la chronique de Marc Lysset
Pêle-Mêle
Juin 2005

"Aux Échos d'Alger ", n°89
sur site le 8-10-2005

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La spirale infernale
Laïcité ! Reniement ! Démission ! Quel avenir nous préparez-vous ?
Vous avez fait connaissance (AUX ECHOS D'ALGER n°87) avec cette enseignante anglaise qui a privé ses chères têtes blondes... ou rousses de la lecture d'un conte n'ayant jamais fait de mal à personne. Indésirables LES TROIS PETITS COCHONS. Tout çà parce que, dans un certain milieu, on n'invite pas la famille Cochon à sa table. De ce côté-ci de la Manche, l'une de ses consoeurs a considéré qu'elle ne pouvait pas apprendre à ses élèves à chanter AU CLAIR DE LA LUNE sans avoir reçu l'onction des familles.
Bien entendu, on n'allait pas en rester là. Le 6 décembre, c'est la Saint Nicolas. En passant, vous avez remarqué que, depuis longtemps, nos accortes présentatrices de la Météo, tout comme leurs collègues masculins, ont " évacué " les Saints. Au moment de prendre congé tous abrègent " Demain on fêtera les Nicolas ou les Félicien ". C'est tout.
Il y a autre chose. Le jour de la Saint Nicolas, dans l'Est de la France, dans le Nord et dans d'autres pays, on gâte les enfants. On leur offre des friandises, des cadeaux. On a toujours fait comme çà sauf à COUDEKERQUE-BRANCHE, près de DUNKERQUE, où, en 2004, des enfants ont été privés des chocolats tant attendus. La rai-son ? Scandalisée, une Adulte référente, comme on dit dans les I.U.F.M., a eu le regard attiré par une minuscule croix sur les mitres coiffant les figurines fournies par la municipalité. Une croix, même en chocolat, même appelée à disparaître rapide-ment, jamais on ne la tolèrera dans une école publique et laïque. Ne nous provoquez pas.
Quelques jours passent. Bientôt vont commencer les vacances d'hiver. Il n'est plus question de vacances de Noël, pas plus que de vacances de Pâques d'ailleurs. Mais là n'est pas l'essentiel. Comme chaque année, un sapin décoré a été dressé dans le hall du Lycée Von Dongen à LAGNY-sur-MARNE. Voilà qui n'est pas du goût de deux élèves - un chiffre à retenir : 2 sur l'ensemble des lycéens. Indignés, ils le font savoir sans ménagement à l'administration. Leur imposer de passer devant ce compagnon de route du Christianisme, vous n'y pensez pas. Sans tarder, il faut retirer cet importun que nous ne saurions côtoyer. Que, décoré, le roi de nos forêts soit un vieux symbole remontant aux Celtes, qu'il ait une origine païenne, sont des explications que refusent d'entendre les deux contestataires. " D'abord les Celtes, nous, on connaît pas. Quel dilemme pour un Proviseur qui ne veut pas avoir d'ennuis. Alors il a cédé. Tant pis pour la majorité qui est frustrée. Il y a des minorités auxquelles on se garde de répondre " NON ".
Réaction de la majorité. Elle voulait son sapin. Elle l'a eu. Puisque l'Administration du lycée s'était inclinée, elle érigea elle-même son sapin. Que ceux qui se trouvent mal à la vue d'un sapin au mois de décembre détournent les yeux. Voilà des jeunes qui ne se renient pas. Bravo.
Rapprochons cet incident du comporte-ment de nombreux Algériens à Noël 1962. Pour les entreprises exerçant encore quelques activités en Algérie, continuer à organiser une réunion amicale pour le personnel et les familles à cette occasion ne semblait plus opportun. Mais le personnel n'a pas accepté cette perte d'un " avantage acquis ". La visite du Père Noël n'indisposait personne. Comme les mentalités évoluent !!!

 

-Dans la plupart des cantines scolaires, on ne sert plus de porc. Une enseignante le déplorait récemment. Elle n'a pas apprécié une choucroute sans porc... ni riesling.
Pourtant on apprend que de plus en plus d'élèves refusent le moindre morceau de viande. Ce n'est pas de la viande " halai ". D'autres ne fréquentent le réfectoire que le jour où du poisson figure au menu. Ce n'est d'ailleurs pas nécessairement le vendredi.
Un autre comportement incontestablement " orienté " ? De jeunes enfants, dès la maternelle, font la grève des additions. Vous vous demandez pourquoi. Tout simplement parce que le signe " + est synonyme de croix.Le jour où on leur aura fait remarquer que le signe " x " (Multiplié) correspond à la croix de Saint André, s'abstiendront-ils de pratiquer les multiplications ?
Tout cela peut faire sourire certains. Est-ce ainsi qu'il faut prendre la chose ? D'autant plus que d'autres dérives sont constatées ici et là.
Ne cherchons pas à dresser une liste exhaustive de ces dérives. Ne citons que quelques exemples. Il y a ces élèves qui quittent le cours quand le professeur parle d'un auteur " non agréé ". Rousseau est contraire à ma religion " prétend l'un tandis qu'un autre trouve qu'une part trop belle est faite à la liberté de la femme chez Madame Bovary.
Des étudiants et étudiantes ne se gênent pas pour contester professeurs et examinateurs d'un autre sexe que le leur. En Education Physique et Sportive, certains exigent que soient séparés filles et garçons. Le matin serait réservé aux uns, l'après-midi aux autres.
Démission ! Reniement d'une culture, d'un passé que l'on ne cherche plus à défendre. Le " virus " n'a pas épargné les Etats-Unis. De l'autre côté de l'Atlantique, dans une langue apparentée à l'anglais, on substitue de plus en plus " Happy Holidays
(Bonnes Vacances) à " Merry Christmas " (Joyeux Noël).
Pourtant, réfléchissons un instant. Le pre?
mier faux pas, si on peut dire, ne date pas d'hier. Qui oserait contester le caractère laïque de la Croix Rouge. Quand on s'avisa de la doter d'un signe de reconnaissance, Henry DUNANT, son créateur a choisi, en 1863, le drapeau de son pays, la Suisse, dont il a inversé les couleurs, blanche et rouge. Cela n'a pas empêché nombre de pays de préférer dénommer Croissant Rouge leur Institution nationale. Et c'est nous que l'on qualifiera de sectaires.