------Nous avons
appris que cette vaste contrée qu'était la
Berbérie avait pris, successivement, les noms de Numidie, de Maurétanie
pour enfin être désignée sous le vocable : "Pays
du Maghreb". Les premiers ouvrages qui rapportent les événements
annuels ne paraissent qu'au XVIè siècle.
------Les Maures avaient été
chassés d'Espagne par les armées des rois très catholiques,
Ferdinand et Isabelle. Ils trouvèrent refuge sur les rivages d'Afrique
d'où leurs aïeux étaient partis huit siècles
auparavant, à l'assaut de l'Europe occidentale qu'ils conquéraient.
------Mais l'accueil de leurs coreligionnaires
ne fut pas chaleureux, loin s'en fallut. Ils furent dépouillés
de leurs biens ramenés du continent ibérique. Leur interdisant
l'accès de l'intérieur, les Arabes ne les admirent que dans
les villes du littoral, à Tanger, Brescar, Ceuta, Oran, Béjaia,
Cherchell.
Ce traitement qu'ils jugeaient indigne revigora la haine des Maures contre
leurs vainqueurs, origine du développement des entreprises corsaires,
voire de piraterie qui recrutèrent en nombre, et à bon prix,
des flibustiers. Leurs proies étaient les navires marchands, richement
chargés à destination de l'Amérique dont la conquête
était entreprise par les pays d'Europe occidentale. Pour arrêter
les actes de piraterie, l'Espagne et le Portugal organisèrent des
expéditions, accompagnées de vaisseaux de guerre, sur les
côtes barbaresques. Mais, dès la fin des expéditions
et le retour des vaisseaux de guerre dans leurs ports d'attaches, la piraterie
reprenait bel et bien.
------Pour remédier à l'inefficacité
de ces expéditions, l'Espagne songea à occuper plusieurs
points du littoral africain afin d'exercer une permanente et efficace
surveillance des côtes et une rapide répression. C'est ainsi
que sont prises les villes portuaires suivantes
-en 1497, Melilla, par le duc de Médina Sonia ;
- en 1505, Mers-el-Kébir, par Don Diégo de Cordoue, marquis
de Comorès ;
- en 1509, Oran, assiégé par le cardinal Ximenès
;
-en 1510, Bejaia (Bougie) qui devint le centre de l'occupation espagnole,
par Pierre de Navarre, lieutenant du cardinal.
------C'est alors que les maîtres de
Tunis, Ténès, Alger, Mostaganem et Arzew, se soumettent
et demandent la suzeraineté
de l'Espagne. Mais cela ne suffit pas à éradiquer la piraterie
qui prit une nouvelle dimension avec de petits bateaux s'attaquant, non
seulement aux biens, mais aussi aux personnes qu'ils enlevèrent,
même sur les côtes espagnoles, loin de toutes surveillances.
------A la vue du déploiement de force
de Pierre de Navarre à partir de Bougie, vers Alger,
les pirates implorent pitié et offrent au roi d'Espagne, en gage
de soumission, une cinquantaine d'esclaves chrétiens avec la promesse
de ne plus armer de courses et de payer, durant dix années, tribut.
------Se méfiant de ces promesses,
les Espagnols firent construire sur les îles Béni-Mezegrenna,
en avant du port d'Alger, une tour-forteresse de surveillance, armée
de canons de gros calibres, dont la garnison était composée
de deux cents hommes. Sur les ruines de cette tour, dénommée
par les navigateurs "el Penon d'Argel", a été
érigé le phare qui signale l'entrée du port.
------A cette époque, Alger subissait
l'influence de deux corsaires turcs, musulmans, venant de l'archipel grec
où ils s'étaient rendus célèbres par leurs
courses sur les côtes d'Egypte et d'Italie.
------Dénommés Aroudj-ed-Din
et Khaïr-ed-Din,ils étaient connus en Europe sous le nom des
frères Barberousse.
