Le vol à voile en Algérie (1862-1962)
Texte, illustrations : Pierre Jarrige

------Pierre Jarrige, né en 1940, à Burdeau (dpt de Tiaret), fut pilote privé et pilote militaire (ALAT) en Algérie. Il fait des recherches, depuis très longtemps, sur l'histoire de l'aviation en Algérie. Il a déjà produit trois livres sur l'aviation légère et le vol à voile. Il continue les recherches en vue d'un livre sur l'histoire del'aviation commerciale et militaire.
------ Je le remercie d'avoir eu la gentillesse de nous faire parvenir ces textes afin que vous puissiez en profiter.

Son site : www.aviation-algerie.com

sur site le 14 -11-2007
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Le vol à voile en Algérie (1862-1962)

Les précurseurs

L'Algérie, avec ses Atlas élevés et ses contrastes climatiques, offre les conditions favorables au vol à voile sous toutes ses formes. Dès 1862, Louis Mouillard y étudie le vol des oiseaux et, sur un planeur de sa conception, y effectue le premier vol humain en Afrique. Un peu plus tard, pour les autres grands théoriciens tels que Jean Bretonnière, Clément Ader et Julien Serviès, l'Algérie est le champ expérimental par excellence.

Le concours de Biskra de 1923

Fin 1922, le sous-secrétariat à l'Aéronautique envoie en Algérie le lieutenant Joseph Thoret afin de rechercher les sites propices au vol à voile en vue de l'organisation d'un concours, suite de celui de Combegrasse. Il arrive à Biskra et prospecte systématiquement la région avec un Hanriot 14 et arrête son choix sur le djebel Ed Delouatt, à 5 km au sud de Biskra, dont la ligne de crête de 3 km culmine à 255 m sur un dénivelé de 170 m environ. Le 3 janvier 1923, il tient l'air hélice calée 7 h 03, alors que le record du monde en planeur est de 3 h 22. Le concours, géré par les organismes d'Etat et par les militaires, et doté par de généreux donateurs, se tient du 26 janvier au 22 février 1923. Georges Barbot, sur planeur Dewoitine P2, effectue un vol de 8 h 36 et François Descamps parcours 5 100 m. A l'exception de celui de Descamps, tous les planeurs sont cassés, sans mal pour leurs pilotes, mais ce concours, riche d'enseignements, contribuera largement à faire progresser le vol à voile français et à mettre en valeur l'aérologie algérienne.
1930-1939


A partir de 1930, plusieurs aéro-clubs d'Algérie construisent ou assemblent des planeurs monoplaces rustiques et peu performants et font des efforts souvent décevants. Seuls, les frères Jamme construisent, à Mascara, un Avia 32e qui sera un réel succès.

En 1935, la Fédération aéronautique algérienne obtient la venue d'Eric Nessler qui découvre des sites à Bougie et Mostaganem et effectue des vols de démonstration à Maison-Blanche avec un Avia 40p qu'il laissera à la disposition de l'Algérie.

Avec ce planeur, André Costa, moniteur de l'Aéro-club de Mostaganem, célèbre par son ouvrage "L'art du pilotage", pilote épouvé, homme d'action et homme de terrain, réalise au Djebel-Diss des performances remarquables. Il entraîne à sa suite les bâtisseurs du vol à voile algérien : Lucien Saucède, Jean-Baptiste Cometti et Henri Carbonel à Constantine, Pierre Laffargue à Alger et Daniel Robert Bancharelle à Mascara. Alors que plusieurs aéro-clubs s'activent à motiver les jeunes et les moins jeunes, des centres aux dimension nationales s'implantent à Canastel (Oran), Djebel-Diss ( Mostaganem) et Djebel-Oum-Settas (Constantine). Le 10 décembre 1937, ces activités, d'initiative privée jusque là, sont relayées par le ministère de l'Air qui décide le financement du centre d'Etat du Djbel-Diss. Plusieurs pilotes algériens iront entre-temps se perfectionner en métropole et y obtiendront leurs brevets de moniteurs.

En 1938, l'étude et la réalisation du planeur-école biplace PLS-1, dérivé de l'avion léger SFAN 2, par les frères Saucède, permet de démarrer une activité rationnelle sur le terrrain du Djebel-Oum-Settas.
1940-1945
Après l'Armistice de juin 1940, les plus grands pilotes militaires, repliés en Algérie, attendent impatiemment de reprendre le combat aux côtés des Alliés. Le vol à voile passe sous la direction militaire de la Délégation des sports aériens en AFN. L'objectif est de créer des centres où le jeunes pourront pratiquer le vol à voile dans un cadre résolument para-militaire en camouflant ces activités aux commissions d'armistice allemande et italienne, ainsi que cela se pratique dans d'autres structures à travers toute l'Algérie selon les directives du général Weygand. Le centre du Djebel-Diss, le plus important, est animé par Maxime Lamort, Jacques Duchêne Marullaz et Henri Ferraris.

A partir de 1941, l'usine Caudron de Boufarik entreprend la construction d'une centaine de planeurs Avia 152a, de dix-sept Caudron C800 et de dix Avia 40p.

A la suite du débarquement allié du 8 novembre 1942, la plus grande partie du personnel est mobilisée et seul le centre du Djebel-Diss continue son activité, rejoint par d'autres centres en 1944.
1945-1962

Après la victoire, l'activité se développe avec l'arrivée de matériels plus modernes (planeurs SA 103 Emouchet, Castel 30s, Nord 1300, Nord 2000, remorqueurs Stampe, Morane 315 et 500, treuils Ford) sous la direction de la Délégation des sports ariens puis, à partir de 1949, du SALS-Algérie sous la responsabilité d'André Costa. André Costa trouve la mort à Maison-Blanche en C800 le 14 avril 1951 et Charles Rudel lui succède en novembre 1952. Deux centre d'Etat existent fin 1951 : celui du Djebel-Oum-Settas qui effectue environ 2 000 heures de vol par an et celui d'Oran-Canastel qui effectue environ 600 heures. L'activité se développe jusqu'à atteindre environ 7 000 heures par an en 1960. D'autres plates-formes s'organisent à Blida, Aïn-Témouchent ou Sidi-Bel-Abbès mais ne connaîtront pas leur plein développement du fait de l'insécurité.

Parmi les principaux animateurs d'après-guerre, se trouvent Lucien Saucède, Jean-Baptiste Cometti, Jean Serrières, Joannès Walkoviak, Henri Deloupy, Albert Carraz et Aurélien Alberca.

Les planeurs DACAL

Le parc compte quelques planeurs biplace C800 mais en nombre insuffisant et les crédits alloués ne permettent pas leur renouvellement. Le SALS-Algérie, sous la conduite de Charles Rudel, entreprend la construction, à Alger, du DACAL 105 et de huit DACAL 106, planeurs biplaces-école dérivés du SA 104 Emouchet. Ce matériel permet aux centres de disposer de planeurs modernes et bien adaptés aux conditions locales. Cinq Fauvel AV36 Ailes Volantes et huit Wassmer WA21 Javelot sont également construits par le SALS-Algérie.

La fin

La situation se dégrade rapidement à partir de 1961. Les vols se terminent à Constantine le 23 septembre 1961 et à Canastel le 13 août 1961. Le matériel est stocké en attendant des jours meilleurs qui ne viendront pas. Le vol à voile en Algérie est anéanti avant que les vélivoles aient pu exploiter en totalité les possibilités aérologiques de l'Afrique du Nord.