IL Y A 54 ANS…. LES BARRICADES D’ALGER
  Par le docteur Jean-Claude PEREZ 
L’HISTRIONISME GAULLISTE


sur site : février 2014

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Nice, le 24 janvier 2014…..

                            IL Y A 54 ANS…. LES BARRICADES D’ALGER

                                      Par le docteur Jean-Claude PEREZ,

  L’HISTRIONISME GAULLISTE
5bis

« histrionisme(1) : attitude théâtraliste en relation avec une pathologie profonde, durable et invalidante du cerveau et de la conscience. »(Histrionisme : cette définition est une définition médicale. Car depuis 20 ans au moins, en médecine on refuse d’employer le terme d’hystérie. Ce terme a été remplacé par histrionisme. La définition que je vous propose est une définition d’un aspect majeur de l’hystérie.

 Voici un complément à l’étude précédente « L’histrionisme gaulliste 5 » que je me permets de vous adresser.

Pourquoi ce complément ? Pour  une seule raison : je suis un homme gâté par une chance immense. Celle de pouvoir compter sur de véritables amis. Et, comme il s’agit de véritables amis, ils ne me font pas de cadeaux !

Gilbert et Eliane ont noté un anachronisme dans l’histrionisme gaulliste 5. Comme ils me le font remarquer, il n’existait pas encore de télévision ou plutôt de téléviseurs dans les foyers algériens le 1er novembre 1954.

 

         Le soir du dimanche 1er novembre 1954, jour de la Toussaint Rouge, fut, pour moi, d’une brutalité inouïe. Je l’ai vécu comme un tournant qui nous engageait vers un inconnu plein de sordides traquenards. Un tournant non annoncé surgissait soudain dans la vie de ceux qui, comme moi, s’apprêtaient à faire face à un avenir prometteur.

Ce tournant, cependant, avait été relevé avec une rigoureuse précision scientifique par les services officiels de nos polices : les RG, la DST, le 2ème Bureau.

Souvenons-nous des rapports adressés au début de l’automne 1954 à Monsieur Le Trocquer, Garde des Sceaux et à François Mitterrand, ministre de l’Intérieur de la IVème République. Tout était possible en octobre 1954. Tuer la rébellion dans l’œuf était à la portée de nos services spéciaux. Mais Satan veillait. Il bénéficia du concours de « l’ange noir » qui s’apprêtait à mettre en œuvre l’assassinat de la France au sud de la Méditerranée.

 

         J’avais 26 ans et quelques mois. Docteur en médecine depuis le 31 mai 1954, après avoir soutenu une thèse sérieuse, laborieuse même, rédigée sous l’égide de Descuns, chef du service de neurochirurgie au Centre Barbier-Hugo de la faculté d’Alger.

J’avais projeté d’ouvrir un Cabinet à Bab-el-Oued, 1 rue de Châteaudun, dès l’accomplissement de mon service militaire. Tout me paraissait limpide dans ma vie, telle que je la concevais à cette époque.

Ce dimanche 1er novembre 1954, au soir, j’ai écouté par hasard des informations radiodiffusées : des attentats étaient déclenchés dans plusieurs secteurs du territoire algérien. Je dis bien : ce sont des informations que j’ai écoutées. Elles rapportaient un communiqué dans lequel un notable musulman nous annonçait depuis le Caire, qu’un combat était engagé en Algérie « pour le triomphe de l’arabisme et de l’islam ».

D’instinct ce soir-là, j’ai enregistré que tous les projets que j’avais formés pour la suite de ma vie (il y a 60 ans !) risquaient d’être bouleversés. Oui, j’ai pressenti à  cet instant, que tout allait changer. Plus rien ne serait comme avant. La mort allait nous menacer dans notre quotidien. L’esclavage de la France et de l’Occident était implicitement et universellement annoncé par la proclamation de l’émir qui s’adressait à nous depuis le Caire : « Pour le triomphe de l’arabisme et de l’islam ».

