Armand Assus

par Marion Vidal-Bué

extraits du numéro 119 , septembre 2007, de "l'Algérianiste", bulletin d'idées et d'information, avec l'autorisation de la direction actuelle de la revue "l'Algérianiste"
mise sur site : avril 2012

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Armand Assus
Assus est de ceux qui nous redonnent la féerie du quotidien comme si nous le voyions pour la première fois ".(Max-Pol Fouchet)

par Marion Vidal-Bué

Armand Jacques Assus, né le 4 avril 1892 à Alger, rue Suffren dans le quartier de Bab-el-Oued, reçoit au berceau tous les atoutspour réussir une carrière artistique. Il est le fils de Salomon Assus (1850-1919), peintre et surtout dessinateur satirique connu de tous pour ses portraits-charges de personnalités, publiés aussi bien dans la Dépêche Algérienne que dans le journal satirique Le Turco ou dans le Charivari Oranais, et pour ses savoureuses caricatures de " types algériens ", largement diffusées sous forme de cartes postales restées fameuses ( Voir Salomon Assus, Illustrateur humoristique de l'Algérie, par André Assus et Jean-Pierre Badia, éd. Jacques Gandini, Nice, 1999.). Avant-dernier de sept enfants qui collaboraient en famille dans
l'atelier pour dessiner et colorier les créations du père, Armand se montra le plus doué dans le maniement du crayon et du pinceau, alors que son frère aîné Maurice avait hérité des dons humoristiques ( Maurice Assus (1879-1955) fut également peintre, mais vit sa carrière entravée par des circonstances douloureuses, la guerre et la perte de sa femme et de sa fille en particulier.).

Carte humoristique. (Coll. Bernard Venis)
Carte humoristique. (Coll. Bernard Venis)

Ainsi formé dès son plus jeune âge sous la direction paternelle, Armand est admis à douze ans à l'école des Beaux-Arts d'Alger dont le directeur, le


Armand Assus, " Autoportrait ".

peintre Hippolyte Dubois, ancien élève du grand Ingres, professait un enseignement d'un académisme rigoureux. Ce fervent défenseur de la pureté du dessin contribua à doter l'adolescent d'un métier des plus solides, tout en lui insufflant le désir de se situer dans la grande tradition de la peinture française. À partir de 1907, Léon Cauvy succède à Dubois à la direction de l'école, et encourage ses élèves à exprimer leur personnalité avec beaucoup plus d'audace, ce qui convient fort bien au peintre en formation, impatient de laisser libre cours à ses goûts de coloriste. Quelques leçons avec Georges Rochegrosse, maître unanimement apprécié à Alger, lui permettent en outre de se livrer à d'autres expérimentations picturales.



Titulaire d'une bourse de la Ville d'Alger en 1908, Armand Assus quitte sa ville et sa famille pour continuer ses études à Paris, et s'inscrit à l'École nationale des Beaux-Arts, dans l'atelier de Cormon. Avec son condisciple et ami, le hardi Louis-Robert Antral, il loge d'abord à Montmartre, rue des Martyrs. Il partage ensuite un atelier à Montparnasse avec son ami oranais Maurice Adrey, qui lui sert de complice pour évoquer les souvenirs d'enfance, et tous deux retrouvent d'autres jeunes artistes venus d'Algérie, tels Louis Fernez et Alfred Dabat, natif de Blida, qui entreprend une belle carrière parisienne et donne chez lui des soirées où Isadora Duncan vint paraît-il danser.

La fréquentation assidue des musées lui dicte ses premières admirations pour une poignée de grands maîtres: Chardin, dont on ressent l'emprise dans les natures mortes si précieusement équilibrées qu'il produira toute sa vie, Vélasquez et les frères Le Nain qui influencèrent ses portraits naturalistes de personnages algériens, mais aussi Delacroix dont la fougue créatrice fut une référence absolue pour tous les peintres de l'Afrique du Nord, Corot pour la douceur de ses paysages et, plus tard, Cézanne pour sa remise en cause de la construction de la toile. Dans la génération précédant la sienne, Matisse, son aîné de plus de vingt ans, l'enthousiasme par sa révélation de la couleur pure, qu'il apprécie aussi chez Bonnard.

Totalement conquis par la capitale, Assus allait réussir à s'y faire une place malgré toutes les difficultés, et devait y travailler durant près de vingt ans, alternant les séjours prolongés au pays natal avec les voyages de découverte et de culture à l'étranger.

