LA PLAINE DE LA MITIDJA AVANT 1962
RAPIDE SURVOL DES COMMUNES DE LA MITIDJA

RIVET (ou Meftah)

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SIDI-SALEM

Georges Bouchet

mise sur site le 1-6-2011...+ le 1-10-2011

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RIVET (ou Meftah)

RIVET (ou Meftah)
Origine du nom : française. C'est le nom d'un général français mort durant les batailles qui se sont déroulées en Crimée lors du siège de la place russe de Sébastopol, en 1854 et 1855.

Origine du centre : française. C'est une création du second Empire, intervenue en 1856, donc au bon moment pour honorer la mémoire du général français qui venait de mourir au combat. Création étonnamment tardive car c'est à 2km du futur village que de Tonnac avait bâti la première ferme française de la Mitidja en 1835 : l'haouch Kadra (Kadra étant le nom d'un minuscule oued descendu du djebel Zerouela).
L'implantation d'un village ayant été évoquée dès 1845 : il fallut 11 ans pour passer du projet à sa réalisation. Rivet devint CPE en 1880.

Le territoire communal est double : un bon morceau de plaine dans la Mitidja et un djebel tout entier, le djebel Zerouela. Le paysage de la plaine est le même qu'ailleurs dans la Mitidja : des cultures partout, des routes droites bordées d'arbres, des fermes nombreuses. Seule la limite occidentale est naturelle, car elle suit l'oued Si Hamed. Grâce à de nombreux drains bien visibles sur la carte il n'y a plus de marécages.

Le djebel Zerouela est remarquable par sa forme très régulière et bien individualisée : 7km de long, 515m de haut, et une orientation rigoureusement sud-ouest nord-est. Les deux versants de ce djebel sont dans la commune de Rivet. Une route à lacets grimpe jusqu'à la crête sommitale où le relief est assez modéré pour pouvoir y construire de grands bâtiments.

Les activités et les rôles sont multiples.

        

Agricoles surtout bien sûr ; et du début à la fin. En 1954, dans la plaine, c'est la vigne et les orangers qui dominaient. Il y avait une grande cave coopérative. Mais Rivet devait à un peuplement en partie d'origine mahonnaise, une certaine vocation maraîchère. Dans la montagne les fellahs s'adonnaient à une polyculture vivrière avec oliviers et figuiers. Sur le versant nord du djebel Zerouela, face à la plaine, les mechtas et les haouchs étaient nombreux.

   
         Industrielles avec d'abord l'une des trois cimenteries d'Algérie. Cette cimenterie du groupe Lafarge devait sa présence près du village à la proximité de carrières de calcaire et d'argile faciles à exploiter. Elle existait déjà en 1900. En 1962 elle produisit 50 000 tonnes de ciment de bonne qualité. La poussière de ciment colorait en gris quelques toitures proches. En 1929 on mit en production également une briqueterie.
   
     Médicale avec l'ouverture en 1932, après deux ans de travaux, d'un hôpital-sanatorium qui était destiné à la guérison des tuberculeux. Quand la tuberculose fut éradiquée, la sanatorium, situé sur le djebel à 450m d'altitude, servit d'établissement de convalescence.
   
     Religieuse avec un monastère secondaire des Pères-Blancs inauguré en 1934, et une chapelle dite de Notre-Dame du Mont, consacrée en 1935. Ces deux établissement étaient tout en haut du djebel.
   

Le seul centre est Rivet : en 1935 le village était encore bien inscrit dans le carré de ses origines. Un village de colonisation modèle donc, au pied du djebel sur la RN 29 de Blida à Palestro. La route directe pour Alger était la RD 118. Les deux routes se croisaient au centre du village. Il n'y a jamais eu de train à Rivet, malgré le trafic qu'aurait pu susciter la présence de la cimenterie. Le village était desservi par deux sociétés : l'Auto-Traction de l'Afrique du Nord et la Cie Générale des Transports sur Routes d'Algérie. L'une des deux passait par Oued Smar, et l'autre par le hameau des Eucalyptus. La CGTRA desservait aussi le sanatorium.

Particularité : l'existence d'un pèlerinage catholique (dit le guide bleu). Le lundi de Pentecôte certains montaient pour prier la Vierge de Notre-Dame du Mont qui avait sa statue au-dessus de chapelle depuis 1935. D'autres montaient avec la mouna pour casser la croûte en admirant le paysage de la plaine, le plus souvent estompé par une brume de chaleur. On pouvait pique-niquer tout là haut n'importe quel jour de beau temps chaud ; mais le lundi de Pentecôte et le dimanche de Pâques, il y avait foule.

Population en 1954 : 13 430 dont 949 non musulmans (soit 7, 07%).
Population agglomérée en 1948 : 1 007.

Grain de sel de B.Venis : sur ce site, quelques documents sur Rivet : clic

 

SIDI-SALEM

Sidi-Salem est le nom donné à un très grand domaine agricole situé sur les communes de Rivet et de Fondouk, dans la plaine de la Mitidja orientale, au pied de l'Atlas tellien.

SA PHOTO D'ABORD

SIDI-SALEM

 

On aperçoit au premier plan les principaux bâtiments de la ferme qui sont situés au nord de la RN 29 qui reliait Blida à Palestro. Et au sud de la RN 29 la villa du Directeur Général surnommée pompeusement " le château ".

Plus loin apparaissent les derniers champs de la Mitidja et les premières rides de l'Atlas tellien à l'est du djebel Zérouéla.

La photo a été prise du nord vers le sud.

SA DISPOSITION SUR LA CARTE ENSUITE

On aperçoit sur cet extrait de la carte au 1/50 000 les limites (approximatives) des champs appartenant au domaine de Sidi-Salem, de part et d'autre de la RN 29. Ces champs sont hachurés et grisés.

