Bab-el-Oued,
ALGER d'hier… ALGER d’aujourd’hui
Chez le “ roi de la brochette ”

ALGER d'hier… ALGER d’aujourd’hui
Chez le “ roi de la brochette ”

Dès l’entrée de la rue Fourchault, le «Roi de la brochette » vous accueillait toujours d’un geste amical et, si mes souvenirs ne me trahissent pas, c’est bien dans son établissement que j’ai pu assister, un soir d’hiver de 1935, aux prouesses d’un extraordinaire acrobate.

Devant la porte du café, le préposé aux brochettes faisait griller, sur un petit fourneau, des morceaux de cœur de bœuf enfilés dans un roseau. Le quartier entier était tout imprégné de cette odeur de grillade, à laquelle venait se mêler des relents d’anis.
A l’intérieur, une épaisse fumée de tabac voilait la lumière.

Tout en piochant des kémias, je m’entretenais du quartier avec le patron qui s’évertuait à calligraphier, d’une main malhabile, sur la glace : « Le patron paye la rince le lundi. »

- La rue Fourchault, ah! parlons-en... c’est la rue des « fours à chaux..» oua's ! Tenez, en voilà un « esptcimen » derrière vous...
Le spécimen en question, un joueur de tchic-tchic, attendait patiemment la clientèle en fumant des cigarettes et ne serait-ce le mot de spécimen qui l’avait défavorablement impressionné, il n’aurait pas relevé la boutade.

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Echo du 7-9-1954 - Transmis par Francis Rambert
aout 2025

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ALGER d’hier… ALGER d’aujourd’hui

Pour situer rue Fourchalt
Plan Vrillon 1958



ALGER d'hier… ALGER d’aujourd’hui
ALGER d'hier… ALGER d’aujourd’hui
Chez le “ roi de la brochette ”

Dès l’entrée de la rue Fourchault, le «t »Roi de la brochette » vous accueillait toujours d’un geste amical et, si mes souvenirs ne me trahissent pas, c’est bien dans son établissement que j’ai pu assister, un soir d’hiver de 1935, aux prouesses d’un extraordinaire acrobate.

Devant la porte du café, le préposé aux brochettes faisait griller, sur un petit fourneau, des morceaux de cœur de bœuf enfilés dans un roseau. Le quartier entier était tout imprégné de cette odeur de grillade, à laquelle venait se mêler des relents d’anis.
A l’intérieur, une épaisse fumée de tabac voilait la lumière.

Tout en piochant des kémias, je m’entretenais du quartier avec le patron qui s’évertuait à calligraphier, d’une main malhabile, sur la glace : « Le patron paye la rince le lundi. »

- La rue Fourchault, ah! parlons-en... c’est la rue des « fours à chaux..» oua's ! Tenez, en voilà un « esptcimen » derrière vous...
Le spécimen en question, un joueur de tchic-tchic, attendait patiemment la clientèle en fumant des cigarettes et ne serait-ce le mot de spécimen qui l’avait défavorablement impressionné, il n’aurait pas relevé la boutade.

- Oh, dis l’ami, pas plus « especimen » que toi !... répliqua-t-il en renversant d’un geste saccadé une timbale cabossée renfermant un dé à jouer.

Je m’approchai. Je glissai vingt sous sur la table et l’index pointé vers la timbale j’annonçai : « l’as ! ».

La timbale relevée, l’as brillait, de ton unique point noir, sur la face blanche du dé.

J’hésitai entre le choix d’une pastèque et d’une boîte de sucre lorsque un groupe fit une entrée bruyante dans le bar.

Le premier des arrivants, un hercule à face de gorille, s’était déjà emparé d’une chaise qu’il posa sur le comptoir. Puis, prenant une pose avantageuse, il hurlait à la cantonade :

« S’il y a des amateurs , ils n’ont qu’à venir s’asseoir là-dessus et je fait le pari de les soulever rien qu’avec les dents ! »

Un silence profond accueillit cette invitation.

Méprisant, le colosse faisait signe à tout le monde de s’écarter et, saisissant le dossier de la chaise entre les dents, il se précipitait tête première en avant pour se relever, après une impressionnante cabriole, la chaise toujours maintenue dans l’étau de ses mâchoires.

Une rapide volte-face. Un salut et notre homme recommençait le même tour sous les applaudissements chaleureux des spectateurs.

Cependant, une ombre vint ternir le tableau du second tour, le sensationnel acrobate accrocha une ampoule électrique qui claqua avec un bruit sec.

- Six francs de f... maugréa le patron.

Et comme tout ce beau monde paraissait passablement excité, il jugea plus prudent de ne pas manifester autrement son indignation.

Des tournées générales suivirent en l’honneur de l’homme à la chaise et ce n’est que tard dans la nuit, lorsqu’il fut bien assuré qu’il ne restait plus un sou à personne, que le roi de la brochette réussit, avec des ruses de chef indien, à mettre tout ce beau monde à la porte.