------Le Bey de Tunis mit à leur disposition
son port et reçu la dîme de toutes leurs prises. Dès
la première sortie, ils démontrèrent leur capacité
en capturant deux galères du pape dont les équipages étaient
dix fois supérieurs en nombre aux leurs. Le Bey leur donna les
îles de Gelves qui devinrent l'arsenal et les chantiers de constructions
navales des frères Barberousse pour chasser les Espagnols qui l'occupaient,
ils échouèrent par deux fois - pour la petite histoire,
disons que l'aîné des frères Barberousse, Aroudj,
perdit son bras au cours de la première attaque de Bougie - et
s'installèrent à Gigel, port de moyenne importance, mais
suffisant pour leur entreprise. C'est ainsi que la Régence voit
les Turcs s'installer, pour la première fois, en terre berbère,
------A partir du port de Gigel, la piraterie
se développa sur les côtes de Sicile, de Sardaigne et d'Espagne.
C'est alors que la ville se transforme et prospère. Les habitants,
comblés par les richesses amassées, offrirent aux frères
Barberousse la souveraineté non seulement de la ville, mais de
tout son territoire. La fortune des frères pirates n'est qu'à
son début.
------Le cheikh arabe Selim Eutémy
était à la tête d'Alger. Il voulait s'affranchir des
contraintes espagnoles. Il fit appel à Aroudj-ed-Din, l'aîné
des Barberousse qui s'empressa d'accepter, ne voyant que l'intérêt
qu'il pouvait en tirer. Il organise ses forces armées qui sont
composées de Turcs et de renégats, commandées par
ses fidèles lieutenants. Il organise sa première expédition
sur Cherchell dont il s'empare, puis entre dans Alger où il fit
étrangler Sélim Eutémy qui l'avait appelé
et le reçut comme un libérateur. Aidé par son frère
Khaïr-ed-Din qui tenait la mer, et la force brutale des Turcs, il
s'impose comme souverain maître d'Alger dont la population, hostile
certes, courbe la tête.
L'ODJEAC
------Attaqué par les Arabes et les
Espagnols, il réussit à maintenir son pouvoir et même
à organiser l'administration de la ville et de ses domaines, mais
après avoir chassé les Arabes de leurs emplois, remplacés
par ses officiers les plus dévoués. C'est ainsi que fut
fondée une république, religieuse et militaire, placée
sous la suzeraineté de l'empire Ottoman. Sa formation était
dès lors dirigée contre la chrétienté. Un
gouvernement, appelé"l'odjeac d'Alger" est formé
; il est composé de musulmans originaires de Turquie ou de renégats
étrangers. La terreur est sa dynamique tant sociale que guerrière.
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-LES
EXPÉDITIONS ESPAGNOLES
------Les Espagnols dépêchèrent
une expédition sur Alger pour mettre sur son trône le fils
de Sélim Eutémy, héritier de ses Appelés par
les habitants de Bougie, titres et biens. Ce fut une déroute, dès
le débarquement facilité par l'absence de défenses,
grâce à la stratégie d'Aroudj ed Din qui utilisa les
Arabes, les Turcs et la cavalerie bédouine. Les forces terrestres
rembarquées, une violente tempête se lève et dresse
les vaisseaux les uns contre les autres ; un grand nombre se brisèrent.
Le quart seulement de l'armée qui composait l'expédition,
rentra en Espagne.
-----La puissance des Barberousse s'en trouve renforcée.
Elle n'en fut que plus lorsque les Arabes de la Mitidja, venus pour venger
la mort de leur prince et se débarrasser des frères Barberousse,
furent battus par l'aîné, Aroudj-ed-Din, qui est allé
à leur rencontre, à la tête de ses Turcs et pénétra
dans Ténès dont il réunit l'Etat à Alger.
------Les habitants de Tlemcen reçurent
l'ordre d'Aroudj-ed-Din de ne plus commercer avec Oran, rendant ainsi
précaire la situation des Espagnols. Ce fut sa perte. Après
avoir forcé les lignes des Espagnols qui assiégeaient la
ville, il est rattrapé au cours d'une folle équipée.
Les Turcs de son escorte durent faire face, en carré, aux assaillants
; ils ne cessèrent le combat que lorsque leur célèbre
chef, manchot, eut le coeur transpercé par la pique de don Garcia
Tinéo, lieutenant de l'armée espagnole.
------Khaïr-ed-Din, le second des Barberousse
était aussi stratège que son frère, mais il fut aussi
un fin diplomate. Animé d'une haine implacable, tout comme son
aîné, à l'égard de la chrétienté,
il sut s'attirer l'affection des populations en faisant montre d'une grande
ardeur contre les Chrétiens et en s'entourant des Marabouts les
plus reconnus pour leur sainteté.
