sur site le 4-05-2003
-la chronique de Marc Lysset
Le Développement Durable et Intifada
"Aux Échos d'Alger " n°79,, décembre 2002

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DÉVELOPPEMENT DURABLE.

-----Curieuse expression qui, un beau matin, s'est engouffrée brusquement dans notre univers et qui, depuis, fait florès.
-----DÉVELOPPEMENT DURABLE. Deux mots dont l'association insolite frôle le pléonasme. Tous ceux qui, par éducation, formation, n'adhèrent pas au club des artisans de l'éphémère ne peuvent concevoir d'entreprendre quoi que ce soit, de développer un projet autrement qu'avec un objectif de durée, de longévité.
-----DÉVELOPPEMENT DURABLE. Le sujet doit cependant être d'importance. Songez que, dans notre actuel Gouvernement, il relève des attributions de deux de nos Excellences. Ayant en charge le Ministère de l'Ecologie et du Développement Durable, Roselyne BACHELOT-NARQUIN est assistée de Tokia SAIFI en qualité de Secrétaire d'Etat au Développement Durable.
-----DÉVELOPPEMENT DURABLE. Un substantif et un adjectif qui font déplacer la terre entière. De RIO, PORTO ALEGRE - rien à voir avec Claude, le chasseur de mammouths - à JOHANESBOURG pour nous en tenir à quelques manifestations récentes, combien de milliers, de dizaines de milliers de personnes ont fait le déplacement? Des Chefs d'Etats, de Gouvernements, des Ministres, des Conseillers et encore beaucoup plus de contestataires venus faire entendre leur opposition avant même l'ouverture des discussions et surtout se faire voir, passer à la télé. Ne soyons pas curieux. Ne cherchons pas qui paie la facture.
-----Mais savez-vous en quoi consiste exactement le DÉVELOPPEMENT DURABLE? Peut-être pas. N'en rougissez pas. Personne n'a pris la peine de vous l'expliquer. N'en faites pas un complexe. Beaucoup de nos chers députés - chers à nos impôts - sont dans le même cas. Jugez plutôt. Lors d'une enquête, un journaliste leur demandait d'indiquer le domaine dans lequel évolue MI', Tokia SAIFI, Secrétaire d'Etat au Développement Durable. Ne perdons pas notre temps. Deux réponses suffiront. Pour l'un " Elle s'occupe d'un truc (sic) européen " tandis qu'un second pense " qu'elle fait un peu dans le social ". Sans commentaires. Au fait, à combien s'élèvent les indemnités mensuelles des parlementaires?
-----Revenons au DÉVELOPPEMENT DURABLE et essayons de comprendre de quoi il s'agit.
C'est une notion assez abstraite. Qui pourrait s'en étonner? Au plan macroéconomique, l'objectif est de créer un développement qui, en même temps, " réponde aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs ".
-----Vous voyez, c'est tout simple. Pourquoi ne pas y avoir pensé plus tôt? Le DÉVELOPPEMENT DURABLE est source d'obligations, de devoirs. S'il convient de pourvoir à la satisfaction des besoins actuels, en ne négligeant pas les indispensables évolutions, adaptations et en recherchant l'efficacité économique créatrice dé valeur solide et récurrente, il importe cependant de ne pas hypothéquer l'avenir et, à cette fin, de ne pas perdre de vue le respect de l'environnement tout en contribuant au progrès social. D'une façon générale, chacun doit assumer ses responsabilités vis-à-vis de la société. Très délicate et subtile alchimie pour concilier des impératifs souvent contradictoires.
-----La grande idée c'est que nous devons veiller à préserver l'héritage que nous allons transmettre à nos enfants. Cet héritage, ce n'est pas seulement quelques biens matériels. Il faut comprendre le " monde " dans son étendue, sa diversité avec ses mers, ses océans, ses fleuves, ses glaciers, ses forêts, ses campagnes, etc. sans oublier l'atmosphère, la stratosphère.
-----En quelques mots, voilà l'essentiel de ce que l'on peut dire du DÉVELOPPEMENT DURABLE, une notion qui ne nous a jamais été vraiment étrangère. Souvenez-vous. Quand, dans la MITIDJA et ailleurs, nos pères ont asséché les marécages infestés de moustiques, vecteurs du paludisme, et les ont remplacés par de magnifiques orangeraies, des cultures vivrières, ils avaient pour but la transformation d'une terre jusque-là hostile en un verdoyant jardin. Mais ils ont également oeuvré au profit des générations de toutes origines qui leur ont succédé. Celles-ci ont échappé à la mortelle maladie. Alors, comme Monsieur JOURDAIN faisait de la prose sans le savoir, nos pères pratiquaient-ils le DÉVELOPPEMENT DURABLE avant que la chose soit inventée. De sacrés précurseurs.

