Alger, Algérie : documents algériens
Série politique : hors série
Discours prononcé à Radio-Algérie le 3 septembre 1946 par M. le Ministre Plénipotentiaire Gouverneur Général de l'Algérie
Yves CHATAIGNEAU


mise sur site le 8-11-2010

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Discours prononcé à Radio-Algérie le 3 septembre 1946
par M. le Ministre Plénipotentiaire
Gouverneur Général de l'Algérie
Yves CHATAIGNEAU

En clôture d'amples débats, les voix du Président du Gouvernement provisoire de la République et du Ministre de l'Intérieur ont solennellement affirmé, devant les élus du peuple, à l'Assemblée Nationale Constituante, la pérennitéde la mission et de la présence de la France, garante des libertés démocratiques qu'elle a apportées, sur cette terre où voisinent les tombes de nos compatriotes venus d'Europe depuis un siècle et celles de nos compatriotes qui les y avaient précédés au cours des siècles antérieurs. L'Assemblée Nationale Constituante a, dans un élan presque unanime, assuré le Gouvernement de sa confiance pour qu'il dépose un projet de loi en vue de poursuivre l'aménagement de ce pays à l'intérieur de la Patrie commune dont les frontières ont été, dans les épreuves et dans les gloires, maintenues ou rétablies par le sang confondu des enfants de l'Algérie et de la Métropole, de toutes origines et de toutes confessions.

Les combattants d'Algérie qui reposent dans le sol de la France d'Europe y sont un rappel permanent du droit de cité qu'ils y ont assuré à leurs frères et à leurs fils, et sur le sol d'Algérie les générations incorporées de pionniers de la paix et de l'effort français ont, à leur tour, scellé leur établissement. Tant il est vrai que la Patrie se fonde en tout premier lieu sur les sacrifices qu'en commun ses enfants ont consentis.
L'Assemblée Nationale Constituante a voulu, avec le Gouvernement, souligner l'ardent amour de la Patrie qui nous unit et notre souci du sort matériel et moral des populations dont l'évolution démocratique est assurée par la présence de la France démocratique, tandis qu'elle succomberait à une relève de souveraineté au bénéfice de servitudes économiques implacables, même si celles-ci étaient palliées sous les apparences d'un régime que confisqueraient des oligarchies.

Des hommes opposés à l'application de la politique de sécurité sociale que le Gouvernement de la République entend appliquer intégralement à l'Algérie, recommandent, pour y échapper, un exode qu'ils se gardent eux-mêmes de pratiquer et répandent des mots d'ordre de panique qui inquiètent les gens de bonne foi.

D'autres se plaisent à dénigrer systématiquement tout ce que la présence française a apporté de liberté, de justice, de sécurité, et mise en œuvre de ressources naturelles par l'effort patient et efficace de ceux qui ont donné sans compter leurs peines, leur sueur et leur sang, jusqu'aux limites les plus reculées de ce pays dont les rivages eux-mêmes, il y a plus d'un siècle, offraient des asiles incertains.
Ceux qui parient de chasser leurs concitoyens font sans doute un métier, mais les colporteurs de leurs propos doivent savoir que la panique enrichit ceux qui la sèment et ruine ceux qui s'y soumettent.

Au cours des semaines écoulées, d'aucuns ont ainsi voulu créer un climat de peur profitable à leurs intérêts propres. Le Gouvernement de la République est décidé à déjouer leurs calculs et à s'opposer à. leurs manoeuvres.

Trop de liens du passé et du présent unissent les populations de ce pays pour qu'elles consentent à subir toute idée de coupure, de renoncement ou de sécession.

Le chant de guerre de l'Armée du Rhin, composé à Strasbourg le 25 avril 1792, devenu le chant de ralliement des Marseillais puis l'hymne de la Nation, emporte l'adhésion des cœurs et des cerveaux à la politique généreuse et humaine de la France qui, au cours des siècles, a doté le monde des plus grands courants des idées et des pensées les plus fortes et les plus généreuses, et qui inscrit en préambule à son statut, les droits de l'homme et du citoyen. Nous y sommes attachés, comme nous le sommes aussi à l'apport à notre fonds national de la civilisation arabe du Ponant à qui nous devons la base de l'art musical d'Occident, une floraison de chefs-d'oeuvre des arts plastiques, le prestige et le rayonnement intellectuel de l'Université de Montpellier et, grâce au génie du grand savant tlemcénien Ibn Khaldoun, les principes et les méthodes des sciences humaines exactes.

Fidèle à la tradition, la France entend donner aux sources intellectuelles de notre avoir commun plein écoulement et, grande nation musulmane, épanouir les dons de tous ses fils à qui elle accorde la même affection.

Nous voulons entretenir et développer cette solidarité des esprits et des cœurs qui se manifeste dans la vie courante de la nation des deux côtés de la Méditerranée. Je veux rappeler qu'elle a joué spontanément, au cours de l'année passée, quand le ravitaillement de l'Algérie était compromis par de mauvaises récoltes, encore que la Métropole elle-même ne disposât pas des grains nécessaires à sa subsistance.
Il y a quelques jours, le Gouvernement français unanime a accordé un milliard de subvention à l'Algérie pour absorber le déficit subi depuis la mise en œuvre des blés algériens de la nouvelle récolte et pour atténuer également l'augmentation du prix de vente des céréales.
Une subvention de trois milliards est également prévue par le Gouvernement, pour contribuer au financement du progrès de l'Algérie, qui comporte équipement, sécurité sociale et scolarisation.

Pour cette œuvre, à laquelle la Métropole accorde la solidarité de son effort matériel, le concours de toutes les populations d'Algérie doit se réaliser dans l'unanimité. Et si je voulais, à cet égard, encouragement et satisfaction, je les trouverais dans l'enthousiasme avec lequel les habitants des villages et des douars s'adonnent à la pratique des affaires publiques et se perfectionnent dans l'exercice de la démocratie à l'intérieur des Centres municipaux.

Les premiers travaux du plan d'action communal traduisent le soin attentif que portent les administrés à dresser le bilan des ressources de leur communauté et à en proposer l'exploitation rationnelle. Et les projets de certains douars étonnent par l'audace ingénieuse et par l'esprit constructif de leurs auteurs appelés à prendre part, pour la première fois, à la gestion des affaires publiques. Bientôt les secteurs d'amélioration rurale où le fellah participe à la modernisation de l'outillage et à l'amélioration des méthodes et des façons culturales, permettront aux populations d'élever leur niveau de vie et de prendre conscience de l'étendue de leurs droits et de leurs devoirs.

Je vous le dis : la masse de la population algérienne demeurée à l'écart de la vie municipale, participe à un grand mouvement de franchises municipales et de vie syndicale, où elle regagne à un rythme accéléré le retard qu'elle avait à pratiquer la démocratie. Ainsi se prépare au rôle de citoyens, gérants du patrimoine collectif, une génération d'hommes dont nous sommes tous en droit d'attendre la grandeur de notre Patrie juste et humaine, sous les plis du drapeau tricolore qui fut et reste celui du Pays de la Liberté. La France a choisi : présence et démocratie.

Vive l'Algérie,
Vive la France,
Vive la République.