Opéra de mes jeunes années - Alger
LA SAISON 1948-49
M. Pierre Portelli nommé directeur de l'Opéra
nous confie ses projets

M. Pierre Portelli, dont la nomination à l'unanimité par la commission théâtrale de la ville à la direction de l'Opéra, vient d'être ratifiée par M. Gazagne, maire, a réuni les membres de la critique théàtrale en un apéritif intime pour révéler ses premiers projets.

Ils ne sont encore que d'une portée généra
le, car le nouveau directeur doit se rendre en France incessamment et c'est à son retour que nous connaîtrons ce que sera la prochaine saison sur notre première scène.

Animé des meilleures intentions, M. Portelli ne négligera rien pour donner tout l'éclat désirable aux spectacles de l'Opéra. Au répertoire traditionnel franco-italien, peut-être fera-t-il débuter la saison par Lucie de Lamermoor avec une « coloratura » de la Scala de Milan, des reprises comme celles des Huguenots, de Sigurd s'ajouteront les opérettes en vogue à grand spectacle, la troupe comprenant plusieurs divettes qui se relaieront.
(suite dans l'article)


Echo d'Alger du 4-5-1948 - Transmis par Francis Rambert

sur site : juin 2019

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A SAISON 1948-49


Le sol de marbre sur lequel s'étalaient aux soirs de gala les traînes gracieuses et froufroutantes des robes de nos élégantes, est déjà souillé de gravats et, de décombres.
Quant à la salle, elle présente l'aspect désolant d'une bâtisse où aurait éclaté une bombe.
Plus un fauteuil d'orchestre sur le plancher, plus une stalle, plus une chaise dans les loges. La fosse d'orchestre a disparu, le plateau, que les entrechats des danseuses battirent si souvent — non sans en faire sortir des nuages de poussière — n'est plus. Un grand trou, entouré de barrières provisoires, s'ouvre là où se déroulèrent, avec des fortunes diverses, tous les opéras, toutes les opérettes du répertoire.
Le rideau somptueusement grenat et doré a disparu.
Par un fond de scène. qu'attaquent déjà le pic des démolisseurs, on aperçoit la grande salle mauresque, ou foyer de la danse. Les garnitures en stuc des balcons ont été « éprouvées » par les martelettes des maçons. Elles n'ont pas résisté... et elles ont bien fait.
Tout là-haut, à l'endroit où s'étalaient les splendeurs du grand lustre de cristal, qui a rejoint déjà dans quelque triste débarras les autres accessoires du luminaire théâtral, par un lanterneau d'où filtre une lumière grise, passe une tête de manoeuvre qui crie, en laissant glisser un sceau :
— Oh! Pèpète, tu le remplis de mortier et vite, hein ? que ça passe ici.
Dehors, devant la façade tarabiscotée, des échafaudages dressent leurs géométriques silhouettes.
Tout cela prouve qu'on est entré activement dans la période d'exécution.
Bien entendu, après les pics des démolisseurs entreront en jeu les truelles des constructeurs.
Souhaitons que tout comme le Phénix renaissait de ses cendres, notre opéra renaisse bien vite de ses décombres pour la plus grande joie des amateurs, toujours nombreux, du "bel canto » et de ceux qui se laissent émouvoir par les gracieux ébats des fraîches ballerines...

A.-L. B.