Beni-Messous - Alger, ses alentours :
A LA CITÉ INDIGÈNE D'ASSISTANCE DE BENI - MESSOUS

A LA CITÉ INDIGÈNE D'ASSISTANCE DE BENI - MESSOUS

Dans un précédent article, nous avons parlé de l'œuvre admirable réalisée par le Bureau de bienfaisance européen de la Ville d'Alger dans le but de secourir les orphelins européens. Afin de parer à certaines critiques, formulées par des esprits chagrins; nous allons montrer aujourd'hui avec quelle sollicitude sont traités les indigènes miséreux malades.
Il existe en effet, à Beni-Méssous, à quelques centaines de mètres seulement de l'orphelinat, un établissement hospitalier destiné aux vieillards indigènes.

Cette œuvre n'est d'ailleurs pas une nouveauté et voici ce que nous pouvions en dire il y a déjà quelques années, alors que l'hospice n'était même plus un " dépôt de mendicité ", mais un domaine abandonné.

" Les anciens bâtiments ne sont plus que des ruines. Une porte voûtée, surmontée d'une grande plaque de marbre portant l'inscription : " dépôt départemental de mendicité créé le 1er mars 1875 ", laisse entrevoir, dès l'abord, une végétation indisciplinée qui envahit les cours. A l'intérieur, les diverses portes sont surmontées de planchettes sur lesquelles subsistent des vestiges de plaques de cuivre ajouré indiquant : " Boulangerie ", - " Cuisine ", - " Magasin aux vivres ", etc.. La boulangerie est aujourd'hui transformée en cimetière d'instruments aratoires ; le réfectoire est encombré de vieilles tables, de fers de lits tordus et rouilles. Dans une seconde cour se dresse encore un long lavabo en maçonnerie sur lequel, derniers témoins, sont encore scellés trois ou quatre robinets de cuivre. Plus loin, se trouve l'infirmerie des femmes. Les fenêtres, ornées de grilles, sont presque totalement obstruées par les toiles d'araignées se confondant avec les lambeaux de toile de sac qui servaient de rideaux. La salle est lugubrement sombre. Aux murs sont encore accrochées de petites tablettes de bois où sont collées des étiquettes portant chacune un nom et une date : " Boumezil Zehaïr, entrée le 29 mars 1912 " - " Mary Catherine, entrée le 15 novembre 1907". Combien de femmes, misérables épaves, ont connu dans ce coin sombre quelques jours de bonheur avant de reprendre la route ou bien avant de mourir.

D'autres cours font suite à ces bâtiments. Là, l'herbe folle a prospéré partout ; il y croit aussi des figuiers et une treille qui, malgré son abandon, produit de belles grappes. Enfin, un dernier bâtiment à étage. Le rez-de-chaussée est encombré de caisses à lapins. Un escalier de marbre conduit au premier étage. La toiture d'une aile s'est effondrée et le parquet est jonché de plâtras, de fers de lits, de gouttières d'infirmes et de matelas éventrés qui offrent le plus parfait spectacle de dévastation. On croirait voir encore un des hôpitaux du front après le passage de la mitraille.

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Afrique du nord illustrée du 20-6-1937 - Transmis par Francis Rambert
mise sur site : aout 2021

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A LA CITÉ INDIGÈNE D'ASSISTANCE DE BENI - MESSOUS
A LA CITÉ INDIGÈNE D'ASSISTANCE DE BENI - MESSOUS
A LA CITÉ INDIGÈNE D'ASSISTANCE DE BENI - MESSOUS

