qui s'est servie des arbres pour la cuisine, sans qu'il y ait eu économie pour l'État, car vous trouverez les registres et états de distributions de bois au complet et au courant, chez Messieurs les fournisseurs (ceux-ci se firent sûrement rembourser)".

Clauzel ajoutait :
" Je me suis plaint, dans le temps, de la démolition du Grand Marabout d'Oualy Dadda, situé en avant de la Maison Carrée, vers la plaine. Cette démolition, faite à plaisir, fut ordonnée par M. Salomon, chef de bataillon de la Légion Étrangère. Ce Grand Marabout n'est autre chose que la ferme elle-même, et sa reconstruction coûterait 20.000 francs. Le bois de la démolition a servi, par ordre de ce chef, à faire la cuisine du soldat, et cette destruction n'a été commencée que parce qu'on savait que la propriété m'appartenait et qu'on pensait alors se faire un mérite d'un tel acte, comme si l'on voulait me punir de ma persistance à soutenir le système de la Colonisation d'Alger."

"C'est ainsi qu'on a cru se rendre agréable au Pouvoir
."

Plus loin, Clauzel déclarait que, malgré ses plaintes, aucune mesure n'avait été prise contre cet état de choses. Et il terminait en disant :

"Qu'on rebâtisse ce Marabout, sinon je ne puis faire valoir ma propriété de mille hectares."

Cependant, en 1834, le Ministre de la Guerre qui, sur les instances du Colonel Lemercier, avait prononcé l'"expropriation" pour le domaine de l'Agha, décida qu'une solution dans le même sens serait envisagée au sujet de la Maison Carrée.

Mais en 1835, le Maréchal revenait comme Gouverneur de l'Algérie. L'affaire subit un temps d'arrêt. Elle fut reprise en 1836 après le départ du Maréchal qui, alors, assigna devant les tribunaux, le Colonel Lemercier, qu'assista Me Urtis. La discussion se prolongea durant l'année 1837. Enfin en 1838, Clauzel négocia la cession à l'État d'une partie du domaine de la Maison Carrée. La communication suivante fut envoyée, à ce propos, à Alger, par le Ministère de la Guerre :

"Par suite d'une transaction passée à Paris, entre M. le Ministre de la Guerre et M. le Maréchal Clauzel, la Maison Carrée et 30 hectares de terrain pris autour, deviennent définitivement propriété de l'État."

Voici le texte du premier paragraphe de la dépêche que le Ministre adressa, le 21 novembre 1838, au Général Vaillant, directeur des Fortifications, au sujet de la Maison Carrée et de la ferme de l'Agha.

"Général,"
"Je vous préviens qu'après avoir pris les ordres du Roi, au sujet des contestations qui existent entre M. le Maréchal Clauzel et l'Administration de la Guerre, concernant les deux immeubles dits : la Maison-Carrée et le Quartier de l'Agha, à Alger, Sa Majesté m'a autorisé à conclure avec M. le Maréchal, la transaction dont les termes suivant :

"M. le Maréchal se désiste purement et simplement de toutes demandes judiciaires ou autres qu'il a pu former pour obtenir le délaissement de l'édifice dit : la Maison-Carrée. Il renonce à élever, de son chef, ni du chef de qui que ce soit, aucune prétention contraire."

"Il cède à l'État :
--- "1° En tant qu'il peut lui appartenir, le fonds sur lequel la Maison-Carrée est assise."
--- "2° Trente hectares qui seront désignés et bornés par le Service du Génie, en présence du fondé de pouvoirs de M. le Maréchal, lequel fondé de pouvoirs signera le procès-verbal."

" Les bâtiments dits : le Quartier ou Fondouk de l'Agha, seront rendus immédiatement à M. le Maréchal dans l'état où ils pourront se trouver; sans autres répétitions, après le paiement qui va être stipulé.

" Il sera payé à M. le Maréchal, une somme de 40.000 francs, tant pour la vente des terrains ci-dessus désignés, que pour solder, avec les 9.000 francs qu'il a déjà reçus, les indemnités pour occupation, dégradations, dommages et autres répétitions quelconques formées au sujet de la prise de possession par le Service du Génie... "

Telle fut la fin de cette affaire.

Nous ajouterons que, le 2 mai 1857, M. Boisque'ret de La Vallière acquit, des héritiers du Comte Clauzel, le domaine de Ouali-Dadda.

