Tourisme en Algérie
Du tourisme? ...oui!

Parler de tourisme algérien, n'est-ce pas en ce moment une gageure ? Le remarquable exposé de M.Camous, directeur de l'OFALAC - qui par ailleurs, élève singulièrement le débat - montre que non seulement il n'est pas prématuré de se préoccuper de la question, mais qu'il n'est, à cet égard, que temps d'entreprendre.

Nous voyons en effet les pays voisins, Maroc, Tunisie, faire un gros effort en ce domaine.De nombreux palaces modernes notamment, y sont construits nonobstant les sacrifices financiers entraînés.. Or, nous souffrons d'une grave carence en matière d'installations hôtelières dignes de ce nom,en matière aussi aussi d'équipement de nos stations thermales, climatiques, balnéaires, pourtant de grande classe.

il est de notre devoir de projeter, sans plus attendre, toute la lumière possible sur cette situation. Il faut à tout prix pouvoir mettre - ou remettre - au plus tôt en valeur la richesse incomparable que le tourisme, prouisoirement en sommeil, peut représenter pour ce pays.

Alger-Revue, automne-hiver, 1960
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mise sur site le 14-9-2007

 
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Notre propos n'est pas, en quelques lignes, d'épuiser un sujet dont l'actualité pourrait d'ailleurs sembler contestable, si on l'abordait sur le plan traditionnel.

Nous songeons simplement, comme tous ceux dont la tâche consiste à éveiller et épanouir les richesses de cette terre, à nous pencher sur ce problème du tourisme en Algérie pour éclairer certains de ses aspects, qui paraîtront insolites de prime abord, mais qui sont si riches de promesses !...

Le milieu humain de nos grandes villes, et surtout d'Alger, est un ferment qui est l'élément majeur indispensable pour l'expansion touristique : car sans vie intellectuelle, sans activité physique et morale des populations agglomérées, il n'y a pas de tourisme possible. Celui-ci s'accommode mal, en effet de la vie solitaire : le touriste a besoin de multiples services pour son confort, de distractions et d'activités de dépaysement qui font l'attrait des vacances.

L'Algérie, chacun le sait, peut fournir tous ces besoins aux touristes traditionnel;, à ceux qui, selon la conception étroite généralement admise, apportent de l'argent national ou étranger en échange des services matériels qu' ils reçoivent et des curiosités qu' ils recherchent pour enrichir leurs vacances, à ceux qui font travailler en un mot "l'industrie touristique ". Un corps hôtelier qui s' équipe et se modernise grâce au Plan de Constantine offre toutes les possibilités et le service d'un excellent personnel formé sur place par des maîtres avisés.

Dans certaines régions, où la pacification gagne rapidement, telles que l'Oranie et les monts de Tlemcen, dont toute la banlieue algéroise et l'Est de l'Algérois, il est possible de remettre en activité sans grand risque et sous certaines précautions, ce tourisme traditionnel en l'étendant même aux oasis, lieu de prédilection des étrangers qui viennent chercher l'exotisme du climat et de l'islam à quelques heures d'avion de l'Europe.

L`Algérie offre toute la richesse des sites qui font la gloire des Riviéras européennes, car le fossé méditerranéen présente au Sud comme au Nord son aspect de faille rocheuse bordée par les plissements tertiaires dont la mer baigne le pied. Toute la côte kabyle, celle du Dahra et celle des monts de Tlemcen, offrent des plages en criques dominées par des montagnes en pente raide qui permettent d'allier les joies de la mer aux bienfaits et aux délassements de l'altitude.

Cette terre possède, en outre, sur la rive sœur du Nord l'avantage de jouir de la certitude d'un été et d'un automne ensoleillés : partout les observations météorologiques révèlent une constante de 300 jours d'ensoleillement par an en moyenne.

Quelques points bien sélectionnés et équipés peuvent permettre, le moment venu, de lancer quelques centres de yachting international, (telle la rade de Djidjelli qui forme un des sommets du polygone de la Méditerranée occidentale), ou quelque grande plage, comme la séquence des baignades de 1a Madrague à Zéralda, ou du Lido à Cap-Matifou.

Le thermalisme d'hiver ou de printemps pourrait être le relais de celui d'été en métropole, et autour des villes d'eaux ou des sites donner naissance à l'aménagement de centres climatiques et de repos, tels qu'il s'en développe de plus en plus en Suisse et dans les Alpes françaises et italiennes pour satisfaire loin des villes le besoin impérieux de repos des organismes et des cerveaux surmenés par le rythme trop rapide de la vie moderne.

L'aménagement de quelques sites bien choisis par les pouvoirs publics et les syndicats professionnels intéressés permettrait, en outre, de résoudre un problème impérieux de la vie des villes modernes, qui se pose avec acuité à Alger, comme en métropole : celui de l'organisation des loisirs. Les travailleurs urbains, cadres ou employés, recherchent avec insistance pour eux et leurs familles des lieux de délassement qui permettent de trouver à des prix raisonnables les commodités nécessaires au week-end familial, tout en jouissant du repos à la mer ou à la campagne.