------Il adressa un messager au Grand-Seigneur
de Constantinople à qui il déclara que son maître
se reconnaissait tributaire de la "Sublime Porte" et lui fit
de riches offrandes. Selim, le sultan régnant accepta cette nouvelle
possession et constitua Khaïr-ed-Din, gouverneur de la Ville d'Alger
avec le titre de bey. Il envoya deux mille hommes en renfort à
Alger et décréta par firman que les volontaires qui voudront
s'y rendre auraient un traitement semblable à celui des janissaires
de Constantinople, outre la gratuité du passage.
------Charles Quint voulut mettre un terme
aux agissements des Turcs et les chasser de l'Afrique septentrionale.
Une nouvelle expédition sous les ordres du vice-roi de Sicile,
le marquis de Moncade, fut dépêchée. Quinze cents
hommes furent débarqués et postés dans l'attente
de l'arrivée des troupes, retardées, du Sultan de Tlemcen
pour passer à l'attaque. La tempête se levant, vingt-six
navires sombrent et quatre mille hommes périrent, noyés.
Le reste de l'armée espagnole rembarque dans le reliquat de l'armada
de vaisseaux et débarque dans l'une des îles Baléares.
------Khaïr-ed-Din songe alors à
poursuivre ce qu'avait commencé son aîné, étendre
le territoire d'Alger. Il utilisa les dissensions des deux fils de Bou-Hamoud
qui se disputaient l'héritage de la principauté de Tlemcen.
II prit fait et cause pour le plus jeune, Messaoud et vint s'installer,
après la mort de l'aîné, assassiné par son
escorte, dans la Ville du royaume qui devint tributaire de l'odjeac.
------C'est de la même façon
que Barberousse devint le suzerain de Ténès, Mezouna, Mostaganem.
------En quelques années il fait envahir
et se rend maître des autres principautés berbères
qu'il entend s'approprier aussi Médéah, Constantine, Mostaganem,
Tlemcen et même Tunis qui fut soumise quelque temps.
------Voila comment Alger imposa son nom
à tout le territoire de " Tabarque à Milonia"
et devint l'Algérie. L'influence de ses chefs, à la suite
de leurs conquêtes retentissantes, déborde les rives méditerranéennes.
------Le souverain de Tunis prit ombrage
des succès de l'odjeac et s'inquiéta de la puissance algérienne.
Il soutient le soulèvement des Arabes qui font le siège
d'Alger. Mais Barberousse ne s'en laisse pas conter et tranche des têtes
pour ramener une soumission qui ne fut qu'apparente avant de se retirer
à Gigel d'où il porta l'épouvante sur toutes les
côtes de la Méditerranée, abandonnant Alger. Il y
revint prendre le pouvoir à Hamed-benel-Cadi qui l'avait outragé
en faisant bombarder l'un de ses vaisseaux à l'entrée du
port d'Alger. Il fit débarquer ses troupes à Sidi-Ferruch.
Les rebelles furent mâtés et pour preuve d'allégeance
décapitèrent l'usurpateur et apportèrent sa tête
en demandant l'aman. Barberousse se retourna contre Cherchell dont le
cheikh, Kara-Hassan, qui fut son lieutenant, ne payant plus l'impôt,
avait fait alliance avec les Espagnols pour ruiner l'odjeac. Il rentra
dans la ville et fit étrangler en sa présence celui qui
l'avait trahi. Les autres royaumes ou sultanats rentrèrent dans
l'ordre et Khaïr-ed-Din rétablit son autorité sur le
vaste territoire.
------Le 6 mai 1530, il investit et fit bombarder
la garnison espagnole de la tour du Penon, à l'entrée du
port, après avoir sommé le commandant de se rendre.
Le siège dura 10 jours à l'issue desquels l'assaut fut donné.
Les Turcs, sabre au clair, pénétrèrent par les brèches
ouvertes et trouvèrent devant eux des cadavres, des hommes mutilés,
affamés et atteints par la maladie qui ne leur opposèrent
pas de résistance. Le commandant de la garnison fut invité
à abjurer sa religion. Refusant l'apostasie, il fut frappé
à mort, à coups de bâtons.
------La flotte espagnole dépêchée
au secours arriva trop tard et les trente galères qui la composèrent
furent attaquées par Barberousse qui alla jusqu'à Valence
et Barcelone recueillir les Maures expulsés d'Espagne par l'empereur.
Gaston Bautista
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