Le fort de Maison-Carrée est devenu une maison centrale. Les bâtiments des haras, élevés avant la Conquête, en bordure de la route, furent conservés. Le camp de Maison-Carrée, en 1852, reçut 526 transportés politiques.

Bardo ( Description donnée en 1912.)

C'est une villa du plus haut intérêt. Le grand portail franchi, c'est la fraîche vision d'un verdoyant jardin qui vous est offerte. Là, en une harmonie charmante, des sujets divers de la flore tropicale mêlent leurs ramures originales au feuillage familier de nos arbres d'Europe.
A droite et à gauche, au long d'une coquette avenue, en bordure d'allées sinueuses : des massifs luxuriants d'arbustes, de pittoresques retraites d'ombre, des gerbes de palmes, des feux d'artifice de corolles éclatant dans le soleil.
Mais voici l'entrée primitive de la villa : une très ancienne porte hérissée de clous de fer au-dessus de laquelle se dresse la loge de l' "Eunuque", le farouche gardien de céans au temps jadis; au-delà, la cour du sérail, somptueux décor de marbre, de verdure, de fleurs et d'onde chantante; au milieu, un vieil oranger chargé de pommes d'or; plus loin, le "bassin des femmes", où s'érigent des papyrus, et dans le cristal duquel se mirent des silhouettes éventaillées de strelitzias; sur le côté, au haut d'un escalier de marbre et d'émail : un belvédère, le "divan", où étaient reçus les visiteurs, dont Ies baies envahies par une montée de tiges en pleine floraison, laissent apercevoir à travers un rideau de feuilles et de pétales, d'autres splendeurs du jardin. Auprès, c'est le "pavillon de la favorite", mystérieux sanctuaire qu'en un autrefois lointain, la galanterie du maître agrémenta de fresques élégantes et de faïences de prix.
Ailleurs c'est, tranchant sur le ciel bleu, un superbe manteau de bougainville, dont est drapé tout un pavillon de la villa; ailleurs encore, des treilles, des berceaux, et aussi des suites de portiques déroulant l'eurythmie de leurs arches sous la caresse de guirlandes fleuries.
Dans l'intérieur de la maison, c'est : le dortoir des femmes esclaves, aux murs percés de niches, où celles-ci, chaque matin, serraient leurs nattes de repos - la cour à colonnes que, chose rare ici, surmonte une coupole et qui, anciennement, dit-on, fut une kouba très vénérée (2) - les salles, les salons que parent de merveilleuses pièces d'émail provenant d'Italie, de Perse, de Tunisie, de Hollande, du Maroc et qu'un homme épris d'art, M. Joret, enrichit d'une collection unique de choses infiniment belles et précieuses, accordées on ne peut mieux avec le style de leur écrin.
Le luxe des lits d'Orient à colonnes sculptées et dorées, des coffres incrustés de nacre, des sièges, des tables de marqueterie, la fine ciselure des lampes, des braseros,
(1) Livre VII des Feuillets d'El-Djezaïr.
(2) Non mentionnée toutefois, par Devoulx, ni indiquée parmi celles dont nous avons pu retrouver trace.

