sur site le 06-08-2003
-la chronique de Marc Lysset
Que vient faire l'AlGÉRIE EN FRANCE ?
"Aux Échos d'Alger " n°81, juin 2003

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Que vient faire l'AlGÉRIE EN FRANCE ?

-----Hervé BOURGES. L'ancien conseiller de BEN BELLA. Vous allez me dire que vous ne vous comptez pas au nombre de ses intimes. Moi, non plus. Cependant, comme tous ceux qui conservent leur regard tourné vers l'autre rive de la Méditerranée, vous n'ignorez rien du passé, des engagements de ce personnage. Vous avez été surpris en apprenant que c'est à lui qu'a été dévolu le privilège de présider le Comité d'organisation des manifestations appelées à marquer 2003, " L'ANNÉE DE L'ALGÉRIE EN FRANCE ". Pourquoi? Aujourd'hui, il ne faut s'étonner de rien.

-----L'ALGÉRIE EN FRANCE ! On cultive l'ambiguïté. Que faut-il comprendre? Certains - on les qualifiera de mauvais esprits - envisagent une nouvelle colonisation... partie du sud tandis que d'autres, considérant la situation dans de nombreuses banlieues, rétorquent que c'est déjà bien avancé.

-----Pour évoquer l'un des aspects du problème qui se pose maintenant, je préfère laisser la parole à Olivier PICHON, Professeur agrégé, Président du Mouvement pour une Éducation Nationale. Dans le n° 51 (janvier 2003) de la VOIX DES FRANÇAIS, Olivier PICHON, qui connaît bien son sujet révèle: " En janvier 2001, les directeurs d'écoles ont reçu, de leur Inspection académique, une circulaire dont l'objet est " Enseignements des langues et des cultures d'origine " (ELCO). On y lit " Il serait bon d'envisager la création de cours de marocain, tunisien et/ou algérien suivant les besoins ressentis par les familles ". Une lettre écrite en arabe algérien, arabe tunisien et arabe marocain est jointe pour que les maîtres la distribuent aux enfants. La traduction de cette lettre fait apparaître les propos suivants " Votre enfant peut recevoir à l'école un ennseignennennt fondé sur l'étude de sa langue natale [... ] Ces cours seront assurés par des enseignants algériens qualifiés ". Et la lettre de poursuivre: " Ces enseignements devront permettre à votre enfant de mieux connaître la langue et la culture de son pays ".
-----Non, vous ne rêvez pas. Quand les uns prônent l'intégration, les Services du Ministère de l'Education, dite Nationale, se permettent d'instituer un enseignement spécifique à l'intention de jeunes enfants nés pour la plupart en France et ayant vocation, de par la " loi du sol ", à devenir, un jour, des citoyens français à part entière - comme on disait jadis. Se référant à une " langue étrangère ", ils n'hésitent pas à employer l'expression " langue nationale " ce qui est aussi aberrant que d'insister sur la " langue et la culture de son pays ". Pour ces gens-là " son pays, ce n'est donc pas la France " !

-----Au siècle dernier, des générations d'enfants, issus eux aussi de l'immigration, ont appris, dans les écoles de la République: " Autrefois, notre pays s'appelait la Gaule... " sans que leur soient dispensés des cours d'italien, d'espagnol, de portugais, de polonais. Ils sont devenus " d'excellents Français " comme le chantait Maurice CHEVALIER.

-----Revenons à Hervé BOURGES. Il a mis à profit une tribune libre du Figaro pour faire la " promo " de son ALGÉRIE EN FRANCE. Deux extraits de ce long texte vous permettront d'apprécier son argumentation.
-----Première citation. "... Gérard DEPARDIEU vient de faire résonner les textes puissants et humains de Saint Augustin sous les voûtes de Notre Dame de Paris, redécouvrant pour l'occasion qu'Augustin d'Hippone, racine fondamentale de l'Église chrétienne, est d'abord un Algérien de l'Antiquité tardive ".