 

Intifada

-----22000 voitures incendiées en 2001. C'est le Ministère de l'Intérieur qui l'a annoncé. 18000 dans les grandes agglomérations, 4000 dans les localités de campagne. 22000, c'est une voiture pour moins de 3000 habitants, bébés et vieillards compris.
-----Bien a l'abri dans son beau bureau, un Haut Responsable de la Direction Centrale de la Sécurité Publique remarque " Aux classiques fraudes à l'assurance se sont ajoutées, au fil des années, des actions d'auteurs de plus en plus jeunes qui vivent ces opérations de destruction comme un jeu ".
-----Voilà qui est élégamment exprimé ! Politiquement correct ! Assez d'hypocrisie. L'âge n'est pas une excuse. Cessons de " noyer le poisson ". Tous les jeunes ne sont pas des voyous. Heureusement. Mais les jeunes qui se livrent à de tels jeux sont des voyous. Alors pour désigner ces excités, ne parlons plus de " sauvageons ", ni même de " merdeux " comme Michel CHARASSE. Ne recherchons pas un quelconque euphémisme. Il faut appeler un chat un chat, un fripon un fripon, un vaurien un vaurien, etc.
-----Sur le terrain, plus réaliste, un commissaire précise " L'augmentation de ces actes atteste aussi que la notion de représailles a pris des proportions inquiétantes dans certains quartiers. On brûle la voiture du voisin pour une réflexion, celle du professeur pour une mauvaise note. Et je ne parle pas des voitures incendiées devant les Palais de Justice quand les magistrats appliquent simplement la loi ".
-----Sans négliger les tags, les banquettes de métro lacérées, etc., il y a les voitures incendiées et encore beaucoup d'autres marques d'hostilité. Non, Monsieur le Haut Fonctionnaire, user de la provocation, mettre le feu aux poubelles pour attirer les pompiers et ensuite les accueillir avec des jets de projectiles de toutes sortes, ce n'est pas un jeu. Quand les policiers, les gardiens d'HLM, tous ceux qui portent un uniforme ou représentent un semblant d'autorité sont insultés, attaqués, quand on procède au caillassages des trains, des bus, quand on agresse les chauffeurs de ces derniers, on ne joue pas, on se conduit en délinquants.
Sans éclats de voix, c'est le commissaire qui, l'ayant compris, explicite vraiment la situation. Bien trop souvent, c'est une soif de vengeance qui anime les fauteurs de troubles. " Dérangé " en plein cambriolage, l'un de leurs camarades, pour tenter d'échapper à la police, plonge dans un canal et se noie. Un autre, ne maîtrisant pas la moto qu'il vient de dérober, dérape en s'enfuyant. Un dealer, pris en flagrant délit, est appréhendé. Quelques cas ayant donné lieu à vengeance. Chaque fois, on n'a pas hésité. On s'est empressé d'incendier les voitures des voisins. Ce sont de braves pères de famille qui, souvent, les avaient achetées d'occasion. Ce n'est pas de nature à arrêter les voyous.
-----Ces énergumènes ont la haine. De quoi? Inutile de poser la question. Les avez-vous entendus répondre à des journalistes les interviewant pour la télévision? Avez-vous remarqué avec quelle hargne ils clament " J'AI LA HAINE ". Ce n'est pas la peine d'essayer d'obtenir une explication.
-----Tous ces actes délictueux, répréhensibles et qui demeurent généralement impunis, ne vous font penser à rien? Adoptant la technique du harcèlement, lequel est de plus en plus agressif, ils ont importé en France l'intifada. Ceux dont la mission est de les neutraliser ont-ils pris l'exacte mesure de son caractère de gravité?
-----Le comble c'est quand, dans un lycée français, le proviseur est agressé par une meute déchaînée de jeunes excités qui exigent qu'une minute de silence soit observée par l'ensemble de l'Etablissement pour saluer la mémoire d'un de leurs camarades qui, malheureusement, a trouvé la mort en essayant de se soustraire à la justice au moment où il allait être arrêté porteur du produit de son dernier vol. Non, vraiment, les incivilités sont depuis longtemps dépassées.