La RUE BAB-AZOUN
-Bab-Azoun et son faubourg.

FAUBOURG BAB-AZOUN

Voici le texte descriptif qui, dans l'ouvrage de M. Berbrugger, publié en 1841, accompagne les dessins représentant la Porte Bab-Azoun, dont celui-ci.

Le faubourg Bab-Azoun, dont nous allons entretenir nos lecteurs, n'existe plus que dans les souvenirs de ceux qui peuvent compter quelques années de séjour en Afrique. La nécessité d'élargir et d'aérer un des abords les plus fréquentés de la ville a amené la chute de la plupart des constructions indigènes, sauf le quartier des spahis, et quelques petites boutiques maures où les Arabes viennent se pourvoir de cordes en sparterie, de nattes, de fers, de poteries, etc. ; il ne reste plus rien de ce quartier si pittoresque, que l'artiste a représenté avec beaucoup de vérité. Cependant l'aspect de la localité, sous le rapport de la population qui la fréquente, n'a presque pas changé ; et l'étranger descendu du bateau à vapeur, qui veut, en quelques minutes, avoir une idée exacte des différentes races africains, n'a qu'à se transporter de ce côté pour être à même d'étudier le Kabyle, l'Arabe, le Nègre, le Maure, le Juif, en un mot, tous les peuples qui vivent sur le sol de l'Algérie.

*** La qualité médiocre des photos de cette page est celle de la revue. Nous sommes ici en 1924. Amélioration notable plus tard, dans les revues à venir. " Algeria " en particulier.
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TEXTE COMPLET SOUS L'IMAGE.

Afrique du nord illustrée du 30-8-1924 - Transmis par Francis Rambert
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sur site nov.2021

 

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FAUBOURG BAB-AZOUN

Voici le texte descriptif qui, dans l'ouvrage de M. Berbrugger, publié en 1841, accompagne les dessins représentant la Porte Bab-Azoun, dont celui-ci.
Le faubourg Bab-Azoun, dont nous allons entretenir nos lecteurs, n'existe plus que dans les souvenirs de ceux qui peuvent compter quelques années de séjour en Afrique. La nécessité d'élargir et d'aérer un des abords les plus fréquentés de la ville a amené la chute de la plupart des constructions indigènes, sauf le quartier des spahis, et quelques petites boutiques maures où les Arabes viennent se pourvoir de cordes en sparterie, de nattes, de fers, de poteries, etc. ; il ne reste plus rien de ce quartier si pittoresque, que l'artiste a représenté avec beaucoup de vérité. Cependant l'aspect de la localité, sous le rapport de la population qui la fréquente, n'a presque pas changé ; et l'étranger descendu du bateau à vapeur, qui veut, en quelques minutes, avoir une idée exacte des différentes races africains, n'a qu'à se transporter de ce côté pour être à même d'étudier le Kabyle, l'Arabe, le Nègre, le Maure, le Juif, en un mot, tous les peuples qui vivent sur le sol de l'Algérie.

Pour initier nos lecteurs, autant que cela est possible par une simple description, à la connaissance de cette partie importante de notre ville, nous le transporterons un moment au débouché de la rue Bab-Azoun dans la campagne. Avant de franchir la limite qui sépare la cité africaine d'un de ses faubourgs, arrêtons-nous avec respect devant le seuil. Ici, lors de la désastreuse expédition de Charles-Quint, un de nos compatriotes, Ponce de Balagner, dit de Savignac, chevalier du Temple, portant l'enseigne de l'ordre en tête d'une poignée de braves qu'un feu meurtrier et l'inégalité du nombre allaient forcer à la retraite, enfonça son poignard dans la porte. Insouciants que nous sommes de la gloire de nos ancêtres, nous n'avons pas eu l'idée de consacrer par un monument, par une simple inscription, par un nom donné à une rue, le souvenir de ce héros qui, au nom de la France, vint frapper audacieusement à la porte d'Alger, porte qui devait s'ouvrir, trois siècles plus tard, devant d'autres Français non moins braves mais plus heureux.

