Tribune libre

Lettre ouverte aux histéologues.
Qu'est-ce qu'un histéologue ?

sur site le 13-12-2009

45 Ko
retour
 

Lettre ouverte aux histéologues.

Qu'est-ce qu'un histéologue?

L'histélogie est une science nouvelle qui associe histoire et idéologie. Étymologiquement, c'est la contraction des mots Histoire et Idéologie. Ce nouveau mot, peut se décliner sous toutes les formes habituelles qui s'appliquent aux mots histoire et idéologie. Par exemple: histéologiquement parlant, d'un point de vue histéologique, les histéologues, et cetera.


Un histéologue est donc un historien qui a décidé de mettre l'histoire au service de l'idéologie qu'il défend, ce qui veut dire, qu'aujourd'hui, tous les historiens sont histéologues, de même que tous les journalistes sont engagés, sous entendu alignés sur une ligne politique. C'est bien dommage, car pour ma part, j'attends d'un journaliste qu'il m'informe en me montrant tous les aspects d'un problème, libre à moi de me faire ensuite une opinion, et non qu'il me raconte une version formatée selon ses valeurs, avec l'espoir que lors de la prochaine consultation électorale, elle me fera voter dans un sens qui flattera ses convictions intimes.

L'historien est le journaliste du passé. Jadis il le relatait, aujourd'hui il le formalise et le présente à l'aune de valeurs sans cesse réactualisées. Plus l'historien fait entrer ses valeurs personnelles dans le document formaté qui nous est proposé, plus l'historien devient histéologue, sans qu'il soit possible de tracer un limite bordante: le dégradé entre l'historien et l'idéologue n'a pas de frontière.

Si l'histéologue adhère de façon très active à un parti politique, alors l'histoire qu'il écrit devra contribuer au triomphe des idées propagées par le parti politique qu'il soutient. Ce n'est pas moi qui le dit, mais une histéologue québécoise, professeur d'une université québécoise dans un livre québécois, publié au Québec et au titre très évocateur que je cite de mémoire, donc de façon inexacte alors que je passais au pas de course dans une librairie québécoise: " L'histoire doit-elle rester neutre? " Devinez la réponse au dos de la couverture... Ce faisant, l'histéologue doit savoir et en accepter le désagrément, qu'il sera taxé de partialité par ceux qui prônent des valeurs différentes.

Il existe des histéologues honnêtes, qui extraient de l'histoire tout ce qui conforte leur credo, mais seulement cela, ce qui au bout du compte peut faire mécompte puisqu'il manque une partie de l'histoire, et des histéologues malhonnêtes qui n'hésitent pas à des petits arrangements avec l'histoire, et de petits arrangements en petits arrangements, on finit par dire de gros mensonges

Ainsi voit-on augmenter, au fil des publications, le nombre des victimes des crimes que l'on veut dénoncer, et du train où vont les choses, d'ici quelques décennies, le nombre des victimes d'une " infâme répression policière " aura dépassé le nombre potentiel de victimes. Ou alors le nombre d'habitants d'un pays ne cessera d'augmenter " avant " le crime perpétré pour augmenter le nombre de victimes. La conquête de l'Algérie, fut dit-on très sanglante; il y a tout lieu de le croire. Le premier recensement officiel en Algérie fait après la conquête compte environ 2,5 millions d'habitants autochtones. Chiffre inexact, que je cite de mémoire sans consulter mes références, mais peu importe qu'il soit faux, le chiffre exact n'étant pas nécessaire à la démonstration qui suit. Comme il faut que la répression commencée par Bugeaud pendant la conquête soit tangible, les histéologues modernes estiment la population de l'Algérie en 1830 à 3 millions d'habitants, ce qui fait donc déjà, hélas, beaucoup de victimes des " enfumades ". J'ai bien trouvé des chroniqueurs d'époque qui, en 1833-1835, estiment cette population entre 1,5 et 1,8 millions, un comptable de la haute administration, ça devait savoir compter un comptable chef d'un grand service, qui arrive au chiffre de 2,1 millions, mais non, ce sera 3 millions le chiffre officiel. Trois millions, c'est tout? Je viens de trouver une référence où on estime cette population en 1830 entre 3 à 5 millions. Attendez encore un peu et vous verrez qu'on ne retiendra plus que 5 millions de cette estimation , en attendant une nouvelle estimation entre 5 à 7 millions.

Lors du décès d'Ageron, l'un de ses élèves apprenant cette triste nouvelle, fit à brule pourpoint une déclaration à un journaliste, lequel crut bon de la reproduire sur Internet.

Je ne peux donner le nom de cet historien devenu depuis un grand histéologue français, connu et apprécié dans de nombreux pays pour ses publications d'une grande tenue histéologique, donc marquée au sceau de l'idéologie qu'il professse. En effet, cette citation a été retirée d'Internet, et il ne reste plus qu'à me croire sur parole, mais soyez assurés que ma parole est quelque chose à laquelle j'accorde une immense valeur.

