Bab-el-Oued,
Alger d’hier… Alger d’aujourd’hui
La « Bassetta »

 

D’autres vous diront qu’il faut écrire : l’« Albaceta », et ils ont sans doute raison.

Mais cela n’ajoutera pas grand chose à tout ce que cette petite place, que d’aucuns appellent encore place du Tertre, peut évoquer à nos yeux.

Juchée tout en haut de Bab-el-Oued, elle a l’air de faire partie d’un autre univers que le nôtre.

Le vent y souffle souvent, et il m’est arrivé quelquefois, en rêvassant, les yeux mi-clos, sur les bancs rustiques abrités par l’ombre des ficus, de me croire transporté entre ciel et terre, dans un autre monde où je me sentais plus léger et délivré des quotidiennes contingences.

Je pense que la chaleur et le bourdonnement du vent étaient pour beaucoup dans cette aventure aérienne que les cris de la marmaille, s’ébattant sous les ficus, se chargeaient de ramener à l’échelle terrestre.

Je pense aussi que parmi les habitués de la place — vieux Espagnols aux visages glabres et émaciés, « aouela », toutes de noir vêtues et la tête éternellement enveloppée d’un foulard sombre — nombreux étaient ceux qui vivaient mon aventure.

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place du Tertre
1
°/ Délibération pour l'érection d'une fontaine avec effigie de l'écrivain Robinet
BMOVA du 1-3-1935- Transmis par Francis Rambert
février 2017

2°/PLACE DUTERTRE ( en 1935 encore place de l'Alma)
mise sur site le 2-2-2012

3 °/ Musette revit dans le bronze parmi les fils de Cagayous
Echo d'Alger du 7-4-1934 - Transmis par Francis Rambert
sur site, mars 2014

LA RUE PIERRE-LEROUX
Croquis de Charles Brouty

Echo du 29-10-1954 - Transmis par Francis Rambert
aout 2025

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Place Du Tertre
Plan Vrillon 1958

place du Tertre






Alger d’hier… Alger d’aujourd’hui
La « Bassetta »

D’autres vous diront qu’il faut écrire : l’« Albaceta », et ils ont sans doute raison.

Mais cela n’ajoutera pas grand chose à tout ce que cette petite place, que d’aucuns appellent encore place du Tertre, peut évoquer à nos yeux.

Juchée tout en haut de Bab-el-Oued, elle a l’air de faire partie d’un autre univers que le nôtre.

Le vent y souffle souvent, et il m’est arrivé quelquefois, en rêvassant, les yeux mi-clos, sur les bancs rustiques abrités par l’ombre des ficus, de me croire transporté entre ciel et terre, dans un autre monde où je me sentais plus léger et délivré des quotidiennes contingences.

Je pense que la chaleur et le bourdonnement du vent étaient pour beaucoup dans cette aventure aérienne que les cris de la marmaille, s’ébattant sous les ficus, se chargeaient de ramener à l’échelle terrestre.

Je pense aussi que parmi les habitués de la place — vieux Espagnols aux visages glabres et émaciés, « aouela », toutes de noir vêtues et la tête éternellement enveloppée d’un foulard sombre — nombreux étaient ceux qui vivaient mon aventure.

Il n’était que de les voir, assis en groupes silencieux, les yeux perdus dans le vague, pour s’imaginer qu’ils étaient bien plus près du ciel que de la terre.

Ils avaient l’air d’attendre, résignés et solitaires, la fin de cette journée qui n’était pour eux que le prélude à la fin d’une existence désormais inutile.

A la Bassetta, tout prend un caractère exceptionnel ; les chants d'Espagne qui s’élèvent des maisons bordant la place n’ont pas l’allégresse communicative d’un paso doble ; ils ont la poignante mélancolie de quelque complainte lourde de souvenirs.

Le vieux chevrier maltais, qui traverse la rue, suivi de deux chèvres efflanquées, seules survivantes du troupeau bêlant qui parcourait le quartier de Bab-el-Oued dans un joyeux tintement de sonnettes n’est là que pour témoigner d’une époque disparue.

Les lourdes « galères » qui descendaient des carrières Jobert au milieu des vociférations et des cris des charretiers en taillole rouge pourrissent sous quelque hangar. Galoufa est motorisé. Les petits ânes préposés à l’enlèvement des immondices ont émigré vers la Casbah.

Des maisons de plusieurs étages prennent la place des maisonnettes ; d’imposants garages remplacent les remises et le bon Musette qui venait souvent, sous les ficus de la Bassetta aux rendez-vous de Cagayous, Chicanella et de Monsieur Hoc, vient d’avoir son effigie gravée dans un mé daillon de bronze plaqué sur un stèle d’où il assiste, indifférent, aux ébats des gosses que pour la plus grande tranquillité des parents on a parqués dans un ravissant petit enclos.