mise sur site le 08-09-2003
-Alger : Les transports maritimes

Le "Ville d'Oran"...
Un texte extrait de "Si jamais je t'oublie Algérie..." ouvrage de Pierre Dimech (et avec son autorisation).
une carte postale (clic!) écrite :"Chers parents, je viens vous donner un peu de nouvelles..."

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-------Il fut lancé le 6 octobre 1935 à La Ciotat, pour être donné en gérance à la Compagnie Générale Transatlantique, dont il ne devint la propriété que beaucoup plus tard. De la même série que le " Ville d'Alger ", dont il était le " sister-ship ", le " Ville d'Oran " bénéficia des progrès accomplis pour le " Normandie ".
-------Voici ses principales caractéristiques : Longueur : 147,60 m. Largeur : 19,20 m. Tirant d'eau : 6,55 m. Jauge brute: 10.172 tonneaux. Puissance : 20.000 CV. Vitesse maximale : 23 noeuds. Vitesse moyenne : 21 naeuds.
-------La silhouette primitive du " Ville d' Oran " se caractérisait notamment par deux grosses cheminées profilées ; mais, après la guerre, la cheminée arrière, d'ailleurs postiche, disparut, allégeant la ligne générale du paquebot. " Ville d' Oran " innovait avec une étrave arrondie et un "arrière de croiseur", à l'aérodynamisme très étudié. Avant guerre, les passagers étaient répartis en quatre classes. Plus tard, en trois classes : lère classe (avec des cabines de luxe et de priorité), classe touriste et passagers de pont. En tout, 1.100 personnes environ. lère classe et classe touriste disposaient chacune d'une salle à manger et d'un bar fumoir. Le grand salon du " Ville d'Oran ", d'une hauteur de deux niveaux, était d'une rare élégance, ne le cédant en rien,_ toutes proportions gardées, aux grands transatlantiques des lignes d'Amérique. Enfin, deux longs ponts-promenade : l'un vitré, sur lequel donnait le salon et la salle à manger des premières, l'autre situé sous les embarcations de sauvetage et donnant accès à la passerelle de commandement, permettaient de longues promenades, abritées ou à l'air du grand large. A l'arrière, chaque pont était étagé de manière à constituer un grand espace, réservant de larges emplacements pour les jeux, se découpant sur un horizon immense.
-------Il n'y avait pas de piscine à bord, tout simplement parce que " Ville d'Oran ", comme les autres navires des lignes de la Méditerranée, était essentiellement un moyen de traverser rapidement la Grande Bleue, entre ses rivages Nord et Sud, et non un paquebot destiné aux croisière (bien qu'il en ait effectué un certain nombre). Et, de fait, " Ville d' Oran " était le navire le plus rapide, après le " Kairouan " de la Mixte. Ainsi reliait-il Alger à Marseille en 19 heures ; Oran à Marseille en 25 heures environ. Lorsqu'on prend connaissance des horaires des "carferries" qui assurent ces lignes aujourd'hui, on constate que le "progrès" s'est exercé à reculons, et ce de plusieurs heures !
-------" Ville d'Oran " eut, si l'on risque cette image, " une existence de Pieds-Noirs ". Navire du soleil et de l'Afrique du Nord, il alla rejoindre la flotte française lors de la guerre et participa en mai 1940 à l'expédition de Norvège comme croiseur auxiliaire ; armé de quelques canons, il assuma ensuite des missions militaires en Méditerranée. Il était alors camouflé, repeint en gris et blanc. Honneur insigne, " Ville d'Oran " reçut la Croix de Guerre, dont il porta la flamme, déployée au vent du large au-dessus de sa proue, et fut cité à l'Ordre de la Division en août 1947. Comme tous les autres navires et cargos des lignes de la Méditerranée, " Ville d'Oran " tourna sans relâche entre Marseille et les grands ports algériens pendant les années 1954 à 1962. Le 5 octobre 1959, un début d'incendie éclata à son bord alors qu'il se trouvait à quai à Marseille, sans doute à la suite d'un attentat. Il était devenu le " flag-ship ", en quelque sorte le " navire-amiral " de la Transat en Méditerranée.
-------Il ramena les troupes d'Algérie et les foules de l'exode. Et, comme on n'avait plus besoin de lui, on le vendit; c'était le 28 juin 1965. Certes, ce ne fut pas à un chantier de démolition italien comme pour bien d'autres (notamment, semble-t-il, le " Ville d'Alger "), mais à une compagnie de navigation grecque : la Typaldos d'Athènes. Vers la fin des années 60, on pouvait reconnaître sa silhouette, bien qu'il fût entièrement repeint en blanc, sur des prospectus touristiques : " Ville d'Oran " était devenu " Olympos ". Depuis, sa trace a été perdue, mais finalement en beauté, évanouie quelque part en Mer Egée, là où prit naissance la Civilisation de notre Méditerranée. Mais comme il eût mieux valu le laisser ancré à Marseille, à l'entrée de la Joliette, pour en faire une grandiose " Maison de l'Algérie Française " chargée de symboles, et la proue tournée vers le sud.
(Mars 1978)
-------Hélas, sa nouvelle carrière ne dura que quatre ans, pour des croisières entre Venise et le Pirée, Marseille (oui ! ! ! ...) et Haïfa. Le 15 décembre 1969, il arriva à Trieste pour y être démoli.
-------" Ville d'Alger " connut le même sort : vendu à un armement grec en avril 1966, rebaptisé " Poséïdon ", il fut affecté aux mêmes croisières que l'ancien " Ville d'Oran ", pour finir à La Spézia, le 4 juillet 1969, aux chantiers de démolition...

Le "Ville d'Oran"...