-----Un lecteur, à qui on ne la fait pas, n'a pas perdu de temps pour rétorquer!? Egaré par sa violente amitié pour les Algériens, Hervé BOURGES pousse le bouchon un peu loin lorsqu'il fait de Saint Augustin un Algérien avant la lettre. Pourquoi pas le père spirituel du F.L.N? "

-----Nous attendons de Monsieur Hervé BOURGES qu'il nous dise, sans rire, ce qu'il a trouvé de commun entre l'évêque d'Hippone, Saint Augustin, le Bônois et les descendants des envahisseurs venus de l'Est, les égorgeurs de la Guerre d'ALGÉRIE?

-----Bienheureux Saint Augustin qui n'a pas connu le 20è siècle. Hervé BOURGES peut-il jurer qu'il n'aurait pas été assassiné comme Mgr CLAVERIE, évêque, lui aussi, d'ORAN? Qu'il n'aurait pas subi le sort tragique des 7 moines trappistes de TIBHIRINE, enlevés, massacrés au mois de mars 1996 et dont seules les 7 têtes ont été retrouvées, le 21 mai, emballées dans des sacs en plastique accrochés à un arbre, à l'entrée de MÉDÉA ?

-----Le même Hervé BOURGES ne craint pas d'affirmer: " Le premier objectif de la France coloniale n'était pas d'exalter, ni d'encourager les expressions culturelles qu'elle rencontrait ". Pour lui répondre, donnons la parole au Cercle Algérianiste qui s'indigne: " C'est oublier que, dans les années 30, un mouvement culturel créé par Jean POMMIER en ALGÉRIE avait pour devise cette citation latine fort explicite " NIHIL ALGERIANI A ME ALIENUM ", ce qui se traduit par
RIEN DE CE QUI EST ALGÉRIEN NE M'EST ÉTRANGER
".

-----Le Cercle Algérianiste, qui perpétue ce mouvement, n'a évidemment pas été invité à participer à l'année de l'ALGÉRIE. En ont également été exclus tous ceux qui ont bien connu l'ALGÉRIE, province française pendant plus de 130 années. Comment s'étonner que nous ayons été si nombreux à envisager l'événement avec circonspection?

Une famille moderne
-----C'était à l'occasion du dernier voyage de Jacques CHIRAC en ALGÉRIE (2 au 4 mars). Répondant à l'envoyé spécial d'une chaîne de télévision, une Algérienne s'exclamait: " La France et l'Algérie, c'est comme une famille. On s'aime. Des fois, on se fâche. Après, on se raccommode. Et puis çà continue ".
Une famille! Peut-être? Mais alors une famille moderne. De celles qui placent leurs vieux parents dans une maison de retraite et se répartissent l'héritage pendant que les petits-enfants réclament leurs cadeaux pour Noël, les anniversaires.
-----Souvenez-vous. Un beau jour (si on peut dire), la fille Algérie a bouté France, sa vieille mère, hors du pays, oubliant que 132 années d'amour, de soins avaient transformé la gosse chétive, rachitique adoptée en 1830 en une belle femme que le monde entier regardait avec envie.
-----Aujourd'hui, ce sont ses propres enfants, à la recherche d'une assiette de couscous, de chorba, qui réclament des visas, toujours plus de visas, persuadés que Grand-maman ne les laissera pas tomber, ne les abandonnera pas. Ont-ils raison? Ont-ils tort?

 

