sur site le 1/03/2002
-Identité et vérité
" tout ce qui est méditerranéen est nôtre "
pnha n°48 juillet 1994

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-------La lecture du journal "Le Monde". monument de la presse intellectuelle française, réserve parfois des surprises.
-------Jean-Pierre Peroncel-Hugoz depuis de nombreuses années en est son spécialiste pour toutes les questions touchant au Moyen-Orient, au monde arabe et au Maghreb.
-------Il est aussi le journaliste qui depuis les années soixante a progressivement, et le plus rapidement, pris conscience que le manichéisme entretenu à cette période entre les prétendus tenants du bien et ceux du mal pour justifier les indépendances hâtives et baclécs n'était plus de rigueur.
-------Pourtant dans ces années soixante des déchirements multiples, Peroncel-Hugoz comme la quasi-totalité de l'intelligentsia française et internationale. n'avait qu'un seul discours concernant les territoires encore sous tutelle française : il fallait au plus vite "libérer" ces territoires de la puissance coloniale. redonner à leurs populations leur dignité et leur liberté prétendument perdue, accélérer au maximum les processus d'indépendance : il importait peu pour ces intellectuels que ces populations ne fussent point encore préparées à cela ni psychologiquement, ni matériellement. ni professionnellement.
-------Peu importait aussi à ces intellectuels, en cette époque d'euphorie idéologique dominante et dans leur vision totalement idéalisée de ces indépendances envisagées, le maintien des nombreux progrès pourtant indéniables accomplis en tous domaines, la défense des minorités existantes sur ces sols et la survie d'une civilisation pluriculturelle, ouverte et riche qui s'était forgée sur ces territoires africains depuis des décennies par la rencontre de différentes communautés venues de divers horizons.
-------Oui, . seul comptait pour cette intelligentsia l'avènement le plus rapide possible et par tous les moyens, . même les plus sanglants et les plus terribles, de cette indépendance conçue comme une notion mythique. parfaite, idéale, conçue quasiment par ces esprits qui faisaient l'opinion de l'époque comme le paradis sur terre.
-------L'histoire s'est alors accélérée : les `gouvernements français se soumirent aux intellectuels, furent incapables de concevoir autre chose que des indépendances bâclées, sans aucune préparation, les minorités abandonnées et menacées prirent les chemins de l'exil. les nouveaux Etats livrés à eux-mêmes sombrèrent pour la plupart dans le totalitarisme politique, la régression économique, l'obscurantisme et l'enfermement culturel.
-------C'est le mérite, même s'il est tardif, de Jean-Pierre Peroncel-Hugoz, intellectuel de la première heure, d'avoir su reconnaître, au fil de sa réflexion et de ses articles, les conséquences particulièrement néfastes de ces indépendances conçues par les gouvernants français d'alors davantage comme des moyens de se libérer de fardeaux encombrants que comme de véritables projets de société réfléchis et viables.

-------Un récent article de ce journaliste paru dans "Le Monde" sur "Jobert l''Africain" confirme cette remise à l'heure des pendules de l'histoire, et peut-être aussi du présent et de l'avenir, qui se fait peu à peu dans les esprits les plus réfractaires.
-------Ainsi ce journaliste reprend-il les propos de Michel .Iobert, ce "pied-noir éclairé", comme il l'appelle, ancien secrétaire général de l'Élysée puis ministre des Affaires Etrangères sous Pompidou : "à l'époque. toute maison d'Européens dans le bled passait un peu pour une infirmerie.
-------Quant à mes parents, entre eux, ils parlaient surtout de traites à payer... Çà me fait rigoler quand j'entends brocarder maintenant la "richesse facile" des colons du Maroc... I1 y en avait de très prospères, certes,. mais la majorité étaient comme nous
".
-------S'interrogeant ensuite sur le ressort identitaire de Michel Jobert, le journaliste écrit : "Lorsque l'adolescent visite pour la première fois la Métropole. c'est "l'ancienneté des choses"qui le frappe avant tout". Et Jobert de déclarer : "Je ne me sentais pas alors ce qu'on appelle français mais plutôt le fils d'une autre race, pas supérieure mais nouvelle : un Européen d'Afrique du Nord". Tout comme ce que Albert Camus ressentait dans son Algérie natale.
-------Et le journaliste en conclut que ces enfances plus riches qu'ont connues les Pieds-Noirs sur leur terre natale en font "des dirigeants plus clairvoyants dans les affaires d'Orient, d'Islam, de Méditerranée, si importantes depuis mille et quelques années pour les intérêts français, culturels. économiques. politiques et autres, et des dirigeants également plus sensitifs".
-------Il rappelle alors les propos du roi Hassan II lui-même : "II est de bon ton de critiquer l'occupation française en Afrique du Nord, mais ces gens, notamment les officiers des aftaires indigènes, ont aimé ce pays, ses habitants. et ont fait pour eux plus que bien des Marocains ne feraient".
-------Le journaliste insiste enfin en reprenant cette phrase d'un écrivain : "Rien ne coûte plus cher que le dédain des origines" : et rappelant la latinité de nos racines, notre enfance chez les Arabes et les Berbères et notre attachement à la terre d'Afrique, il nous suggère alors, mais sans l'avouer, ce slogan qui pourrait servir de base à un projet d'avenir pour notre communauté Pieds-Noirs
"'tout ce qui est Méditerranéen est nôtre"

Pierre Cordoba