sur site le 19-3-2003
-Tribune libre
Pour nos disparus
pnha, n°88, mars 1998
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Monsieur le Président de la République,


-----Le soussigné a l'honneur d'accuser réception de votre lettre du 17 octobre 1997, qui l'a honoré, en réponse à la sienne du 15 septembre 1997.Il avait bien pris connaissance de votre allocution lors de l'inauguration du monument à la mémoire des victimes civiles et militaires tombées en Afrique du Nord de 1952 à 1962 ainsi que des hommes et femmes qui sont morts sur une terre française.Mais les 25 000 disparus dont la mémoire était honorée étaient des combattants.
-----Les disparus, objets de sa supplique sont ceux dont nous sommes, toujours, sans aucune nouvelle après leur enlèvement, dès le lendemain de la signature des accords d'Evian, le 18 mars 1962. Estimé, au moment de l'indépendance à 10 000, leur nombre n'a cessé d'augmenter et vient s'ajouter à celui des 150 000 musulmans assassinés dès l'indépendance, sans que le gou ci uement de la France ne réponde à leurs appels au secours, abandonnant aux tortionnaires ses enfants qui se réclament d'elle. ll nous appartient de dire la vérité historique et de conserver leur mémoire en instituant le deuxième dimanche d'octobre, de chaque année, la "Journée Nationale des Disparus d'Algérie".
-----Certains des disparus ont été déclarés morts sans en avoir eu la preuve, alors qu'ils étaient en vie, d'autres sont ces 3 000 français en possibilité de survie qui ont fait l'objet du livre écrit par le capitaine Marc Louis Leclair à l'issue de ses recherches sur les lieux, avec le général Colladon ancien directeur du Comité International de la Croix Rouge, agence centrale des recherches et le général Bouvet. Que sont devenus celles et ceux, de toutes origines et religions, qui ont été enlevés, enfants et adolescents, filles et garçons, femmes et hommes en pleine jeunesse, d'âge plus mûr ou vieillards au terme de leur vie et, aussi militaires, appelés et de carrière, Harkis et supplétifs servant la France sous les plis de son drapeau et l'uniforme de son armée ? Nous sommes toujours sans aucune nouvelle d'eux. Pouvons-nous, devons-nous les oublier ? Des mères, pères et sueurs, frères, souffrent encore aujourd'hui dans l'attente soit d'un signe, soit d'un renseignement ; demain leurs descendants seront toujours dans la même incertitude. Un grand nombre n'est plus de ce monde. Mais comment les trépassés sont-ils morts, quand et pourquoi ? Où est enseveli leur corps ? Ont-ils été exécutés après jugement d'un tribunal ou égorgés ? Il nous faut le savoir.
-----Certains vivaient encore en 1986. Ils étaient 500 à 700 Français de toutes origines, retenus captifs en Algérie.
-----Cette information était connue au plus haut niveau de l'Etat et du gouvernement français. Elle ne fut pas diffusée, pour des causes politiques et stratégiques avec l'Algérie. Devons-nous étouffer la mémoire de ces disparus alors qu'en 1996, nous avons encore eu la certitude de la présence, en 1989, de survivants dont des européens, dans des mines, repérées, du Constantinois, où il y aurait des charniers Ceci exposé, il vous renouvelle en son nom personnel, et celui des familles éplorées, de toutes confessions et de toutes origines, sa supplique de prendre en considération la pieuse requête qui vous est faite et de lui faire donner la suite, digne de la France et, il se répète, à la mesure de ceux qui l'ont tant aimée, jusqu'à consentir, pour demeurer français sur leur sol natal, l'ultime sacrifice. 1 vous prie de bien vouloir agréer, Monsieur le Président de la République, l'hommage de son profond respect.

Gaston BAUTISTA

-----Nous rappelons notre devoir d'organiser des messes, le 2è dimanche d'octobre, journée nationale des disparus