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Part subtil des soies brodées, la jolie symphonie des tapis polychromes, l'élégance de lignes et de coloris des porcelaines, les broderies irisées des cristaux, tout cela s'ajoute à souhait au charme du Bardo.
Cette villa, qui date du XVIIIème siècle, fut avant la conquête, propriété du prince Omar, puis dans la suite, du Général Exelmans, d'Ali-Bey, agha de Biskra, de M. Pierre Joret, enfin de Mme Frémont, sa soeur, qui en 1926, en consentit la cession à la Colonie. C'est maintenant un musée d'Ethnographie à la tête duquel est un savant, explorateur au Sahara, le professeur Reygasse. Dans son voisinage est, en l'ancienne École Normale, le Musée des Antiquités, que dirige le professeur Marçais.
Villa Yusuf
Cette villa était dénommée, à l'époque de la conquête : "Djenan el Khiat" (du tailleur); Djenan Hassen Khodja et aussi : Pavillon des Officiers. Elle appartenait autrefois à la dame Khadidja el Aamia (l'aveugle), fille de Hassen, ancien khasnadji devenu Dey, et soeur de la dame Fatmah, épouse de Hussein-Pacha. La propriétaire, en 1814, constitua sa campagne en habous. Une part fut au profit de la dame Anissa bent Abd-Allah, esclave géorgienne qu'elle avait affranchie, une autre part, en faveur de la princesse N'fiça, petite-fille d'Hassan Pacha et fille du Dey Hussein.
En 1830, les co-propriétaires partirent d'Alger, pour aller se fixer à Alexandrie.
En avril 1831, un sieur Baccuet obtint du mandataire de la dame Anissa, la location pour neuf ans, de la part possédée par celle-ci. Mais bientôt, appliquant à cette campagne le décret de décembre 1830, relatif aux propriétés des Turcs émigrés, le Gouvernement mit Djenan el Khiat sous séquestre et y logea le Colonel des Chasseurs. La valeur de la villa fut alors fixée à douze mille francs.
Malgré les réclamations des dames N'fiça et Anissa et du sieur Baccuet qui demandait une indemnité de 26.747 francs, l'État conserva cette propriété qu'il légua plus tard, au Colonel des Spahis, Yusuf, pour le récompenser de ses services. La dame Anissa réussit cependant en 1851, à faire reconnaître ses droits. La somme de six mille francs lui fut accordée par l'État à titre d'indemnité.
En 1844, Yusuf avait demandé au Gouvernement, en récompense de ses services, la ferme domaniale de Beni-Khelil. Cette requête ne fut pas agréée.
Des pourparlers eurent lieu ensuite, sans succès toutefois, au sujet de la concession de deux lots de terre situés entre Boufarik et Coléah, et comprenant, l'un 900 hectares, l'autre 500. Ces terres étaient occupées par Sidi-Embarek, khalifa de la plaine et cousin germain du célèbre marabout de ce nom.


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Il fut aussi question de la villa El-Khiat, mais en décembre 1844, le ministre, duc de Dalmatie, s'opposa à l'attribution de cette propriété.
Il proposait en échange, le pavillon de Dely-Ibrahim avec un lot de 50 hectares, et la Maison Crénelée de Bouderbah, à Kouba (laquelle, dans la suite, détail déjà donné, devint caserne de Gendarmerie).
Ce fut d'El-Khiat que la concession fut enfin consentie, et ce, grace au duc d'Isly.
La propriété, de 2 hectares 18 ares 79 centiares, fut vendue à Yusuf en 1845, moyennant une rente annuelle et perpétuelle de 200 francs. Cette rente fut peu après réduite à 100 francs.
En vertu des décrets des 21 et 22 février 1850, le Général fut autorisé, en 1856, le 5 juillet, à racheter sa rente pour la somme de 1.000 francs.
En 1853, le Général, en raison des dépenses qu'il y avait faites, demanda à devenir propriétaire incommutable de la villa dont il n'avait que l'usufruit.
En 1846, Yusuf avait obtenu que la partie du domaine où étaient logés le colonel et le capitaine trésorier des Chasseurs, lui fût également cédée.
Le colonel des Chasseurs fut alors logé au Palais d'été, dans un bâtiment voisin de P actuelle église.
La campagne, plus grande qu'elle ne l'est actuellement, était coupée en deux par la route dénommée aujourd'hui Chemin Yusuf.
Furent reçus en cette villa : en 1846, A. Dumas; en 1859, le Ministre de l'Algérie, Comte Chasseloup-Laubat.
L'ordre du duc d'Isly, qui mit Yusuf en possession de cette villa, déclarait que cette résidence ferait retour à l'Etat si le Général ne laissait pas d'enfants. Dans le cas contraire, celle-ci deviendrait "la propriété" des descendants. Yusuf n'eut pas d'enfants; néanmoins, il obtint que la villa lui fût concédée à titre définitif.
Le Général, mort à Cannes en 1866, fut inhumé, dans une kouba élevée au sein de sa propriété. Il était né en avril 1809, d'une famille de pêcheurs, à l'île d'Elbe, d'où en son enfance, il fut enlevé par des pirates tunisiens. Recueilli au Bardo, il y noua plus tard (en 1830), une intrigue avec la fille du Bey. Fuyant le châtiment qui le menaçait, il vint offrir ses services au Corps expéditionnaire de Sidi-Ferruch. Il épousa à Paris, en 1845, Mlle Weyhér et se fit chrétien.
Sa veuve continua d'habiter cette campagne et y est décédée en 1907. La villa devint la propriété de M. Gérard, Professeur à l'Université d'Alger. Elle est aujourd'hui occupée par la Compagnie des Tramways Algériens qui l'a transformée.
Le corps du Général fut, il y a 25 ans, retiré d'El-Khiat et transporté au cimetière de Saint-Eugène (au haut de l'allée centrale).
L'épée de Yusuf se trouve dans la basilique de Notre-Dame d'Afrique, près du maître-autel. Là se trouvent aussi l'épée du duc de Malakoff, la canne de Changarnier et une médaille de Bugeaud.
Yusuf, après avoir été à la tête de la Division d'Alger, fut désigné au commandement de celle de Montpellier. L'Empereur le fit Grand-Croix de la Légion d'honneur.



