Alger,Tipasa
LE TOMBEAU DE LA CHRÉTIENNE
Afrique du nord illustrée du 31-1-1920 - Transmis par Francis Rambert

Que l'on se trouve du coté de la Mitidja ou de l'autre côté du Sahel, le tombeau de la Chrétienne apparaît de très loin aux yeux du voyageur cheminant dans la plaine. Au sommet de cette colline qui va de Bérard à Tipasa, sa masse énigmatique s'élève vers le ciel et bosselle l'horizon tranquille de sa mystérieuse éminence.

Puis, à mesure que l'on se rapproche, cette masse confuse prend forme, des détails s'accentuent, et. l'on se trouve en présence d'un vaste, édifice cylindrique à facettes reposant sur un plateau carré surmonté d'un cône à gradins. Les dimensions primitives qui atteignaient quarante mètres pour la hauteur et soixante quatre mètres de. diamètre à la base, ne se sont guère modifiées.

Soixante colonnes engagées, d'ordre ionique très ancien, courent tout à l'entour du monument percé de quatre portes, situées aux quatre points cardinaux.

On pénètre dans l'hypogée par une ouverture pratiquée au-dessus de la fausse porte Est. A peine entré, le visiteur se trouve dans un caveau de forme rectangulaire appelé " caveau des lions". Dans le fond de celui-ci on aperçoit, encore une fouille remontant à l'époque byzantine et, qui s'avance, sur une longueur de sept mètres environ, au-dessous de l'édifice.

Au-dessus d'un passage sont ciselés dans la pierre le lion et la lionne qui ont donné leur nom à. ce premier caveau. Ces animaux symbolisaient, dans les tombeaux de l'ancienne Égypte, le dieu Shou, un des noms du soleil levant, et la déesse Tawnout, fillee de ce dernier.

De ce caveau, part un escalier donnant accès à un couloir spacieux qui mène aux chambres funéraires et où sont aménagées de petites niches, destinées à recevoir, comme dans les catacombes de l'antique Rome, des lampes en ferre cuite.
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2.-A PROPOS DE L'ORIGINE DU TOMBEAU DE LA CHRÉTIENNE
Afrique du nord illustrée du 6-1-1923 - Transmis par Francis Rambert

3.- LE TOMBEAU DE LA CHRÉTIENNE
Afrique du nord illustrée du 1-9-1923 - Transmis par Francis Rambert

ici, juin 2021

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A PROPOS DE L'ORIGINE DU TOMBEAU DE LA CHRÉTIENNE

LE TOMBEAU DE LA CHRÉTIENNE

Que l'on se trouve du coté de la Mitidja ou de l'autre côté du Sahel, le tombeau de la Chrétienne apparaît de très loin aux yeux du voyageur cheminant dans la plaine. Au sommet de cette colline qui va de Bérard à Tipasa, sa masse énigmatique s'élève vers le ciel et bosselle l'horizon tranquille de sa mystérieuse éminence.

Puis, à mesure que l'on se rapproche, cette masse confuse prend forme, des détails s'accentuent, et. l'on se trouve en présence d'un vaste, édifice cylindrique à facettes reposant sur un plateau carré surmonté d'un cône à gradins. Les dimensions primitives qui atteignaient quarante mètres pour la hauteur et soixante quatre mètres de. diamètre à la base, ne se sont guère modifiées.

Soixante colonnes engagées, d'ordre ionique très ancien, courent tout à l'entour du monument percé de quatre portes, situées aux quatre points cardinaux.
On pénètre dans l'hypogée par une ouverture pratiquée au-dessus de la fausse porte Est. A peine entré, le visiteur se trouve dans un caveau de forme rectangulaire appelé " caveau des lions". Dans le fond de celui-ci on aperçoit, encore une fouille remontant à l'époque byzantine et, qui s'avance, sur une longueur de sept mètres environ, au-dessous de l'édifice.

Au-dessus d'un passage sont ciselés dans la pierre le lion et la lionne qui ont donné leur nom à. ce premier caveau. Ces animaux symbolisaient, dans les tombeaux de l'ancienne Égypte, le dieu Shou, un des noms du soleil levant, et la déesse Tawnout, fillee de ce dernier.
De ce caveau, part un escalier donnant accès à un couloir spacieux qui mène aux chambres funéraires et où sont aménagées de petites niches, destinées à recevoir, comme dans les catacombes de l'antique Rome, des lampes en ferre cuite.