Le premier grand tableau qu'il présente à Paris en 1914 au Salon des Peintres orientalistes français, est néanmoins inspiré par ses racines, c'est un portrait de " Vieille Juive d'Alger", sujet totalement exotique pour le public parisien, mais que l'état acquiert derechef et envoie par la suite à la Légation de France à Anvers. Le jeune peintre expose aussi au Salon des Artistes français à partir de 1913, obtient des distinctions, mais se tournera ensuite vers les Salons de tendances modernes, le Salon d'automne (dont il deviendra membre du jury), et le Salon des Tuileries dès sa création en 1923. Dans sa ville natale, il participe ponctuellement aux Salons des Artistes algériens et orientalistes.

La Première Guerre mondiale interrompt son travail, mais sitôt l'armistice signé, il puise à nouveau l'inspiration dans sa communauté d'origine, présentant des portraits de " fuie algériens " où, sous l'austérité des personnages soulignée par une palette très sobre, perce l'émotion ressentie devant ces gardiens d'une tradition millénaire en voie de disparition.

En 1919, alors qu'il est de retour à Paris, Assus est encouragé par Cormon, son ancien maître aux Beaux-Arts, à se présenter aux épreuves du Prix de Rome de peinture. Il réussit brillamment les premières épreuves éliminatoires, entre en loge avec dix condisciples parmi lesquels il est le plus jeune, et en ressort couronné d'un second Grand Prix de Rome. Le sujet imposé par le jury est un thème éternel, " Jeunesse et Vieillesse ", qu'il choisit de traiter de manière très peu habituelle dans ce concours. Jouant avec la lumière, il représente un groupe de jeunes gens très contemporains, qui dansent vêtus de couleurs claires dans un paysage nimbé de soleil, tandis qu'un couple de vieux paysans placés au premier plan dans la pénombre d'un contre- jour symbolique, les contemple. Le redoutable critique du Temps, ThiébaultSisson, félicita dans sa chronique le candidat qui avait eu le courage de faire preuve de beaucoup plus d'originalité que ses camarades ( Cité par Edmond Gojon dans L'Afrique du Nord Illustrée, 1er novembre 1920.). De son côté, le critique de la revue algéroise Notre Rive ( Notre Rive, Alger, avril 1927, " Armand Assus ", par M. Michel) jugea que ce parti pris de modernité, ainsi que les liens qu'il s'était créé dans les milieux proches de l'avant-garde, avaient choqué les académiques, privant Assus d'un premier Prix mérité.

En effet, par l'intermédiaire de son ami Benjamin-Constant, petit-neveu de l'auteur d'Adolphe, il avait été présenté à Jacques Copeau, à Léon-Paul Fargue, puis à André Gide en personne. Celui-ci apprécia fort sa peinture et montra en 1919 quelques-unes de ses oeuvres à Mme Druet, directrice de la grande galerie du même nom à Paris, qui l'exposa bientôt parmi ses protégés. Gide l'introduisit également auprès du peintre néo-impressionniste belge Théo Van Rysselberghe, de précieux conseil.

Le Kairouan( Coll.J.C.)
Le Kairouan( Coll.J.C.)

Une amitié solide, fondée sur de multiples affinités, allait le lier à partir de 1925 avec Albert Marquet. À Paris, Assus qui partageait avec son aîné tant admiré le goût de peindre la Seine et ses quais, put jouir du privilège de fréquenter son atelier de la rue Dauphine, où il rencontrait avec profit Camoin et Manguin, autres glorieux représentants des beaux jours du fauvisme. Plus tard, il fut reçu dans l'atelier de La Frette. Une autre passion réunissait les deux artistes, celle de l'Afrique du Nord, où Marquet séjournait régulièrement depuis son mariage avec une Algéroise en 1923. À Alger, tous deux eurent souvent l'occasion de peindre côte à côte sur le motif, devant le port ou dans les rues de la ville. Ainsi, dans les deux capitales, nombreux furent les paysages peints par Assus avec le même esprit de simplification, de calme et de clarté que ceux de Marquet.

Lorsque l'on prend connaissance de ses tableaux dans les catalogues des expositions auxquelles il a participé, ou dans les publications qui lui ont été consacrées, l'on constate qu'Armand Assus a partagé sa production picturale en plusieurs volets bien distincts. Toute une partie de son œuvre est celle d'un peintre parisien en phase avec les tendances de son époque, parfaitement à l'aise dans le paysage comme dans la nature morte ou les scènes de vie quotidienne, qui expose dans les Salons comme dans des galeries renommées, Georges Petit ou Drouant, entre autres. Après les rues de Paris de sa jeunesse estudiantine, il peint la banlieue mélancolique qui entoure le pavillon de Montrouge occupé dans sa maturité, ou bien les sites admirés au cours de ses voyages, à Cannes où il expose à plusieurs reprises, et à l'étranger, car il a aimé changer d'horizon pour nourrir son art et a visité l'Espagne, l'Italie, la Hollande, le Maroc à plusieurs reprises.

