sur site le 26/02/2002
-À Monsieur le Ministre Jean-Pierre Chevènement

A.MARTINEZ

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Monsieur le Ministre


-------Je vous ai adressé le 22 décembre 2001, une lettre reçue par vos services de la Mairie de Belfort le 24 décembre 2001 qui vous demandait d'inaugurer, dans votre ville, une plaque commémorant les massacres du 5 juillet à 1962 Oran. Ce courrier réunissait plusieurs signatures de compatriotes et associations qui comme moi espéraient un signe fort de votre part.
-------Vous n'avez pas daigné y répondre. C'est votre droit le plus strict.
-------Il est vrai que, électoralement, la communauté " Pied Noir " n'est pas porteuses, puisque n'ayant jamais su, à ce jour, prouver son unité. Il me semble cependant, que humainement, nous pouvions avoir droit au moins, à une reconnaissance morale quant aux souffrances subies. Et que l'histoire au moins méritait le respect.
-------Il n'en est rien. Nous nous sommes donc trompés. Je communique votre fin de non recevoir à tous ceux qui vous ont interpellés par mon entremise.
-------Qu'il me soit permis de vous dire que je considère, à titre personnel, votre silence comme un signe de mépris contraire à l'éthique d'un candidat qui se voulant présidentiable, annonce comme priorité principale le relèvement de la France et prône l'unité et l'égalité de tous les français.
-------Vous étiez à Oran à cette époque et de ce fait témoin des événements que nous vous demandions de prendre en compte. Votre mutisme vous fait, à posteriori, complice silencieux et indifférent.
-------Je tiens compte de votre dédain qui influencera l'expression de mon prochain suffrage. Mes compatriotes se détermineront individuellement et en leur âme et conscience. Il y a fort à parier que votre nom soit rayé à tout jamais dans nombre de familles et que votre discours soit synonyme de partialité et de faux semblant.
-------J'avais misé sur votre humanité et votre sincérité. J'avais tort. J'en fait amende honorable.
-------Mais cette fois ci c'est moi " qui vous ai compris ".
-------La société que vous appelez de vos vœux, ne s'adresse donc pas à tous les français. Elle sera sans aucun doute marquée d'un " apartheid " civique qui consistera à instaurer les priorités en fonction de l'intérêt électoral. Nous serons donc toujours des " français entièrement à part " à défaut de l'être à part entière. "Rien de nouveau sous le soleil." Depuis 1954 nous en faisons les frais. Les politiques nous ont grugé. Nous nous voulions français et nous en étions fiers. Mais ce ne fut qu'un leure. Le cœur en bleu blanc rouge, les yeux fixés, de l'autre coté de la mer, sur la ligne bleue des Vosges, toujours espérée et jamais entrevue. Excepté quelquefois lorsque la mère patrie en danger, avec un naturel cynique mobilisera nos grands pères et enrôlera leurs fils pour contribuer à libérer la terre sacrée. Plus tard, elle spoliera sans honte leurs enfants trop aimants. Elle les abandonnera comme telle marâtre indigne rejette son bâtard pour oublier sa faute. Français nous nous crûmes et jamais nous ne furent. L'ampleur du sacrifice fut jugé insuffisant. L'ardeur de notre désir tourné en ridicule.
-------L'honneur d'être français est bien passé de mode. Ne sont désormais pris en compte que les tristes individus qui se mouchent dans le drapeau et qui crachent dans la soupe des aides sociales et allocations diverses. Ils ont droit à toutes les attentions, et aux multiples égards.
-------Il est de bon ton aujourd'hui, de s'incliner et de rendre hommage à la mémoire des " Martyrs " du glorieux FLN en oubliant purement et simplement les autres tous les autres dont il fut le boucher sanguinaire, cruel et sans pitié.
-------On a les afflictions qu'on peut et les sympathies qu'on veut.
-------J'ose seulement espérer que votre prochaine visite dans notre pays, vous donnera l'occasion de fleurir les tombes profanées de nos pères, ou qu'au moins, un instant, une petite seconde seulement, l'idée même fugitive, pourra, superficiellement, effleurer votre esprit.

-------Je vous prie de croire, Monsieur le Ministre, aux respectueuses salutations dues à votre rang. Recevez également, l'expression de l'espoir déçu que vous avez fait naître à votre corps défendant.

Antoine MARTINEZ (citoyen français de deuxième zone)