Aux deux-tiers environ du couloir on rencontre de nouvelles fouilles s'étendant sur une distance de. seize mètres. Les objets qui y furent trouvés, monnaies qui pour les plus récentes dataient de l'époque byzantine, débris de poterie et de plats décorés de symboles chrétiens tels que le monogramme du Christ, la croix gemmée et. la colombe semblent indiquer clairement que cette dernière fouille remonte à l'époque romaine.

En s'enfonçant plus avant, dans la galerie, après un tournant brusque, on pénètre dans les deux caveaux funéraires du centre de l'hypogée;.
La fermeture en était assurée par des portes en forme de dalles qui s'ouvraient à l'aide d'un levier. Toutes ces dalles furent brisées lors de la violation des caveaux.

En 1865, époque à laquelle MM. Berbrugger et Mac Carthy explorèrent; l'hypogée, ces chambres funéraires étaient complètement vides.
De nos jours, quelques archéologues croient fermement à l'existence probable d'autres caveaux souterrains.

La chose ne parait, pas impossible et semble devoir être exacte; si l'on se trouve en présence d'un mausolée destiné à quelque empereur romain. Si, au contraire, ce mausolée est un tombeau indigène, l'hypothèse d'autres caveaux doit être rigoureusement écartée.

Bien des faits, cependant, semblent, légitimer la deuxième version.

La plus vieille mention qui ait été faite au Tombeau de la Chrétienne; remonte en l'an 25 ou 26 de notre ère. A cotte époque, Pomponius Mela relate et consigne dans son ouvrage De Sila Orbis la présence, à l'Ouest d'Iol, sur le bord de la mer, jadis inconnu et illustre à présent pour avoir été la cité royale de Juba, le mausolée commun à la famille royale.

Dans le texte latin, Juba fuit indique que Juba était déjà mort, à l'époque de cette narration. Juba mourut en l'an 23 ; sa femme Cléopâtre Seléné était morte quelques années auparavant, on en déduisit par la suite qu'ils avaient dû être déposés dans ce mausolée.

Si ce fait s'était produit; il est de toute évidence que Pomponius Mela, qui écrivait deux ans après la mort de Juba, l'eut mentionné en relatant dans son ouvrage la présence, à l'Ouest d'Iol, de ce mausolée commun à la famille royale, monumentum commune regiae gentis.

Une autre remarque très importante vient naturellement aussi à l'esprit, de ceux qui soutiennent, non sans raisons, que le Tombeau de la Chrétienne fut la sépulture, de quelque chef indigène. La coutume romaine, tout à l'opposé de la coutume indigène, exigeait que l'on inhumât les morts et les personnages officiels à l'entrée des villes et en dedans de l'enceinte. Or, le Tombeau de la Chrétienne, loin de réaliser cette dernière condition, se trouve, au contraire, éloigné et situé sur une colline des environs de la ville de Juba.

D'autre part, dans ses Acta Sanctae Salsae, un écrivain de l'époque nous dit de quelle profonde vénération les indigènes de la région de Tipasa entouraient les premiers rois arabes du pays, avant l'occupation romaine.

En 1914, des fouilles faites dans une basilique, près de Tipasa, mirent à jour une mosaïque dont l'Afrique du Mord Illustrée donna une reproduction, et sur laquelle se distinguaient, des figures de chefs indigènes du pays. Au centre se trouvaient, représentés un homme, une femme et un enfant enchaînés.
Il ne serait pas étonnant que nous ayons sous les yeux, sur la mosaïque découverte dans l'abside de la. basilique de Tipasa, les traits de ceux qui furent les rois ou les chefs du pays et dont le Tombeau de la Chrétienne aurait été la sépulture.

Il est présumable que ce mausolée fut ouvert lors des premières invasions et depuis la trace, de l'entrée primitive a complètement disparu.
Pendant de nombreux siècles l'histoire est muette sur ce sujet et nul écrit ne mentionne l'existence de ce monument funéraire.
Les premières recherches dont il nous reste un souvenir précis datent de 1555. Elles furent entreprises par Salah Raïs, pacha d'Alger. A cette époque le tombeau était presque intact et Salah Raïs eut l'idée, pour se pratiquer une brèche dans l'édifice, d'en démolir une partie à coups de canon.
Ces recherches demeurèrent infructueuses, comme toutes celles, du reste, qui suivirent jusqu'en 1865, date à laquelle MM. Berbrugger et Mac Carthy parvinrent à résoudre la première partie de ce problème historique et archéologique.