L'autre partie, et non la moindre, fait de lui l'un des artistes les plus complets de l'École d'Alger. Qu'il peigne les vues les plus typiques de la ville, " Un Coin de Bab-elOued ", " Le square Bresson ", " La rue du Chêne ", " La place du Gouvernement ", " Une rue de la Basse Casbah ", " Le Kairouan " ou " L'Amirauté ", " Le bal Padovani ", " Les tirailleurs sénégalais " ou " La rue des Zouaves ", il demeure dans la droite ligne de la meilleure peinture française, y imprimant la même mesure, la même justesse, la même sérénité qu'à ses paysages européens. C'est la poésie de la simplicité qui l'intéresse, il adopte des formats petits ou moyens, des cadrages resserrés, et s'il aime les tonalités fraîches, il n'hésite pas, même pour ses paysages algérois, à employer les gris pour décrire la fine lumière d'une journée couverte. À Constantine, à Bougie, à Bou-Saâda, il reste dans le même registre subtil.

Mais il livre encore plus de lui- même et de son individualité profonde dans les tableaux qu'il consacre à la communauté juive algérienne, lui conférant en quelque sorte par son talent ses lettres de noblesse. En lui décernant en 1925 le Grand Prix artistique de l'Algérie pour l'imposante toile intitulée " Famille juive " ou " La famille Attali ", le jury récompensait fort judicieusement la mise en lumière d'une facette importante de la réalité algérienne. Cette représentation d'une famille juive de Constantine en costume traditionnel dans son intérieur d'une totale sobriété, les parents et la jeune fille debout, la grand-mère assise, chaque visage bien caractérisé dans la raideur de la pose, imposait sans effet superflu une puissante densité humaine.

Il choisit d'ailleurs d'exposer des oeuvres de la même veine à Paris, au Salon des Tuileries : une " Famille juive algérienne " en 1926, et des " juives algériennes " en 1927.

Il faut ajouter à ce registre spécifiquement algérien toutes ses scènes de vie arabe composées sans la moindre concession au tape-à-l'oeil orientaliste, les natures mortes pleines de poésie que lui ont inspiré des accessoires comme le narguilé, les poteries kabyles ou les instruments de la musique arabo-andabouse, et encore, ses magnifiques bouquets et ses compositions dédiées aux fruits du soleil. À l'occasion de l'Exposition coloniale internationale de Paris en 1931, il est justement chargé de réaliser un diorama pour le Palais de l'Algérie, sur le thème de " La récolte des dattes dans une palmeraie
du Sud algérien " ( Les meilleurs peintres natifs du pays ou Abd-el-Tif participèrent à la décoration de ce Palais de l'Algérie: Léon Cauvy, Marius de Buzon, Émile Aubry, Émile Gaudissard, Fernand Antoni, Eugène Comeau, Louis Riou, Jacques Simon, Étienne et Jean Bouchaud, Paul-Elie Dubois, Maurice Bouviolle, Jean-Désiré Bascoulès).

Une commande du Gouvernement général de l'Algérie en 1934 le fixe à Alger pour plusieurs années, et lui permet d'y vivre toute la Seconde Guerre mondiale. Il s'agit de la décoration du Foyer Civique, l'un des bâtiments les plus considérables d'Afrique du Nord, édifié sur l'ancien Champ-de-Manoeuvres de Mustapha par l'architecte Léon Claro à partir de 1933, et achevé en 1935. Destiné à devenir un grand centre culturel avec auditorium de mille places, à accueillir un conservatoire de musique et la bibliothèque municipale, il aurait dû abriter en outre l'école des Beaux-Arts. Toutefois, la guerre en décida autrement.