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Avant son affectation au service des Tramways Algériens, la villa s'ornait d'un remarquable parc enrichi d'arbres centenaires.
Précédée d'un beau porche, elle offrait à l'intérieur des salles mauresques luxueusement meublées. Retenait l'attention, la chambre â coucher de la Générale, où des colonnes d'onyx, des broderies de plâtre, un plafond de bois sculpté, enluminé et délicatement touché d'or, formaient un décor unique. Des pièces de marbre ciselées de fleurs persanes, de coquets marabouts plaqués d'émail s'y remarquaient également. C'était aussi pour les visiteurs, l'attrait de l'ancien patio aux précieuses faïences de Delft; de la galerie que le Général avait fait orner de superbes panneaux de thuya travaillé, d'une porte ogivale dont les lacis de bois laissaient transparaître les splendeurs du jardin et au sein de laquelle se déroulait ce texte arabe :
"Ne cherche pas mes ancêtres, regarde seulement mon oeuvre."
Abd-el-Tif
Villa des Peintres orientalistes
Cette villa du Hamma, servit dès 1831, de dépôt de convalescents â la Légion Étrangère.
Le plus ancien acte connu qui en fasse mention, date de 1715. Il y eut au nombre de ses propriétaires, Ali-Agha, "qui la vendit pour 325 réaux d'argent", Mohammed- Agha, Hadj Mohammed Khodja, Ministre de la Marine, la femme d'un secrétaire général de la Régence, puis le Sid Abd-el-Tif qui, en 1795, acheta le djenan pour 2.000 dinars d'or (1).
"Cette villa, dit un rapport militaire de 1831, est située dans un site élevé, sain et riant. Cent cinquante lits peuvent y être installés. Il serait nécessaire de la garder pour les soldats étrangers n'ayant pas de foyer où aller se remettre."
Auprès d'Abd-el-Tif, existait la maison "des Orangers", occupée à cette époque, par quatre ménages d'officiers de la Légion, parmi lesquels, un officier supérieur. Cette maison, de dimensions plus petites, présentaito l'inconvénient d'une grande humidité.
En raison du désarroi où se trouvaient les affaires du pays aux premiers jours de l'occupation, les droits de propriété du Sid Mahmoud ben Abd-el-Tif ne furent pas immédiatement reconnus; aussi le loyer de sa villa demeura-t-il assez longtemps impayé.
(1) Le dinar mahboub d'or valait 40 francs. Après la conquête, les indigènes pendant des années délaissèrent les désignations monétaires françaises. On compta longtemps dans les affaires, par dinars, par piastres sultani (5 frs 40), par pataques (0 fr. 90), par réaux boudjous (1 fr.80). Le mouzouna (1 sou 1/2) demeura aussi utilisé dans le petit commerce des marchands ambulants.