Il ne reste plus.à l'heure actuelle qu'à démontrer l'existence ou la non existence des caveaux que l'on suppose enfouis encore sous le mausolée.

Une série de sondages, faite dans la masse même du monument, jusqu'au niveau du sol el. du niveau du sol jusqu'à une profondeur de H'"0"> par les soins de
MM. Berbrugger et Mac Carthy a démontré que le sol de la galerie intérieure se trouvait à'I 111 03 au-dessus du terrain vierge.

Du sol du monument jusqu'à une profondeur de Nm 03, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de l'espace recouvert parl a base du mausolée, on n'a rencontré que des couches de grès argileux rouge, de la marne jaunâtre pure et de la marne sableuse ; en conséquence, rien à espérer jusqu'à cette profondeur.

Ce n'est qu'à soixante-trois mètres de profondeur, d'après les constatations que j'ai pu faire au cours de récents travaux hydrologiques entrepris dans les parages immédiats du Tombeau de la Chrétienne, que l'on rencontre une épaisseur de banc calcaire d'une soixantaine de mètres d'épaisseur.

Il faudrait, alors supposer les chambres sépulcrales creusées dans cette couche calcaire, et. leur accès n'en serait permis que par le palier de la porte Est dont les pierres sont, agrafées au moyen d'attaches de bois et de plomb en forme de queues d'aronde, reliées de la même manière que les assises de pierre du monument.

Là, peut être, et seulement là, existe, à une centaine de mètres de profondeur, l'entrée des caveaux.

Espérons qu'un jour prochain de nouvelles recherches éclairciront enfin le mystère dans lequel demeure, obstinément, enveloppé, depuis vingt siècles, le monumentum commune regiae gentis !

 

A PROPOS DE L'ORIGINE DU TOMBEAU DE LA CHRÉTIENNE

A PROPOS DE L'ORIGINE DU TOMBEAU DE LA CHRÉTIENNE

On a parlé souvent de ce mausolée dominant, d'une croupe du Sahel, toute la plaine de la Mitidja. Jusqu'à ce jour on en était réduit à des conjectures sur son origine et sur l'époque à laquelle il fut élevé. Seul un texte de quelques mots, d'un géographe du Ier siècle, indiquait, en signalant les principales villes de l'Afrique septentrionale de son temps, ce monument qui, à cette époque, avait son importance, par ces simples mots Monunentum commune regiae gentis (Monument commun de la famille royale). Depuis cette unique mention du tombeau, rien n'est venu éclaircir son histoire. Ces derniers temps, lors de la restauration partielle de ce mausolée par le Service des Monuments historiques et sous la direction de M. Marcel Christofle, architecte de ce service, de nouvelles découvertes paraissant au premier abord insignifiantes, éclairèrent d'un jour nouveau l'histoire de ce monument. Il s'agissait de traits tracés sur un certain nombre de pierres d'assises du tombeau, que M. Marcel Christolfle prit soin de recueillir au fur et à mesure de leur découverte.

Or, sur les monuments élevés dans la période antérieure à l'occupation romaine et les édifices indigènes, se retrouvent les mêmes signes que ceux rencontrés sur les pierres d'appareillage du Kober Roumia ou Tombeau de la Chrétienne. En identifiant l'alphabet d'où proviennent ces signes, on pourra déterminer l'époque à laquelle ce mausolée fut élevé. En les comparant avec les caractères de l'alphabet phénicien ou punique (car il ne faut pas oublier que le punique était le phénicien des colonies africaines avant l'occupation romaine, ainsi que le mentionnent des historiens tels que Strabon, Procope et Saint-Augustin), on s'aperçoit qu'ils ressemblent étrangement aux caractères phéniciens ou puniques. Il y a toutefois une remarque très importante à signaler, c'est que ces signes ne sont pas isolés et forment des phrases écrites comme les écrivaient les Tamahou, ancêtres des Numides, en relation étroite avec les Égyptiens, dont ils avaient emprunté le système graphique, encore conservé chez les Touaregs, et spécialement réservé aux inscriptions funéraires. En dehors de la similitude des caractères relevés sur les pierres du Tombeau avec l'écriture en usage de nos jours chez les Touaregs, il y a lieu de noter qu'une certaine analogie existe entre le genre de sépulture du Tombeau et celui pratiqué parmi les tribus nomades des Chambaa. Il existe, dans les monuments funéraires de ces peuplades sahariennes, la même orientation Nord-Sud du caveau central, avec petit plateau à l'Est précédant l'entrée et allée tournant autour de la crypte, comme au Tombeau de la Chrétienne ; les mêmes caractères d'inscriptions funéraires s'y remarquent aussi.