J’ai ressenti la gravité de la page d’histoire qui s’ouvrait. Une gravité totale qui nous imposait, à l’instant même, à nous les jeunes cadres de l’Algérie de savoir.

Savoir, tout banalement « de quoi il s’agissait ». Car  à partir de la seconde où un émigré algérien émigré au Caire, nous annonçait qu’un combat était déclenché pour le triomphe de l’arabisme et de l’islam, oui, il fallait d’abord comprendre. Il fallait tout connaître du drame qui se déclenchait ce 1er novembre 1954 sur un territoire qui, d’après la constitution de 1946, faisait partie intégrante du territoire de la République française.

Cette nécessité de savoir, je la ressentais d’autant plus que le lendemain du 1er novembre 1954, je devais rejoindre l’armée pour l’accomplissement de la durée légale de mon service militaire.

 

         Tout cela, il m’est arrivé de l’évoquer des milliers de fois. Mais…. oui c’est vrai….. ce n’était pas un communiqué télévisé que j’avais entendu. C’était un communiqué radiodiffusé, porteur d’un message riche de symboles. « C’était l’ancien monde qui s’adressait au monde moderne ».

 

         Ce qui était à la fois d’une importance redoutable et définitive, c’était bien cette information : on attaquait la terre française, on agressait la France, pour le triomphe de l’arabisme et de l’islam.

Une formulation qui confère son identité permanente, passée et actuelle, à l’agression dont la France fut l’objet en 1954, dont la France reste encore l’objet en 2014.

         Gilbert est néanmoins un critique indulgent. Il a eu la délicatesse de ne pas relever une faute d’orthographe à la page 14 de cette étude. « Qu’importait pour cette population le brillant succès de l’opération Jumelles ». Un moment d’inattention de ma part et voilà que je laisse passer un pluriel qui ne se justifiait pas. Je vous présente mes excuses pour cette coquille. Mais tous avez la possibilité de demander à Chantal de vous adresser un exemplaire corrigé de cette étude.

Gilbert qui me fait l’honneur et l’amitié de lire attentivement mes études, qui me déclare en retirer le meilleur profit possible, m’a fait connaître un sentiment que lui inspire cette étude relatée dans « l’histrionisme gaulliste 5 ».

En substance : « J’ai parfaitement compris l’affaire Si Salah telle que la concevaient les officiers défenseurs de l’Algérie française. Ceux qui « pensaient français » comme tu le soulignes. Ce n’était ni plus ni moins que le ralliement de l’ALN de l’intérieur aux forces armées françaises. C’était bien cela, dans leur perspective opérationnelle, le résultat espéré de l’affaire Si Salah ».

Gilbert à raison. C’est bien de cette opportunité qu’il s’agissait et ce n’était pas un rêve. A cette époque, en effet, en 1956 et 1960, pour un soldat français de confession musulmane qui désertait l’armée française pour rejoindre le FLN, trois combattants de l’ALN ralliaient l’armée française pour combattre le FLN. Dans l’esprit de nos militaires, l’affaire Si Salah s’identifiait au couronnement militaire du courage et des compétences de nos soldats.

 

         Mais pardonnez l’expression que je vais employer. En réalité, c’était de la frime. Ce n’était que de la  frime.

Car c’était pour l’autre raison, la raison réelle, c’est-à-dire pour le succès de la mission du commandant Si Azzedine qu’il fallait éliminer le commandement de la Willaya IV. Si Azzedine participait dans la réalité des faits, en collaboration avec le général Massu et De Gaulle, à une mission en obéissance stricte aux directives de son chef suprême, Ferhat Abbas. L’anéantissement de la Willaya IV largement implantée et très forte, était nécessaire pour permettre au pharmacien de Sétif d’accepter sans risque, l’offre de De Gaulle.  C’était une condition sine qua non pour lui, d’accéder à la sollicitation réitérée de De Gaulle d’un cessez-le-feu. Il fallait au tandem Abbas-Ben Khedda des garanties contre les maquis de l’intérieur. Ceux-ci prétendaient en effet faire payer très cher « aux extérieurs » de la rébellion algérienne, leur absence du combat sur le terrain. C’était cela la signification, ou plutôt l’identité réelle de l’affaire Si Salah : « faire tuer Si Salah et ses adjoints pour le service de Ferhat Abbas ».