Les bâtiments sont tous dans la commune de Fondouk. Les champs sont, pour une petite part, dans la commune de Rivet. Rivet est à 4,750km du bâtiment principal (le rond jaune) ; et Fondouk à 6km.

La couleur rose indique l'emplacement des vignobles vers 1935.

Les deux territoires du domaine étaient séparés par la propriété Laville.

Et à l'est du domaine se trouvait la propriété Ben Turki.

L'oued Barek, qui traverse le domaine, est un affluent de l'oued Smar.

Le rond jaune précise l'emplacement du bâtiment en U ; et le demi cercle orange l'emplacement de la villa du Directeur. Le demi cercle jaune est une ferme annexe.

UN EXPOSE EXPLICATIF ENFIN.

Cette ferme de Sidi-Salem n'est pas du tout représentative de la colonisation de peuplement telle que prévue par le plan Guyot de 1842 qui conseillait la distribution de concessions de 2 à 12 hectares. Ce n'est pas non plus un domaine appartenant à une famille de colons qui aurait réussi à agrandir la concession d'origine ; les héritiers continuant à résider sur ces terres pour exploiter le patrimoine familial.

C'est un exemple de colonisation capitaliste stricto sensu, dont les propriétaires, nombreux, ne sont que des actionnaires d'une société agricole. Aucun d'entre eux ne résidait sur le domaine, et sans doute pas davantage dans l'un des villages voisins ; peut-être quelques uns à Alger et la majorité plus vraisemblablement en métropole. Les cadres français présents sur le domaine sont des employés appelés à changer de patron et de résidence un jour ou l'autre.

Superficie cultivable : entre 500 et 600 hectares.

Une grande partie de ces terres étaient irrigables. L'eau était fournie par le barrage du Hamiz et distribuée par un maillage de canalisations à ciel ouvert. Les règles d'utilisation étaient très strictes : il y avait des jours et des heures à respecter.

L'eau n'était pas gratuite : il fallait la payer. C'était l'affaire de la comptabilité d'évaluer l'avantage ou l'inconvénient de remplacer la vigne, non irriguée, par des arbres fruitiers qui devaient être abondamment irrigués, tels que les agrumes. Il fallait tenir compte aussi de la nécessité de recruter des travailleurs saisonniers compétents pour des travaux parfois délicats (la taille) et pour les récoltes.

Gestion du domaine par des salariés :
                    un Directeur Général
                    un Gérant pour la direction des travaux agricoles
                    quelques Adjoints spécialisés.

Dans les années 1930 le Directeur était Gustave Pélégri, ingénieur agronome de formation.

     

Il avait créé un arboretum peuplé d'essences rapportées de ses nombreux voyages. Cet arboretum fut saccagé après l'indépendance.
Son neveu Jean Pélégri est l'auteur du livre " les oliviers de la justice "qui a inspiré un film paru en 1989.

En 1946 le Directeur s'appelait Gérard d'Ortho. Il est resté en poste jusqu'à la mise en autogestion du domaine, au tout début 1964.

Dans les années 1950

     le chef-comptable s'appelait Boyer.
Le responsable de la forge s'appelait Perez
Le chef de l'atelier de mécanique générale et agricole s'appelait Sébastien
Les responsables des stages étaient Monsieur et Madame Baldo. Le domaine recevait en effet, pour de longs séjours, des stagiaires venus de métropole.

En 1945 le domaine utilisait de nombreux chevaux et mulets pour les travaux de labours et de charrois. En 1962 ces attelages avaient disparu, remplacés par des tracteurs. La substitution avait été réalisée progressivement, sans doute favorisée à partir de 1948 par l'aide du plan Marshall.
Il existait donc, jusqu'au début des années 1950, de vastes écuries.

Les ouvriers saisonniers étaient nombreux pour les vendanges, les récoltes diverses et la taille. Il y avait alors entre 300 et 350 ouvriers que l'on payait, en espèces, chaque samedi.

Les cultures


Entre les deux guerres, après 1919, c'est la vigne qui occupait presque tous les champs, avec dans les parcelles les plus humides la récolte du foin. Le vin produit était de la qualité la plus courante et était entièrement destiné à l'exportation vers la métropole ; comme vin de table ou, parfois, de coupage. Le foin était consommé sur place par les chevaux et mulets du domaine. L'irrigation permettait de planter un peu de maïs pour le même usage.

Après 1945 les aliments du cheptel ont été moins utiles. Et le vignoble, déjà excédentaire avec les problèmes de surproduction et de mévente dès les années 1930, a vu ses surfaces régresser.

Ce sont des vergers irrigués qui ont remplacé la vigne : notamment des agrumes (orangers, mandariniers et pomelos), des pêchers, des poiriers. Pour protéger les jeunes plants contre les vents, on planta des haies de casuarinas, arbres à croissance rapide.

Je dois mentionner aussi du raisin de table livré à la Maison de la datte, rue Charras, à Alger ; et de vastes champs de melons et de pastèques destinés aux marchés de l'Algérois. Et, pour la consommation locale, notamment par le personnel du domaine, des cultures vivrières.

Les bâtiments

Les bâtiments


N° 1 Bâtiment principal en U : Ecuries, garage, forge, mécanique, menuiserie
                                             Et quelques appartements de fonction
N° 2 Villa du Gérant
N° 3 Bureaux de la comptabilité
N° 4 La cave d'une capacité de 30 000hectolitres
N° 5 Hangar extérieur ; et derrière ce hangar un vaste poulailler, avec des pintades
N° 6 Le " château ", résidence du Directeur
N° 7 Sous un toit de tôles, la scierie pour le bois de chauffage
Et quelque part un puits pour l'alimentation en eau potable, que je ne sais pas situer.