Il n'y a rien d'impossible à ce qu'à une époque très lointaine les ancêtres des maîtres du désert aient habité les bords de la mer et que, par suite de refoulements successifs, ils aient été repoussés dans le désert. Si l'on relève, sur la carte archéologique, les emplacements signalés des tombeaux indigènes, depuis la Tunisie jusqu'au désert, on peut suivre la marche des anciens peuples indigènes et constater leur refoulement progressif, ainsi que les endroits où ils ont séjourné le plus longtemps ; ces endroits sont marqués par un grand nombre de bazinas, chouchets et djeddars.

Parmi ces tombes, il y en a de plus importantes les unes que les autres, cylindriques comme le Médracen et le Tombeau de la Chrétienne, avec des diamètres supérieurs à 50 mètres, mais n'ayant pas les mêmes décorations et qui ont pu, elles aussi, être les tombes des principaux chefs indigènes du pays. Il serait utile, pour l'histoire, de faire une étude approfondie de ces nombreuses nécropoles et de se rendre compte si elles appartiennent au même peuple dont le mausolée du Kober Roumia abrita la dépouille de l'un des principaux rois.

Nous donnons ci-contre les principaux signes trouvés sur les pierres d'assises du Tombeau. Nous nous sommes efforcés d'en faire la traduction au moyen d'un dictionnaire Tamaheq ; ils reproduisent assez exactement les termes en usage avant le premier siècle chez les tailleurs de pierre. Le signe n° 1 parait signifier auprès, à côté, contre ; le n° 2, qui est un caractère composé d'un V et d'un D, signifierait dans cet endroit-là ; ce même signe se retrouve sur les pierres de l'amphithéâtre d'El-Djem, en Tunisie. II y aurait là un certain rapprochement à faire pour déterminer l'époque de la construction de ces deux édifices. Le n° 3 parait marquer une destination : le n° 4 se traduit par enfoncer auprès ; le n° 5, enfoncer contre. Un certain nombre de pierres portent le signe n° 6, qui parait se traduire par le verbe excéder, outrepasser, aller au delà ; ce signe se retrouve principalement sur les tambours des colonnes qui entourent le monument ; l'interprétation de outrepasser, excéder et aller au delà serait donc assez justifiée. Le n° 7 signifierait à la place de : la suivante, n° 8, à côté de ; le n° 9, à la place de ; le n° 10, envelopper ; le n° 11, rouler ; d'autres, sous les n° 12 à 16 reproduisent des caractères purement phéniciens, mais dans le genre de l'écriture des Tamalous, et paraissent former des phrases ; des n° 17 à 22 sont simplement des caractères phéniciens séparés.

D'après ces nouvelles découvertes, on est à même de voir que ce mausolée porte sur lui la signature de ceux qui l'ont élevé à la gloire de leur chef, mais ces empreintes ne nous donnent pas, malheureusement, la date de son érection...
Ce qui est certain, c'est que ce Tombeau, par ses signes, est certainement d'origine punique et qu'il existait déjà vers l'an 45 de noire ère, époque où Pomponius Mela vivait.

Dans un prochain article nous verrons en quel honneur ce Tombeau fut élevé et vers quelle époque.

N. D. L. R. - Il n'est pas dans nos intentions le discuter les hypothèses hardies de notre excellent collaborateur, M. Henri Murat, et nous accueillerons, avec le plus vif intérêt, les données nouvelles qu'il apportera sur le mausolée mystérieux. Rappelons, toutefois, qu'à ce jour l'histoire et les légendes le plus généralement admises de ce tombeau sont les suivantes :
" Ce mausolée dont un auteur latin du Ier siècle après J.-C, Pomponius Mela, constate l'existence, dit M. Monmarché, a servi de sépulture à une famille de rois maures, monumentum commune regiae gentis. On admet d'ordinaire, mais sans preuve, certaine, qu'il représente un tombeau punique datant du Iième siècle avant J.-C.