Ces sites pourraient être utilisés l'été, pendant la période des vacances, pour aider au développement de deux formes de tourisme nouvelles nées depuis vingt ans à peine, et dont nous souhaiterions parler plus longuement, car elles s'adressent à des couches nouvelles des peuplements humains que le tourisme traditionnel dont il est parlé ci-dessus n'intéresse pas. Ce sont le Tourisme Populaire et le Tourisme des jeunes.

Le Tourisme Populaire mobilise pendant leurs vacances les familles des travailleurs de tous rangs partant à la recherche de lieux de détente. Ils y recherchent des installations collectives qui leur permettent de vivre à des prix correspondant à leurs moyens dans des sites lointains qui leur fournissent le soleil, la mer et la montagne dont ils sont privés dans les grands centres industriels. L'Algérie offre abondamment ces trois richesses naturelles et il serait intéressant de reprendre l'expérience des villages de toile que des organisations privées avaient tentée avec succès peu avant la rébellion, en la cantonnant pour l'heure dans les zones pacifiées sur des périmètres surveillés.

Le Tourisme Jeune s'adresse à une minorité active, êtes ressources traditionnelles du tourisme classique et que les moyens financiers écartent encore davantage qui n'intéresse pas par conséquent l'hôtellerie et ses industries annexes. Par contre, si cette sorte nouvelle de voyageurs est pauvre d'argent elle est riche de dynamisme et de force vive.

Les jeunes d'aujourd'hui, parmi eux les étudiants surtout, sont avides de connaître et plus qu'autrefois désirent très tôt, souvent dès le collège, voir et sentir sur place les civilisations différentes de la leur. Ils sont naturellement attirés par les peuples en mouvement, par ceux dont le dynamisme modèle des structures et des cadres sociaux nouveaux. Or, l'Algérie est incontestablement pour l'Europe une des régions-clés où se modèle son avenir. Le contact d'un Islam traditionaliste, avec la naissance d'une civilisation industrielle de type occidental, aux carrefours de l'Afrique, de l'Europe et de l'Orient y crée des problèmes nouveaux que la très forte démographie ne laisse pas le loisir d'évoluer dans le calme des études traditionnelles. Ce dynamisme évolutif et les problèmes qu'il pose passionnent les jeunes.

Le présent gouvernement s'intéresse à cette soif de connaître des jeunes, qu'il faut totalement satisfaire en évitant de laisser à des éducateurs orientés politiquement et souvent involontairement partisans, le soin de diriger seuls les contacts culturels de la jeunesse, qui se laisse par sa foi facilement prendre à certaine forme fallacieuse d'originalité intellectuelle qui capte son ardent désir de justice et d'Humanisme. Il a créé, sous l'autorité du Haut Commissariat à la Jeunesse et aux Sports, le Comité de gestion des organismes d'Éducation populaire (Cogedep), qui est chargé de gérer et de distribuer l'aide financière consacrée par l'État aux organisations de Jeunes qui aménagent - soit sur le sol national, soit à l'étranger - des contacts culturels.

Les autorités algéroises ont dans ce domaine un rôle important d'accueil à jouer en dirigeant les séjours des jeunes métropolitains qui viennent s'informer de nos problèmes et en leur montrant le charme et le dynamisme de notre ville.

Ce tourisme de culture pourrait aussi dans un proche avenir intéresser les élites, de plus en plus nombreuses, des jeunes républiques noires de langue française. Alger leur offre un milieu climatique et un mode de vie plus proche du leur que ceux de la métropole, alliés à un milieu universitaire et culturel important qui peut être facilement adapté à leurs besoins.

Et nous rejoignons par là une des vocations d'Alger, celle d'être le carrefour des liaisons entre l'Europe et l'Afrique et du transit des voyageurs entre l'Orient méditerranéen et l'Atlantique - Mieux que la côte nord dut lac méditerranéen, sa rive sud remplit ce rôle, car elle est au contact physique individuel da Sahara et du monde noir, vers lesquels s'oriente d'avenir occidental. Tout un tourisme d'affaires doit être organisé autour de ce fait géographique, auquel le climat et les conditions naturelles décrites ci-dessus donnent une chance exceptionnelle de réussir. L'accueil des familles des techniciens de passage occupés à la mise en valeur du pays est très important et peut être financièrement fructueux.

Ce bref exposé n'a pas la prétention d'épuiser un sujet qui mérite pour son développement complet des plumes plus autorisées. Il avait pour but de montrer tout simplement que, contrairement à une opinion couramment admise, le tourisme ne se limite pas aux palaces et aux questions d' argent, mais qu il transcende les conditions matérielles dans le monde moderne pour atteindre la recherche intellectuelle chez certaines catégories de voyageurs. Sous cette forme, il est certain que le tourisme doit et peut être intensifié en Algérie, à Alger en particulier, avec quelques efforts matériels. La rébellion ne peut y mettre obstacle, et il peut devenir un élément d'information valable qui a son importance dans la conjoncture actuelle.

J.CAMOUS,
Directeur de I'O.F.A.L.A.C.