Assus est chargé de réaliser un ensemble des plus importants, huit grandes fresques sur le thème de la danse en Algérie, qui devaient constituer une sorte de frise en haut des murs d'une salle rectangulaire: quatre décorations de 8 m sur 2 m, " La Noce juive" ou " Danse en famille ", " La Danse dans les champs " ou " La Mauna ", " Le Ballet " (à l'Opéra), " Le Dancing" (aux Bains Matarèse), et quatre autres de 6 m sur 2 m, " Danse du Sud algérien " (les Ouled Nain " Danse Nègre ", " La Ronde des enfants ", " Danse villageoise " (un bal public dans la banlieue d'Alger). Choisissant l'antique procédé de la peinture à la cire pour exécuter ces peintures qui couvraient une superficie de 112 m2, il y travaille durant cinq ans, installé dans le grand atelier des décors de l'Opéra d'Alger. Malheureusement, les événements n'ont pas permis que le cycle décoratif monumental du Foyer Civique réalisé par Assus et d'autres excellents artistes, nous soit conservé. Seules sont demeurées dans sa famille quelques maquettes de ses grandes compositions ( Les autres artistes qui collaborèrent à la décoration du Foyer Civique étaient Louis Ferrez, Marius de Buzon, Léon Carré, Maurice Adrey, Émile Claro pour les peintures, Paul Belmondo et Georges Béguet pour les sculptures. Les peintures, qui avaient été accrochées provisoirement en 1942, furent mises à l'abri dans les caves lors des bombardements d'Alger. À la Libération, le Foyer Civique ayant perdu sa destination première, certaines fresques furent exposées à l'Hôtel de Ville, qui subit un attentat à la fin de la guerre d'Algérie. L'actuel catalogue du musée des Beaux-Arts d'Alger édité en 1998 indique que les peintures du Foyer Civique étaient en dépôt au musée en 1952, mais on ignore ce qu'il est advenu de toutes ces oeuvres.).

À cette époque, Armand Assus habite square Bresson, au dernier étage d'un immeuble où il dispose d'un vaste atelier et d'une immense terrasse d'où il contemple la ville presque entière. Sans en bouger, il peut y repérer tous ses motifs préférés, la Casbah étagée au-dessus de lui, les rues animées de la ville basse, le théâtre et le square à ses pieds, la gare maritime et le port, un peu plus loin au-devant.

Deux fois par semaine, il y reçoit des élèves, dans le cadre " d'une sorte de cours collectif de peinture et de dessin ", et ce, jusqu'à son départ définitif d'Alger à l'indépendance. Il y accueille aussi beaucoup d'amis peintres, sculpteurs, écrivains ou musiciens, qui apprécient l'affabilité, la pondération et la culture de cette personnalité placée tout naturellement au coeur de la vie intellectuelle très riche qui fermente alors à Alger.

La librairie-galerie ouverte place Bugeaud par Benjamin-Constant est l'un des lieux de rencontre des intellectuels algérois. Assus y expose à partir de 1929, il y fait la connaissance d'Albert Camus, qui deviendra l'un de ses familiers et utilisera à l'occasion l'atelier du peintre pour les répétitions de sa troupe du théâtre de l'Équipe. Il se lie également avec René Janon et Max-Pol Fouchet et retrouvera ces auteurs, avec d'autres comme Emmanuel Roblès, chez l'éditeur Edmond Charlot, qui expose aussi les artistes modernes dans sa librairie " Les Vraies Richesses ", et anime successivement les galeries d'art Rivages et ComteTinchant. Sans jamais accepter de se lier par un contrat exclusif avec un marchand, préférant recevoir ses amateurs dans son atelier, Assus organise chaque armée une ou deux expositions particulières dans d'autres galeries prestigieuses, L'Art de France, Les Ateliers du Minaret, la galerie Pasteur, la galerie Colin, ou Le Nombre d'Or.

Durant les années de guerre passées à Alger, il fréquente beaucoup Marquet, tous deux ont tout loisir de dessiner côte à côte, devant la gare maritime par exemple. Mais chacun a besoin de s'échapper de la ville, et tandis que Marquet acquiert une campagne sur les hauteurs de Beaufraisier, Assus profite des joies de la mer et du Sahel à Aïn-Taya ou dans la maison qu'il a acquise tout près de Sidi-Ferruch, le " cabanon " de Palm Beach. Les petites toiles qu'il y peint captent des moments de bonheur tranquille en famille, le farniente sur la plage ou dans la demi-pénombre de la maison abritée du soleil, les promenades parmi les dunes de sable, dans la forêt de pins, ou en bicyclette dans les rues du village. Il reste un peintre de l'intimité, qui prend son épouse et ses proches pour modèles, qui choisit parmi ses objets familiers ou dans le panier du marché pour composer ses natures mortes raffinées. Ainsi que l'écrivait Jean Brune en 1952, son oeuvre se ressent comme " silencieuse, apaisée, recueillie "( Jean Brune, " Dix peintres d'Alger e, Le Magazine de l'Afrique du Nord, n° 24, février 1952, p. 24-25.).