Le peuple arabe a sa légende du Tombeau de la Chrétienne. Un Arabe de la Mitidja, nommé Ben Kassem, ayant été fait prisonnier de guerre par les chrétiens, fut emmené en Espagne, où, vendu comme esclave à un vieux savant, il ne passait pas de jour sans pleurer sur sa captivité. " Écoute, lui dit un jour son maître, je puis te rendre à ta famille et à ton pays, si tu veux me jurer de faire tout ce que je vais te dire. Tout à l'heure, tu t'embarqueras ; quand tu verras ta famille, passe trois jours avec elle ; tu te rendras ensuite au Tombeau de la Chrétienne, et là, tu brûleras le papier que voici, sur le feu d'un brasier et tourné vers l'Orient. Quoi qu'il arrive, ne t'étonne de rien et rentre sous sa tente. Voilà tout ce que je te demande en échange de la liberté que je te rends. " Ben Kassem fit ponctuellement ce qui lui avait été recommandé ; mais à peine le papier qu'il avait jeté dans le brasier fut-il consumé, qu'il vit le Tombeau de la Chrétienne s'entr'ouvrir pour donner passage à un nuage de pièces d'or et d'argent qui s'élevait et filait du côté de la mer, vers le pays des chrétiens. Ben Kassem, immobile d'abord à la vue de tant de trésors, lança bientôt son burnous sur les dernières pièces, et il put en ramener quelques-unes. Quant au tombeau, il s'était refermé de lui-même. Ben Kassem garda longtemps le silence ; mais il ne put à la fin se retenir de conter une aventure aussi extraordinaire qui fut bientôt connue du pacha lui-même. La légende veut que ce pacha ait été Salah Raïs, qui régna de 1552 à 1556. Salah Raïs envoya aussitôt un grand nombre d'ouvriers au Tombeau de la Chrétienne, avec ordre de le démolir et d'en rapporter les trésors qu'ils y trouveraient. Mais le monument avait été à peine entamé qu'une femme, apparaissant sur le sommet de l'édifice, étendit ses bras sur le lac, au bas de la colline, en s'écriant : "Halloula ! Halloula ! à mon secours !" Et aussitôt une nuée d'énormes moustiques dispersa les travailleurs qui ne jugèrent pas à propos de revenir à la charge. Plus tard. Baba Mohammed ben Othmane, pacha d'Alger, de 1766 à 1791, fit démolir à coups de canon, et sans plus de succès, le revêtement Est du Tombeau de la Chrétienne. "


 

LE TOMBEAU DE LA CHRÉTIENNE

LE TOMBEAU DE LA CHRÉTIENNE

Dans un précédent article, notre collaborateur, M. Henri Murat, s'était efforcé de démontrer, par l'examen de certains signes relevés sur les blocs composant le Tombeau de la Chrétienne, que ce mausolée remontait à une lointaine époque postérieure à la construction du Medracen, autre mausolée des anciens rois de Numidie, situé dans le département de Constantine.

Voici la. continuation de l'exposé de M. Henri Murat :
... A côté des preuves épigraphiques quee nous avons apportées ici même, nous allons, autant qu'il sera-possible de le faire, exposer les raisons de notre conviction en nous appuyant sur l'Histoire des rois qui se sont succédé dans la région de Cherchell, afin de donner l'explication la plus claire possible de la mention monumentum regiae gentis que consacre Pomponius Mela au tombeau, dans son ouvrage intitulé De situ orbis.

Quels étaient ou avaient été les rois de celte région '?

Depuis peu d'années. Rome avait divisé la Numidie en deux parties pour récompenser Bocchus des services rendus à la République romaine.
In de ces rois indigènes, Juba Ier , successeur de Hiempsal, mourut à Tapsus.