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Le 4 octobre 1834, Abd-el-Tif écrivit au Gouverneur une lettre à ce sujet. Il y déclarait que sa villa dont la valeur était avant 1830, de 30.000 piastres d'Espagne, avait été dégradée, et que les arbres en avaient été coupés. "Les autres maisons de campagne, disait-il, ont été évacuées au début de 1834. La mienne ne l'est pas encore !" La requête se terminait par ces mots : "Je m'adresse à vous, que nous croyons avoir la mission de fermer les plaies que nous ont faites les premiers temps de la conquête."
Abd-el-Tif adressa une supplique semblable au Ministre de la Guerre.
Peu de temps après, la villa, reconnue propriété Abd-el-Tif, devenait l'objet d'une location qu'avait autorisée, le 24 septembre 1834, le Comte d'Erlon, Pair de France et Gouverneur.
Un acte officiel établit que la famille Abd-el-Tif loua tout d'abord, la villa à un Juif, nommé Mouchi ben Chebebi Boucaya.
Cette location fut consentie pour six années, moyennant 1.000 francs par an, et "3.500 francs donné, ,..11 paiement du loyer dû depuis trois années et demie". Il était stipulé dans les conditions du bail, que l'acquéreur ne ferait rien qui pût porter préjudice à la campagne : "Soit en enlevant des carreaux, les marbres, la fontaine, les fenêtres et autres choses."
Ce Juif afferma, le 2 novembre 1834, la villa à la France que représentaient en la circonstance, le Capitaine Boti, chef du Génie, et le Sous-Intendant Barona.
En 1836, après le départ de la Légion Étrangère pour l'Espagne, on jugea inutile la conservation de cette campagne dont le bail de location fut résilié, le 11 février, avec l'autorisation du Général, Vicomte Schram.
Quelques années plus tard, l'État en devint acquéreur au prix de 75.000 francs. Elle demeura la propriété du Domaine qui la loua à la Compagnie fermière du Jardin d'Essai. Reprise par le Gouvernement Général, en 1905, elle a été restaurée par M. Jonnart qui l'a mise gracieusement à la disposition des artistes peintres, boursiers du Ministère dee. Beaux-Arts. Abd-el-Tif est depuis 1922, Monument Historique.
A signaler dans cette villa, l'ancien Bassin des Fenimes que borde un portique à parure d'émail, la cour intérieure où se développe une galerie à double ligne d'arceaux soutenus par d'élégantes colonnettes à cannelures torses. En face, le porche d'entrée, élevé sur douze colonnes et abritant sous ses ogives, une porte à clous et à heurtoir de bronze.
Au-delà des voûtes du vestibule et de l'escalier d'aspect monacal, c'est le bain maure puis, au premier étage, le patio, tout de marbre, entouré d'arcades et décoré de faïences où s'épanouissent de curieuses floraisons stylisées. Sous les arceaux, de hautes portes donnant accès en des salles surmontées de coupoles à claustras multicolores. Au centre, un pavillon à dôme polygonal d'où s'étend la vue, sur la baie et la

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(1) En 1927, le 12 mars, fut ancien pensionnaire de la villa, ei
Abd-el-Tif fut visité en avril par le Duc d'Aoste.
(2) La possède aujourd'hui,


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mmet, la terrasse, offrant le charme de l'entier panorama algérois (1). tonnée en 1910)
Djenan Ali Raïs
, parmi les villas des temps barbaresques, dont l'orientalisme sourit lieue algéroise, ont été conservées intactes en leur forme primitive, lx propriétaires !
pas que la possession de ces précieux échantillons d'architecture )tège aucun édit, crée aux détenteurs une obligation morale : celle style et de les transmettre dans leur originale beauté, à la postérité ? nitre cependant que l'adaptation aux habitudes occidentales, d'un la vie musulmane, nécessite parfois, certaines transformations de quel tact alors, doit agir l'architecte pour ne pas défigurer la délicai confie !
2n de jolies villas furent à jamais gâchées par le manque de goût de y réaliser une réformation pratique, ne réussirent qu'â accomplir lamentable ! Combien furent irrémédiablement déshonorées sur ne de leur propriétaire !
;, n'est-il pas vrai, ne sont pas légion à notre époque ?
e celles, le mieux conservées autour d'Alger, est à citer Djenan Ali ve dans le coquet village d'El-Biar dont les nombreux patriciens int en ses vallons, avaient fait jadis, une manière d'Eden.
fibre d'arbres centenaires, elle semble dans le silence, songer à son )m d'un renommé corsaire d'El-Djezaïr qu'elle porte !
t dans la suite d'appartenir à des familles bourgeoises de l'ancien- siècle dernier, au Bach-Agha Ben Ali Cherif, de Chellata. Elle la propriété du riche américain Macklay qui la fit restaurer par e, Bucknall, puis, du vicomte de Vercelli de Ranzy (2).
sujet quelques lignes de description ? Mais comment ne pas don- tout d'abord, à l'admirable parc qui l'environne, à ces pins où la tiplia sans cesse, toujours protégée par les maîtres de céans - à t cristalline pièces d'eau que raye l'hirondelle au passage, à cette de bambous poussés en une large excavation donnant en son illusion d'un coin de jungle - à ce verger de centaines d'arbres où,
rs, fut, en présence du Gouverneur, inauguré à Abd-elTif, un médaillon, oeuvre du sculpteur Pommier, illa, et reproduisant les traits de Louis Meley, protecteur de l'Art en Algérie.
avril 1931, par M. Mario Roustan, ministre de l'Instruction Publique et des Beaux-Arts, et en avril 1932,
nui, M. Hill Loa', qui tient à lui conserver sa physionomie première, et y réside avec sa famille.