-Bains de foule. Mains de sang

-----Un soleil éclatant. Le ciel, la mer qui se livrent une lutte pacifique pour savoir qui présente le bleu le plus lumineux.
-----Des drapeaux tricolores par milliers. Accrochés aux balcons. Barrant les rues, les avenues. Descendant en larges guirlandes le long des bâtiments publics.
-----Une foule en liesse, en délire. Une foule qui applaudit. Une foule qui clame sa joie. Une foule qui, en brandissant autant de drapeaux bleu, blanc, rouge, crie: " CHIRAC, CHIRAC ". Et les femmes qui poussent des youyous stridents.
-----Au milieu de cette foule, un gamin - 8 ans environ. Lui aussi agite frénétiquement son petit drapeau aux couleurs de la France en s'égosillant: " VIVE L'ALGÉRIE. VIVE LA FRANCE. VIVE L'ALGÉRIE FRANÇAISE ".
-----Non, ce n'est pas le 13 mai 58. A l'époque, le lieutenant CHIRAC n'était qu'un jeune officier de réserve, à la frontière marocaine, inconnu du monde politique.
-----Non, cela n'est pas arrivé à ALGER. C'était à ORAN, le 4 mars 2003. Le Président CHIRAC est en visite d'Etat dans ce qui fut notre province natale.
-----Sous les applaudissements, les cris de la foule, CHIRAC traverse ORAN en fête. ORAN qui a, depuis longtemps, oublié la tragédie du 5 juillet 1962. -----Les malheureuses victimes du massacre doivent se retourner dans leurs tombes tandis qu'une femme tend son bébé à CHIRAC. Il le prend. Il l'embrasse. Il le présente à son voisin. Peu habitué aux bains de foule, à une telle exaltation de son peuple, Abdelaziz BOUTEFLIKA PARAÎT PLUTÔT EMBARRASSÉ avec ce bambin dans les bras. Très vite, il retrouve ceux de sa mère.
-----CHIRAC, lui, continue à saluer la foule. Debout dans la Mercédés noire officielle, il lève bien haut les deux bras. Deux bras au bout desquels je vois deux mains. Oui, deux mains qui, la veille, ont serré celles de Yacef SAADI, l'ancien chef des poseurs de bombes de la Bataille d'Alger, et de sa complice Zohra DRIF. Oui, il a accepté de serrer ces mains qui resteront à jamais marquées du sang de leurs innocentes victimes.
-----Le lieutenant de réserve Jacques CHIRAC, ancien combattant de la guerre d'Algérie, a eu de l'avancement depuis. A-t-il oublié les crimes qui furent commis à cette époque? Alors, je vais me permettre de lui rappeler ce qu'a écrit Jean BRUNE, le grand écrivain pied-noir mort en exil: " LA SEULE DÉFAITE IRRÉPARABLE C'EST L'OUBLI ".

Le sceau du dey

-----Avant de partir pour ALGER, Jacques CHIRAC a fait procéder à l'achat du sceau de l'ancien dey.
-----Dans le cadre des petits cadeaux échangés entre Chefs d'Etat, il en a fait don à son homologue algérien Abelaziz BOUTEFLIKA. Il s'agissait bien d'en faire don et non de le rendre comme l'ont écrit, à tort, la plupart des journalistes. Le Président algérien ne l'ayant jamais possédé auparavant, il ne pouvait être question d'une restitution. Mais était-ce une attention vraiment délicate que rappeler la victoire du maréchal de BOURMONT qui vint le déposer aux pieds du roi LOUIS-PHILIPPE encore rouge du sang que n'avaient pas versé les farouches guerriers qui veillaient sur le dey.
-----Et maintenant que fera BOUTEFLIKA de ce sceau? L'utilisera-t-il pour sceller le décret, la loi que tout le monde attend et qui donnera aux Harkis le droit de rendre visite à leurs familles demeurées en ALGERIE?

Télévision - Carton rouge

-----Pour célébrer l'année de l'Algérie en France, les chaînes de télévision vont se " déchaîner".
-----Documentaires, fictions mettant en scène des événements vécus ou nés de l'imagination de leurs auteurs vont se succéder sur nos petits écrans. Je renonce à les visionner tous. Je me contenterai de parler rapidement d'une seule de ces superproductions. ARTE lui a consacré deux soirées les 12 et 19 février.
-----Il s'agit, paraît-il, d'un témoignage. Ce ne peut être qu'un chef d'œuvre. Pensez celui qui témoigne " ne prend pas de gants pour raconter les exactions commises au nom de la France ", relève un critique. Il devait certainement être présent. Il a dû essuyer le sang des malheureux terroristes.
-----Mais, au fait, qui est-il ? On nous apprend qu'il a été incorporé comme infirmier. Mais très vite il a choisi de déserter. Il gagne la Suisse, choix judicieux puisque la Suisse est, par tradition, neutre. Plus tard, il deviendra grand reporter à la Télévision Suisse Romande.
-----Passons sur l'honneur fait à un déserteur invité à vomir sa haine sur une chaîne de Télévision publique. -----Du haut des montagnes suisses il a eu une vue magnifique, imprenable sur ce qui se passait en ALGÉRIE.
-----Laissons donc le mot de la fin à BEN BELLA, invité, qui conclut: " Cette guerre a duré 6 ans pour rien ". Les Algériens, à la recherche de visas, apprécieront.