Dans un précédent article, nous avons parlé de l'œuvre admirable réalisée par le Bureau de bienfaisance européen de la Ville d'Alger dans le but de secourir les orphelins européens. Afin de parer à certaines critiques, formulées par des esprits chagrins; nous allons montrer aujourd'hui avec quelle sollicitude sont traités les indigènes miséreux malades.
Il existe en effet, à Beni-Méssous, à quelques centaines de mètres seulement de l'orphelinat, un établissement hospitalier destiné aux vieillards indigènes.
Cette œuvre n'est d'ailleurs pas une nouveauté et voici ce que nous pouvions en dire il y a déjà quelques années, alors que l'hospice n'était même plus un " dépôt de mendicité ", mais un domaine abandonné.
" Les anciens bâtiments ne sont plus que des ruines. Une porte voûtée, surmontée d'une grande plaque de marbre portant l'inscription : " dépôt départemental de mendicité créé le 1er mars 1875 ", laisse entrevoir, dès l'abord, une végétation indisciplinée qui envahit les cours. A l'intérieur, les diverses portes sont surmontées de planchettes sur lesquelles subsistent des vestiges de plaques de cuivre ajouré indiquant : " Boulangerie ", - " Cuisine ", - " Magasin aux vivres ", etc.. La boulangerie est aujourd'hui transformée en cimetière d'instruments aratoires ; le réfectoire est encombré de vieilles tables, de fers de lits tordus et rouilles. Dans une seconde cour se dresse encore un long lavabo en maçonnerie sur lequel, derniers témoins, sont encore scellés trois ou quatre robinets de cuivre. Plus loin, se trouve l'infirmerie des femmes. Les fenêtres, ornées de grilles, sont presque totalement obstruées par les toiles d'araignées se confondant avec les lambeaux de toile de sac qui servaient de rideaux. La salle est lugubrement sombre. Aux murs sont encore accrochées de petites tablettes de bois où sont collées des étiquettes portant chacune un nom et une date : " Boumezil Zehaïr, entrée le 29 mars 1912 " - " Mary Catherine, entrée le 15 novembre 1907". Combien de femmes, misérables épaves, ont connu dans ce coin sombre quelques jours de bonheur avant de reprendre la route ou bien avant de mourir.
D'autres cours font suite à ces bâtiments. Là, l'herbe folle a prospéré partout ; il y croit aussi des figuiers et une treille qui, malgré son abandon, produit de belles grappes. Enfin, un dernier bâtiment à étage. Le rez-de-chaussée est encombré de caisses à lapins. Un escalier de marbre conduit au premier étage. La toiture d'une aile s'est effondrée et le parquet est jonché de plâtras, de fers de lits, de gouttières d'infirmes et de matelas éventrés qui offrent le plus parfait spectacle de dévastation. On croirait voir encore un des hôpitaux du front après le passage de la mitraille.
C'est, en effet, la guerre qui, indirectement, a fait de ce refuge de miséreux une ruine de plus. Depuis 1926, ce domaine de 74 hectares, avec des bâtiments de plus de 100 mètres de long, a dû être abandonné. Après avoir fonctionné normalement depuis sa création jusqu'au milieu de la guerre, ce dépôt de mendicité a vu décroître sa clientèle. A partir de cette époque, il n'y eut plus de mendiants, ou, plus exactement, on avait d'autres chats à fouetter que de continuer à s'occuper d'eux.
Les quelques idiots et épileptiques qui y demeuraient encore furent expédiés à Douera. Et cependant, c'était là une bien bonne chose pour les malheureux qui, ramassés par les services spéciaux, étaient amenés à Beni-Messous où on les réconfortait moralement et physiquement. Lorsqu'ils étaient aptes à reprendre la route, ils se dirigeaient vers Staouéli où les Trappistes les hébergeaient encore pendant trois jours... puis ils se laissaient reprendre et revenaient à Beni-Messous.
Aujourd'hui tout ceci est heureusement changé et le vieux dépôt de mendicité a été complètement restauré, agrandi, embelli pour ne plus recevoir que de pauvres hères, tous musulmans. Une infirmerie-hôpital de construction récente y a même été adjointe pour atteindre au but le plus louable qui se puisse poursuivre : soulager la misère des indigènes.
C'est là, en effet, que sont groupés tous les malades reconnus incurables, venus des hôpitaux d'Alger.
Seuls, les hommes y sont admis, les femmes étant dirigées sur l'hospice de Marengo.
Dès l'entrée, on est heureusement surpris par la belle ordonnance des lieux. La cour d'entrée est emplie de fleurs et les grands murs blancs donnent une parfaite impression de netteté, de propreté.