A sa mort, tout le territoire compris entre la rivière Ampsaga et le méridien de Saldae (Bougie), moins la ville de Cirtha et ses environs, fut accordé à Bocchus IL au détriment de Massinissa, allié de Juba, et qui, par sa famille, avait des droits sur l'ancien royaume de Tarbas. Un autre roi, Rogud, de la même famille, mourut à Méthone et laissa son royaume à Bocchus II. Ce dernier établit sa résidence à Iol (Cherchell) et devint ainsi roi de la région, vers l'an 50 avant J.-C.
Cela est affirmé par un auteur latin. Solin, qui s'exprime en ces termes : Colonia caesarea... a divo Claudio deducta, Bocchi prius regia. " postmodum Jubae... ". Donc, à cette époque, il ne pouvait exister de monumentum commune regiae gentis, puisqu'il n'y avait pas de famille royale dans la province et que le tombeau des rois de Numidie était le Medracen, de la province numide.

On sait que Bocchus fit sa capitale de Iol, qui devait devenir Césarée sous son successeur et qu'il y mourut l'an 33 de J.-C.

Si, comme l'exigeait la coutume à ces époques lointaines, chaque roi devait élever le mausolée où il reposerait après sa mort, Bocchus II a fort bien pu en commencer la construction. En admettant même que celle-ci n'ait été entreprise qu'à sa mort, en 33, ce serait entre les années 45 avant J.-C. et 33 après J.-C. que le monument signalé par Pomponius Mela aurait été bâti, dans un laps de temps de 78 ans environ. Il est ainsi parfaitement admissible que sa crypte ait renfermé les corps du premier roi de la région, Bocchus II et de son successeur, Juba II, qui mourut en 25, de J.-C,

Je fais une restriction au sujet de Cléopâtre Séléné, sa femme, car c'était l'usage de réserver les tombes royales aux têtes ayant régné. Un mur séparait les sépultures des reines et des autres membres de la famille ; il ne serait nullement surprenant de retrouver l'emplacement des tombes des membres de la famille des Bocchus et des Juba dans les environs du monument. Il en est ainsi d'ailleurs pour le Medracen situé, nous l'avons dit, dans les environs de Batna. Au temps des Pharaons, l'Égypte pratiquait ainsi.

La présence des deux caveaux dans le monument rend vraisemblable l'hypothèse de l'inhumation en cet endroit de Bocchus II et de Juba II, sous la réserve toutefois de l'existence d'autres salles funéraires dans la masse ou sous l'hypogée : ainsi, les deux cryptes actuellement accessibles ne seraient que des chapelles anniversaires précédant un spéos.

Une des photos que nous reproduisons montre, littéralement hachée d'inscriptions indélébiles, l'entrée de la grande galerie. On y remarque un lion et une lionne affrontés. Dans les mausolées de l'ancienne Égypte, ces animaux symboliquement opposés, désignaient le dieu Shou et la déesse Tewnoul. Le premier était l'un des noms du soleil levant, c'était la déification de la lumière du disque solaire. Shou était aussi appelé le fils de Ra, parce que le soleil levant, chez les Égyptiens, était le successeur de l'astre de la veille et la déesse Tewnoul était dite la fille du soleil.

Ils étaient placés souvent à l'entrée des tombeaux pour préserver le kâ ou le double des trépassés, des malheurs infernaux. La présence de ces deux animaux à l'entrée de la grande galerie est donc toute naturelle...

Il est permis de conclure qu'il y a, dans l'étude de monument, quantité de rapprochements à faire avec les particularités des tombeaux de l'Égypte ancienne. Les dalles-portes qui se rencontrent dans tous les mausolées égyptiens, l'ouverture au soleil levant, les quatre fausses portes entre autres sont, à cet égard, significatives.

Une seule chose est nouvelle et n'existe ni dans les tombeaux de la vallée du Nil, ni au Medracen, ce sont les voûtes en berceau des caveaux ci des galeries qui révèlent l'influence de l'architecture grecque dont Juba II était un admiraient fervent...

Dans sa majesté le Tombeau de la Chrétienne gardait jalousement le secret de son origine et de ses vicissitudes ; une restauration a été tentée ; elle a retiré au mausolée tout charme et toute poésie.

Les broussailles qui ajoutaient au pittoresque du lieu ont été arrachées ; une affreuse maison enlaidit l'esplanade Nord-Est ; des inscriptions - et quelles inscriptions ! - montrent que les derniers vandales n'ont pas vécu sous le roi Hunéric.