En échange de ce service, celui-ci accepta le cessez-le-feu mendié par De Gaulle, dès le mois de juin 1958. Ce cessez-le-feu fut préalablement étudié dans « le plan Pompidou de juin 1958 » établi par Brouillet, secrétaire d’état aux affaires algériennes. Plan Pompidou préparé donc, au moment même où De Gaulle était à Alger pour lever l’enthousiasme en faveur de l’Algérie française.

 

         Evian ! Evian va surgir de l’histoire comme le symbole historique d’une défaite majeure de l’Occident. Pour le plus grand profit de l’arabisme et de l’islam comme l’avait annoncé un émir depuis le Caire, le 1er novembre 1954.

Evian, seconde défaite majeure de l’Occident depuis 711.

Après la bataille de Guadelete ou plutôt la bataille de Guadaranque entre Gibraltar et Carthagène de 711 qui a vu la défaite du roi chrétien Roderick contre « los agarenos invasores » « les envahisseurs musulmans », musulmans qui n’avaient rien d’arabe, c’est bien la capitulation gaulliste du 18 et 19 mars 1962 subie ou plutôt entérinée à Evian qui illustre le « second » désastre de l’Occident.

J’emploie le terme de second animé d’une préoccupation évidente. Une simple préoccupation de vocabulaire. Car j’exprime un vœu par l’intermédiaire du terme « second » :

celui d’attribuer au désastre d’Evian, une valeur de dernier désastre.

Subir une autre défaite, en effet, correspondrait à un arrêt de mort définitif pour l’Occident dont je rappelle une définition très réaliste : « L’espace terrestre sur lequel les chrétiens peuvent vivre libres sans crainte d’esclavage, de massacres, de génocides ».

C’est à nous, qui avons été lucides, qu’il appartient de procurer l’information et pourquoi pas de produire l’enseignement pour éviter une Troisième défaite qui soumettrait effectivement la France à « l’arabisme et à l’islam » comme l’avait annoncé l’émir algérien réfugié au Caire, le 1er novembre 1954.

Ce désastre, s’il devait s’accomplir dans les décennies à venir, ne serait certainement pas la conséquence d’une invasion extérieure. Il ne serait pas non plus la conséquence d’une pression des « émigrés » exercée à l’intérieur de notre territoire. Il illustrerait la manifestation progressive mais éclatante d’une contagion idéologique des mentalités sur le territoire métropolitain et plus généralement occidental. En réalité …. Un mimétisme arabo-islamiste.

Il serait révélateur d’une évolution vers un « arabisme endogène » identique à celui qu’ont développé en Espagne « los agarenos invasores » « les musulmans envahisseurs », qui avaient la particularité de n’être que des « invasores indigenas », « des envahisseurs indigènes » qui n’avaient rien d’arabe. C’est bien pour contrer cette évolution possible, le reniement du pacte de Reims entre Saint-Rémi au nom du Saint Esprit d’une part et les 3.000 Francs de Clovis d’autre part, qu’il faut nous tenir informés de la signification du passé, pour comprendre le présent et préparer en conséquence nos positions de combat, si nous sommes disposés à faire face.

Ce qui importe par-dessus tout, c’est de contrôler le passé pour affronter le présent et l’avenir avec une efficacité opérationnelle qui reste encore  à notre portée.

C’est au nom d’une vie que j’ai consacrée et que je consacre encore à bien capter la signification historique réelle du concept « Algérie française », que je vous sollicite périodiquement pour m’accompagner un peu dans cette ambition et surtout cet effort de vouloir comprendre.

Identifier le responsable majeur et unique de la défaite d’Algérie, disséquer les manœuvres ourdies et mises en œuvre à partir de la rue Solferino dans le VIIème arrondissement de Paris durant la période dite « de la traversée du désert du général De Gaulle », en réalité une fausse « traversée du désert », est d’une nécessité absolue pour comprendre, détecter et évaluer la menace « d’anéantissement historique » qui menace l’Occident aujourd’hui.