Une rue porte aujourd'hui le nom de Savignac et, apposée à l'entrée de la rue Bab-Azoun, à l'endroit même où il eut lieu, une plaque commémore le glorieux fait d'armes.

Au-dessus de cette porte de glorieuse mémoire, on voyait encore en 1830 de longs crochets de fer auxquels on suspendait le corps des suppliciés. Les têtes étaient ordinairement rangées sur la muraille, de manière à être aperçues de ceux qui entraient en ville. Si nous étions tentés de détourner les yeux avec dégoût de cet ignoble gibet, rappelons-nous que ce ne furent pas seulement des criminels qui y figurèrent : les derniers trophées de ce genre que nous trouvames après la capitulation furent les têtes de nos infortunés compatriotes, les naufragés du Silène et de l'Aventure, en grande partie massacrés. Entre une place plantée d'arbres, dont le centre est occupé par un bassin et un escarpement qui se trouve à la droite, est le lieu des exécutions. C'est là que, sur quelques planches soutenues par des tréteaux, le condamné à mort vient s'agenouiller devant le bourreau Ali, qui, d'un coup de yatagan, fait voler sa tête dans la poussière du grand chemin. Au pied de l'escarpement, on trouve la place des voitures tapissières qui transportent ceux que leurs plaisirs ou leurs affaires appellent dans les environs d'Alger. Un peu plus loin, stationnent des musiciens indigènes aveugles, dont les tambours de basque, les castagnettes et la flute bédouine forment un concert permanent, objet d'horreur pour quiconque est cloué d'une oreille tant soit peu musicale. Quelquefois des Arabes, ordinairement des gens du Maroc, étonnent les naïfs spectateurs pressés autour d'eux par l'exhibition d'un serpent qu'ils entortillent autour de leur cou, et aussi par les coups violents qu'ils se font donner sur la poitrine avec d'énormes pierres.
Au-dessus de la place des voitures est le marché au bois, au charbon et au fourrage. Quelques tentes délabrées placées sur le bord de l'escarpement, des chameaux pelés qui se dessinent en silhouette, et surtout des Bédouins qui, fièrement drapés dans leurs haillons, y circulent d'habitude, font de cette localité un lieu tout à fait caractéristique, où l'Européen qui craint le contact de la malpropreté ne se hasarde pas d'ordinaire, mais que cependant il examine à distance avec un certain intérêt.

A quelques pas, à droite, on voit la caserne des Spahis réguliers, cavalerie composée d'indigènes et de Français qui portent tous l'habit musulman. Ce corps, dont le recrutement était depuis longtemps suspendu, vient d'être licencié comme régiment, et le peu de soldats qui restaient composeront dorénavant deux escadrons qui seront mis à la suite du premier régiment de chasseurs.

Sur la gauche est un édifice moderne assez élevé, et fort solidement construit, bien qu'il semble se trouver dans le rayon de servitude militaire, et que le génie oblige ordinairement ceux qui ont des propriétés situées dans cette zone à n'élever que des constructions légères, c'est-à-dire à ne faire que des baraques en planches. Ce bâtiment privilégié est la caserne du train des équipages.

Presque en face de la caserne en question, on peut remarquer la route du fort l'Empereur qui serpente vers le haut de la montagne. C'est le premier travail de ce genre exécuté en Afrique ; de cette époque date l'emploi de l'armée à la création de ces belles voies qui se prolongent maintenant en tout sens jusqu'au sommet de l'Atlas, et auxquelles on ne peut comparer que les admirables chemins de l'industrieuse Angleterre. Un carré de marbre portant ces seuls mots : Rovigo, 1832, était destiné à apprendre aux passants à qui ils avaient l'obligation de cette route si utile. La modeste inscription est maintenant presque cachée sous des plantes parasites, comme pourrait l'être un tombeau séculaire ; tant notre nation légère et oublieuse professe le culte des services rendus !

Après l'embranchement du chemin Rovigo, la rue du faubourg Bab-Azoun se continue le long de la mer.