A l'ombre des vieux ficus qui croissent dans la grande cour, les vieillards se reposent, assis sur un long banc de pierre qui fut jadis un lavabo. Leurs vêtements sont d'une propreté irréprochable et leurs physionomies indiquent suffisamment qu'ils ne manquent de rien.
A la suite de M. Millet, directeur de l'Hospice indigène, nous allons visiter les différentes parties de cet établissement hospitalier.
La cuisine est la première installation vers laquelle nous dirigeons nos pas. Sur une vaste cuisinière de nombreux plats exhalent un fumet odorant.
-" Il nous est possible, grâce à l'identité d'origine de nos pensionnaires de préparer une nourriture susceptible d'être servie à tous. Cela facilite la tâche du personnel ". nous dit notre cicérone.
De beaux poissons, des plats de couscous sont là qui attendent l'heure du déjeuner.
Au-dessus des cuisines, une vaste infirmerie est réservée à ceux des pensionnaires qui sont atteints de maladies bénignes et passagères. Un infirmier-chef indigène et plusieurs aides sont la providence des pauvres hères que la Nature se plaît à tyranniser. Des salles de pansements et de vastes dortoirs aérés et clairs se succèdent. Dans ces derniers des lits tout blancs sont méticuleusement rangés de chaque côté des pièces dont le carrelage brille. Quelques vieillards y sont étendus, portant, à la place de leur habituelle chéchia, un bonnet de coton semblable à celui cher à nos paysans Gascons. A notre approche, ils se soulèvent de leur couche et nous saluent gentiment.
Éclairant ces faces émaciées par la douleur et les privations, un regard de reconnaissance brille dans les yeux de chacun. On conçoit, sans qu'il soit besoin de grands commentaires, le bonheur de ces gueux qui ont trouvé là un paradis qui doit être pour eux l'approchant le plus exact de celui promis aux sages par Allah.
Combien de ceux qui sont ici ont-ils précédemment joui d'un tel confort ? Combien, parmi eux, ont-ils connu la douce fraîcheur de draps bien blancs et la revigorante tiédeur d'épaisses couvertures ? N'ont-ils pas plus souvent connu les courbatures dues à des nuits et des nuits passées sur le pavé humide des quais ou de quelque ruelle nauséabonde de la Casbah ?
Et puis, à côté du confort matériel, ils trouvent encore le réconfort moral. Un apaisement est procuré à leurs souffrances physiques en même temps que leur est donnée la paix du cœur et de l'âme. Ils sont sans cesse entourés de prévenances et, pour ces vieux arrivant au terme de leur pénible existence, n'est-ce point là une porte ouverte sur la béatitude éternelle ?
Plus loin, voici les dortoirs des vieillards valides, de ceux tout au moins, qui ne sont atteints d'autre invalidité que celle que l'âge confère à tous les êtres humains. La même ordonnance, la même clarté règne en ces lieux et l'on ne peut s'empêcher, à leur vue, de songer aux tristes et sombres refuges où gîtent tant de malheureux dans nos villes et dans nos bleds.
Parmi eux se trouvent quelques jeunes. Cette surprise n'en est plus une lorsqu'on nous apprend que ce sont des indigènes victimes d'accidents qui sont hébergés ici pendant la durée de leur convalescence.
Dans les cours, où nous redescendons maintenant, sur des bancs ou bien sur les marches de quelques escaliers sont assis d'autres vieux. Que de misères humaines sont soulagées ici. Voici des aveugles, des idiots aux faciès torturés, des épileptiques au regard fou, aux membres disloqués. Tous ces déchets humains sont là, heureux de vivre, malgré l'horrible mal qui les mine. Leurs vêtements sont propres et confortables et leur ventre ne crie plus famine.
Notre visite se termine par le parcours de l'hôpital. Ce bâtiment n'existait pas du temps du dépôt de mendicité. Tout y est prévu pour soulager les misères physiques des malheureux qui y trouvent gîte. Beaucoup d'amputés y sont réunis qui attendent, dans les meilleures conditions, l'heure de leur guérison. Une salle d'opération moderne, un laboratoire et une pharmacie complètent cette installation. Un personnel, au dévouement sans borne s'affaire de tous côtés et quelques convalescents font leurs premiers pas dans les coquets jardins fleuris.
Ainsi donc il a été beaucoup fait pour les indigènes à la cité d'assistance de Beni-Messous.
Cette œuvre est sans doute l'une de celles dont la France peut, à juste titre, être fière. Et il faut ajouter que si elle n'est point la seule, elle est l'une des plus belles et des mieux comprises.