
AU MONASTÈRE DE TIBHARINE TOUS
LES CORPS DE MÉTIER SONT REPRÉSENTÉS
Son DISPENSAIRE REÇOIT 10.000 CONSULTANTS
LHOSTELLERIE - HAVRE DE PAIX - SERT UN EXCELLENT VIN DE L'ABBAYE
« Ils seront vraiment moines,
dit saint Benoît au Chapitre 43e de la Règle, sils
vivent du travail de leurs mains, comme nos Pères et les Apôtres
». Si lon se réfère à ce précepte
pour juger du « degré » monacal des occupants
de lAbbaye de Tibharine, force est de reconnaître que ce
sont bien là de vrais cisterciens.
En effet, si lancienne ferme quils occupent a eu linsigne
honneur dêtre élevée au rang de couvent, elle
nen a pas moins conservé son caractère de lieu de
labeur. Mieux, les « hommes de prière », qui cultivent
aussi les 250 hectares de terre arable qui entourent les bâtiments,
se sont révélés si bon fermiers que « lexploitation
» na jamais été aussi prospère !
Pourtant, ces « laboureurs » à capuches brunes ou
blanches, que l'on peut apercevoir, selon les saisons, sulfatant la
vigne, engrangeant le blé ou répétant à
linfini le geste majestueux du semeur, étaient dans lensemble,
de par leur formation, assez mal préparés aux harassants
travaux des champs.
Issus de tous les milieux sociaux, ils se sont pliés de bon cur
à tous les rudes travaux, et se sont appliqués à
les effectuer de leur mieux car ces humbles tâches, dont laccomplissement
reste une nécessité absolue pour lexistence même
de leur communauté, sont aussi, et surtout, à leurs yeux,
un véritable exercice religieux.
« Cest par le travail que le trappiste discipline sa nature
et cherche la pratique des vertus monastiques ». nous dira le
R.P. Joseph en nous faisant parcourir les dépendances du cloître.
Abbaye de Tibbarine véritable petit village
Sil est juste de comparer un paquebot à une ville flottante
avec ses communs parfaitement aménagés, il est encore
plus exact de voir en labbaye de Tibharine un véritable
petit village, où tous les genres de travaux sont pratiqués.
En effet, comme dans toute agglomération campagnarde, le travail
aux champs, tout en tenant une place importante, est loin dy représenter
la totalité des activités.
LOrdre, ayant comme règle de se suffire autant que possible
à lui-même, a été tout naturellement amené
à créer les « branches-clefs » nécessaires.
Sans parler des granges ou des écuries, indispensables à
toute ferme, on trouve donc, répartis dans
les bâtisses qui « enserrent » les bâtiments
conventionnels, une menuiserie, une forge, une boulangerie, une cordonnerie,
une huilerie, etc... et jusquà une hostellerie et un dispensaire
!
Le frère convers
Cest au frère convers, surtout, quincombent les emplois
manuels. Il a pu, en toute liberté, préférer son
état à celui de religieux de chur, permettant ainsi
à ce dernier de vaquer aux offices en temps voulu.
Souvent, cest par simple esprit dhumilité ou pour
sastreindre, en se mortifiant encore davantage, à une vie,
moins spirituelle, que laspirant à la vie religieuse a
préféré la robe de bure brune à la blanche.
Mais quelle que soit la raison qui lait guidé, il est incontestable
quil exerce ainsi un magnifique « apostolat de lexemple
» et quil est un sublime « témoignage de vie
chrétienne », comme la dit récemment M. le
chanoine Nachez dans cette même abbaye, à loccasion
du VIIIe centenaire de Saint-Bernard. A notre avis, le frère
convers occupe également, même du point de vue strictement
humain, une place de choix parmi les militants sociaux.
Grâce à son travail, en effet, le monastère peut
non seulement se suffire, mais pratiquer lhospitalité et
entretenir un important dispensaire.
Ceci, naturellement, ne veut nullement dire que le couvent « roule
sur lor ». Bien au contraire, il nest pour sen
convaincre que de constater la lenteur avec laquelle sédifie
la nouvelle abbaye. Le dispensaire du frère Luc et ses 10.000
consultants annuels
Nous navons pas visité le dispensaire. Celui-ci était
fermé le jour de la Saint-Bernard. Mais le R.P. Joseph a bien
voulu nous donner quelques précisions à son sujet, qui
nous ont aisément convaincu de son importance.
Pratiquement ouvert tous les jours de lannée, exception
faite des jours de grandes fêtes liturgiques, il ne reçoit
pas moins de 10.000 consultants par an ! Pour la presque totalité
des habitants des douars environnants. On se rend facilement compte
de ce quun tel « succès » doit coûter
à la communauté, en médicaments, pansements et
matériel clinique de toutes sortes !
On comprend mieux dès lors que depuis 1938, les moines naient
pu construire quune aile de cloître et modifier légèrement
laspect général de leur ferme.
Le fait de travailler pour pouvoir soigner les indigents nest-il
pas un des aspects les plus sublimes de ce renoncement total auquel
ils se sont voués ?
Cest au frère Luc quil appartient de venir ainsi
en aide à ceux que la pauvreté empêche quelquefois
de se soigner comme il conviendrait.
Frère Luc est un médecin algérois qui « sest
fait trappiste » après avoir exercé dans notre ville.
Non content daccueillir avec le sourire les très nombreux
« clients » qui viennent le visiter, il se rend dans
les douars pour y venir en aide aux malades qui ne peuvent se déplacer.
Est-il nécessaire de dire quil jouit dans ces villages
dune très grande popularité ? Lhostellerie
Lhostellerie, gratuite également (on glisse généralement,
selon ses moyens, une obole dans un tronc fixé au mur) est un
havre de paix et de repos pour le pèlerin fatigué par
le rude chemin et lassé de la vaine agitation des cités.
Aménagée dans un ancien bâtiment de la ferme, un
peu à lécart du groupe central, sur le flanc dune
colline, enfouie sous les ombrages, elle domine les bâtisses conventionnelles
de sa masse grise aux lignes simples.
Elle ne dispose que de quelques chambres de retraite, car lexiguïté
de lensemble des constructions na pas permis à la
communauté de mettre un bâtiment plus grand à la
disposition des pèlerins.
Après avoir visité le couvent, on se rend compte que laffectation
de cet édifice « aux gens de lextérieur ».
a dû être pour les moines un bien grand sacrifice.
Il est vrai quils nen sont plus à un prés
!
Lorsque le futur monastère sera achevé, lhostellerie
sera très vraisemblablement agrandie.
Le pèlerin ny mange naturellement pas le menu du père
trappiste... Le frère cuisinier lui sert une nourriture saine,
abondante, simple mais très bien préparée, de laquelle
la viande nest nullement exclue.
Et puis, il y a, paraît-il, un petit vin excellent, sorti des
vignes de labbaye, fabriqué par les pères et «
mûri » à point dans de vastes foudres de chêne...
Le frère serveur le fait goûter aux pèlerins à
tous les repas.
Et comme ce moine a, par courtoisie envers ces hôtes, exceptionnellement
la permission de parler, le pèlerin aura tout le loisir de le
féliciter et de lui demander le « pourquoi » de cet
excellent crû...
Mais nous nous sommes laissés dire que si ce bon frère
a un sens de l'humour particulièrement aiguisé, il est
par contre très discret sur tout ce qui touche le mode de fabrication
et le vieillissement du vin de labbaye.
« Question de « doigté », dhabitude,
et puis certainement que nos prières y sont pour quelque chose...
» aurait-il répondu à un curieux