 

         Aujourd’hui, lors de la rédaction de ce message, coïncidence, nous sommes le 24 janvier 2014. Serge Jourdes, le capitaine Jourdes des Barricades d’Alger, m’a téléphoné pour évoquer le 54ème anniversaire du 24 janvier 1960. Commandant la compagnie opérationnelle des UT du Grand Alger, il est intervenu ce jour-là à un poste clef du déclenchement de cette journée. Lors de l’entretien téléphonique que nous avons tenu, nous avons exprimé, une fois de plus, notre conviction. Le 24 janvier 1960 fut la plus belle occasion de sauver l’Algérie française que Challe a refusé de saisir.

Le général en chef Challe, n’avait rien compris à la signification de cette semaine qui commençait. De même qu’à l’évidence, il n’a rien compris à l’identité réelle de la guerre d’Alger. Dans l’après-midi du 24 janvier 1960, il a reçu Joseph Ortiz. Il a partagé un sandwich avec lui et il a exhibé sa méconnaissance totale du moment historique qu’il était en train de vivre.

Il ne pouvait pas ne pas être informé du déroulement de l’affaire Si Salah qui était sur le point de s’accomplir à travers la trahison historique qu’elle représente alors qu’il commandait en chef. Il était exclu des négociations mises en route par Tricot et Mathon sur ordre direct de l’Elysée. La trahison se déroulait sous ses yeux. Il a fait comme s’il ne voyait rien.

Plus tard, quand en paiement de sa passivité lors de la semaine des Barricades, il fut décoré de la médaille militaire par De Gaulle, avant d’être relevé de son commandement, il fut pris d’un remords. Il osa le putsch du 21-22 avril 1941.

Mais, sous l’exigence particulièrement tenace du commandant Denoix de Saint-Marc, commandant du 1er REP, il refusa de faire intervenir la masse des civils d’Algérie dans le déroulement de ce coup de force militaire…. Exécuté comme si lui, Challe, avait peur de vaincre De Gaulle.

Il n’avait pas compris que De Gaulle en décembre 1960, avait organisé « les journées sanglantes de décembre 1960 », en Oranie et dans l’Algérois, dans le but d’effacer dans les mémoires les images enthousiastes du 13 mai 1958.

En 1961, lors du putsch, Challe disposait au 22 avril au matin, des moyens d’organiser l’anti décembre 1960 en ordonnant la mobilisation générale des UT qui auraient pu organiser, eux les UT, la levée en masse du peuple d’Algérie, peuple que lui, Challe, aurait dû appeler dans la rue. Je lui ai fait parvenir ce 22 avril par Godard, ce message et proposé de me charger de cette opération dans le Grand Alger. Il m’a fait répondre par l’intermédiaire de Denoix de Saint-Marc, très hostile à l’intervention des civils, quel le putsch devait rester une affaire de militaires.

 

Ce fut l’origine du combat de l’OAS dans lequel quelques centaines de Français d’Algérie et de métropole se sont engagés pour, envers et contre tout, tenter de sauver ce bastion fondamental de l’Occident que représentait l’Algérie française.

Merci à Serge Jourdes et à des dizaines d’autres qui m’engagent à poursuivre ce travail d’analyses et d’informations que je mets périodiquement à votre disposition.

Je continue donc en vous annonçant une prochaine étude sur le rôle fondamental joué par De Gaulle dans le développement de « L’onde de retour islamiste ». Ce sera dans le cours de « L’Histrionisme gaulliste 6 ». Je vous demande d’observer un peu de patience car il sera nécessaire auparavant de vous faire parvenir un « Histrionisme 5Ter » pour préciser la notion « d’onde de retour islamiste » que j’estime utile de vous faire connaître.

Encore une fois, bonne année à tous.

N’oublions pas le pacte de Reims !

  Jean-Claude PEREZ