Cet élève d'Ageron, qui aime rappeler qu'il est membre du parti communiste français a dit très exactement ceci, rappelant ses souvenirs d'étudiant. " Au début, Ageron nous [ses élèves] a paru suspect, car il n'était pas membre du parti communiste français. "

Que diront les historiens de demain, des historiens d'aujourd'hui? d'autant que les modes changeant, peut-être alors faudra-t-il être membre de l'UMP pour être reconnu histéologue?

Ce qui est SUSPECT, ce n'est pas qu'un historien ne soit membre d'aucun parti politique, c'est précisément qu'il soit encarté dans un parti, fut-il de droite, de gauche, du centre, d'une extrême.

Tout individu a droit à ses convictions politiques et de militer activement dans le parti de son choix. Mais de même qu'il existe un devoir de réserve du fonctionnaire, il existe un devoir de réserve de celui qui enseigne (dont les historiens) ou qui informe: il doit s'interdire de confondre ce qui est ou a été, avec ce qu'il voudrait qu'il fut. Il ne doit pas regarder les évènements avec les verres correcteurs de son engagement politique. D'ailleurs celle qui écrit un livre pour justifier ce nécessaire engagement politique de l'historien ne sait pas quelle forces elle peut libérer. Je lui suggère d'avoir 13 ans en 1960, d'être élève de 4ème au Lycée Laperrine de Sidi Bel Abbès (Oranie), d'être enfant d'officier de gendarmerie et d'avoir pour professeur d'espagnol, un membre du parti communiste français. Elle saura ce qu'est la confusion entre profession et engagement politique, et de plus, elle apprendra à résister pendant un an, pour ne pas donner la satisfaction à cet individu immonde de voir couler une larme sur ses joues.

Vous, histéologues, affirmez pour l'histoire, et devant la conscience universelle, la réalité de la culpabilité des colons en Algérie, pour s'être emparés des terres les plus fertiles dans les premiers temps de la colonisation, puis des biens des paysans arabes à l'aide des lois Warnier, les rendants seuls responsables de la paupérisation de ces masses. Également, vous avez, dites-vous, vous colons, empêché l'accès à la citoyenneté et à la justice sociale des musulmans, au seul motif de la protection de vos intérêts colonialistes; ce qui au passage, exonère le colonisateur de toute responsabilité, vu le peu de place qu'il reste pour d'autres chefs d'accusation.

Hors je vous lis, calmement et sans passion, et je ne vois pas de preuve de ce que vous avancez: il faut vous croire sur parole. Cela s'appelle un axiome qui selon les philosophes grecs est une affirmation considérée comme évidente et qui n'a nul besoin de preuve (source: encyclopédie Wikipedia)

L'argumentation des histéologues repose sur un axiome suivi parfois de quelques illustrations, souvent sans lien avec l'axiome énoncé, ce qui importe peu puisque un axiome n'a pas à être démontré. J'en fournirai un exemple très caractéristique, dans un autre article, car les résultats de mes recherches documentaires réfutent totalement certains de vos axiomes, en nuancent bien d'autres, en confirment quelque uns.

Mais d'abord que signifie le mot colon? Si vous commenciez par l'expliquer à ceux qui vous lise.

" Les blancs n'ont raconté qu'un côté de l'histoire. Pour se faire plaisir. Ils ont dit beaucoup de mensonges. De ce qu'il avait fait, l'homme blanc n'a raconté que le meilleur, et le pire de ce que les Indiens avaient fait. "
Yellow Wolf, indien Nez-Percé cité dans Dee Brown " Enterre mon coeur à Wounded Knee; Une histoire américaine (1860- 1890) " Albin Michel 2009.
remplacer " blancs " par " historiens ", " l'homme blanc " par " l'historien " et " indiens " par " colons ".

Pervillé, historien et professeur des universités a écrit ceci qui résonne en écho et semble répondre d'avance à cette accusation.

" Au lieu de dénoncer le règne de la " désinformation " ou d'une conspiration du silence chez les historiens, les Français d'Algérie et leurs amis peuvent influer sur l'élaboration de la vérité historique en faisant eux-mêmes œuvre d'historiens...C'est la plus sûre voie de leur réhabilitation. "

voir sur http://guy.perville.free.fr/spip/article.php3?id_article=86

Pour être réhabilité il faut obligatoirement deux circonstances:
1 ) avoir été condamné au préalable par un tribunal. Voudra-t-on nous dire de quel tribunal il s'agit (de l'histoire, des historiens?) accessoirement, transmettre les minutes du procès.
2 ) être reconnu innocent des accusations portées à son encontre. Mr Pervillé, considérant cette réhabilitation comme possible, reconnaît donc par la même que ce procès fait aux français d'Algérie, fut peut-être un procès injuste avec une condamnation sans preuve. La certitude, c'est qu'ils n'y ont pas eu d'avocat.

Denis Kremer