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orangers, citronniers, mandariniers constellés de fruits éclatants, embaument l'air de leurs senteurs pénétrantes !
On erre délicieusement sous ces allées de cèdres, d'eucalyptus, de palmiers, de cocotiers qu'enserent de folles montées de lierres. Certes, les Raïs savaient donner un digne cadre à leurs loisirs, à leurs plaisirs intimes !
On s'attarde volontiers en cet extérieur d'ombrages.
Soudain, en sa retraite végétale, vous apparaît la blanche Sultane, la séduisante villa qui, en vraie fille d'Orient qu'elle est, dissimule ses grâces sous des voiles, voiles d'un particulier attrait, que tisse pour elle la coquette nature.
Djennan Ah Raïs impressionne à l'arrivée, autant par le charme de sa physionomie que par le mystère qui l'enveloppe. Aucun bruit, aucun mouvement. Parfois seulement, la voix d'un piano, qui semble un écho lointain. La première fois que j'y vins, les accords d'une mélodie orientale vibraient dans l'air frais, pénétré des parfums du jardin; on eût dit rame même de la solitaire demeure s'exhalant en ce chant...
Visitons à présent cette attirante résidence.
Voici à l'entrée, un ravisant berceu fleuri appuyé sur les blancs piliers; dans le fond, un jet d'eau pleuvillant sur son bassin, au delà, le jardin du harem; auprès, une galerie qu'avoisine une tapisserie de bignones fraîches écloses, dont les pendeloques de son oranger, semblent des pièces de joaillerie.
Voyons les parties basses de l'édifice. C'est ici, la salle des gardes aux supports frustes, là, l'entrée d'un souterrain où auraient été retrouvés des chaînes, un squelette. Ce sont encore diverses salles meublées à l'avenant de leur caractère, et que décorent avec des fines faïences d'Italie, des cheminées harmonisées au style de la maison, par l'emploi d'encadrements de pierre sculptées, ayant formé jadis le cintre de portes anciennes. Et voici l'escalier contourné, aux gracieux revêtements d'émail, au long duquel ont été disposé avec art, d'élégantes pièces de décoration arabe. A la partie supérieure, c'est avec ravissement que l'oeil considère ces salons, ces galeries, ces cours à arceaux, avec leurs broderies murales, reproduites de l'Alhambra, leurs faïences de Delft, de Sicile, d'Espagne, leurs bois ciselés, leurs cuivres ajourés, leurs tentures de soie, leurs tapis précieux, leurs meubles incrustés, et aussi leurs plantes rares épanouies en des vases de haut prix.
Et c'est encore la séduction des baies en ogive ouvertes sur le dehors avec leurs échappées, leurs perspectives savamment calculées, sur le jardin dont la pittoresque végétation, on le constate à chaque instant, vient familièrement s'étendre sur la maison, caressant, enlaçant colonnes et chapiteaux, recouvrant d'une luxueuse parure de corolles, la blanche vêture des murs séculaires, improvisant aux fenêtres, des tendelets, des stores de fleurs, des velums de feuillage, car c'est bien la caractéristique de cette villa, d'associer continuellement son charme intérieur à celui de la végétation qui l'entoure.

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On considère longuement ce délicieux ensemble, confondant son admiration en un sentiment de reconnaissance envers ceux qui, dans l'accommodation de cette villa aux nécessités de la vie nouvelle, surent si heureusement lui éviter les tristesses d'une transformation à l'européenne. Et l'on pense alors aux soeurs infortunées de celle-ci, mentionnées au début, qui s'offrent aujourd'hui, si laides, si ridicules, sous l'odieux travestissement dont les déshonora la pitoyable ignorance de leurs
nouveaux maîtres.
(Description donnée en 1909)