Mais il est aussi un patriote, qui aide la résistance locale à la veille du débarquement américain à Alger, et qui participe à l'exposition " Peinture française " organisée par le CNL à Londres en 1944. Un homme de convictions, qui prend part la même année à l'exposition de la galerie Pasteur à Alger, au profit des Républicains espagnols réfugiés, en compagnie de Marquet, Bouviolle, et bien d'autres peintres généreux.

L'année 1954 est particulièrement bien remplie: il expose à la He Biennale de Menton, à Toulon avec l'Association des Amis du Musée de la Marine, puis au Salon de la Marine à Paris, avant de partir pour un séjour d'études de trois mois en Hollande, grâce à une bourse du gouvernement des Pays-Bas. Dans ce pays de calme, il se sent heureux de peindre les paysages harmonieux baignés de lumières tendres, si bien accordées à sa nature, et ne se lasse pas d'analyser l'art des maîtres du passé. Le musée Boymans de Rotterdam lui achète une vue de Paris, " L'Église Saint-Germain l'Auxerrois ". L'ambassade de France à La Haye accueille également une toile.


Le Telemly", extrait de Les peintres de l'autre rive, - Musée de la Castre - Cannes." Le Telemly", extrait de Les peintres de l'autre rive, - Musée de la Castre - Cannes.



Jusqu'à l'indépendance, il alterne expositions et déplacements, participant à plusieurs manifestations officielles mettant en valeur les peintres de l'École d'Alger à l'étranger, entretenant des relations suivies avec le musée des Beaux- Arts, où Jean Alazard lui demande de restaurer des tableaux contemporains. Nommé membre du Comité de patronage de la villa Abd-el-Tif en 1949, il est fait chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres en 1956, devient membre du jury pour l'attribution des bourses de Lourmarin en 1961. Il exécute aussi des commandes publiques : pour le hall de l'école d'enseignement professionnel de Bougie en 1955 ( Il réalise deux décorations sur le thème de " la production de la force électromotrice ": " Construction d'un barrage " et " Déchargement de la houille dans le port d'Alger ".) et pour le lycée de jeunes filles de Kouba en 1959 ( Deux fresques sur le thème des arts, "La Musique " et " La Peinture".).

Installé à Nice après 1962, Armand Assus réside ensuite à Cannes, puis à Antibes, où ses dernières années sont assombries par la maladie, une paralysie progressive qui l'empêche de peindre à partir de 1973. La galerie Vendôme, rue de la Paix à Paris, lui consacre une belle exposition avec catalogue en mars- avril 1966. Il connaît la satisfaction d'une rétrospective au Château-Musée de Cagnes en 1970, avant de s'éteindre à Antibes, le 28 juin 1977.

Avec celles d'une petite douzaine d'artistes, quatre de ses œuvres sont présentées à Lourmarin, dans le cadre de l'exposition " Les peintres amis d'Albert Camus ", organisée par Les Rencontres méditerranéennes en 1994.

Un bon nombre d'oeuvres d'Armand Assus avaient été acquises par le Musée national des Beaux-Arts d'Alger, et figurent toujours dans les collections actuelles : " Port d'Alger ", " Square Bresson ", " Rue du Chêne ", " Le Narguilé ", " Jeune Mauresque assise ", " Portrait de Benaboura ", " La cuisine ", " Le couloir ", " Delft ", " Port de Rotterdam ", " Cuzieu ", " Rue de l'Echaudé à Paris ", " Plage de Juan-les-Pins au crépuscule ". Le musée. Demaeght à Oran possédait trois peintures. Le Musée d'Art et d'Histoire de Narbonne conserve une grande toile, " Les Fiançailles ".

Max-Pol Fouchet a très bien résumé son art, en rendant compte d'une exposition du peintre en 1937: " Armand Assus, comme à l'accoutumée, nous séduit par la plus exquise sensibilité Une toile d'Assus est un ravissement pour l'intelligence et l'émotion. Elle déborde de quotidienne poésie.[...] L'habitude, cette transition de la vie, nous fait passer insensibles devant les étonnantes merveilles du coutumier et du continu. Qu'on nous les révèle, voilà ce qui me paraît l'essentiel de la mission de l'artiste en général, et du peintre en particulier. Assus est de ceux qui nous redonnent la féerie du quotidien comme si nous le voyions pour la première fois "(Max-Pol Fouchet, Beaux-Arts, 16 juin 1937.)