Le sport féminin nord-africain (vu d'Alger à partir des années quarante)
extraits du numéro 109, mars 2005 de "l'Algérianiste", bulletin d'idées et d'information, avec l'autorisation de la direction actuelle de la revue "l'Algérianiste"

Descendantes des pionniers habitués aux efforts qu'impliquèrent leur installation sur une terre hostile, comme aux combats du quotidien pour y survivre, les femmes de notre communauté ont apparemment développé une inclination particulière pour l'effort physique et le désir de vaincre. Ceci explique peut-être, le soleil aidant, qu'elles aient, à l'image de leurs compagnons, aimé la vie de plein air et la compétition.


sur site le 21-10-2010

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Le sport féminin nord-africain (vu d'Alger à partir des années quarante)
Maurice Crétot


La Fédération Française Féminine de Gymnastique et d'Éducation physique fut la première à faire connaître nos sportives à la France dans les années trente. Aux fêtes fédérales de Charleville, Vichy, Lille, Nice, Évian, Clermont-Ferrand, Dinard, nos représentantes furent invitées à participer et défiler en burnous de parade.

En 1934, la fédération mère dut convenir que " les Algéroises étaient nettement supérieures aux métropolitaines " et désigna par ailleurs l'équipe de l'Algéria-Sport pour représenter la France au Tournoi international de Budapest.

Ceci dit, nous avons peu de traces des femmes ayant pratiqué de façon notoire, un sport quelconque avant le dernier conflit mondial mais, passée cette date, nos filles montrent un engouement certain pour la vie des stades. Les premières années rendent leurs efforts méritoires car les installations mises à leur disposition souffrent des lendemains de guerre. Leur détérioration est imputable à leur réquisition par l'autorité militaire alliée qui y déposa marchandises, armements et véhicules.
Un journaliste affirmera que " la réquisition y a fait plus de dégâts que la guerre elle-même... ".

Les moyens resteront longtemps dérisoires.Des poutres de bois font office de starting-block, les écussons des clubs sont fixés aux maillots par une agrafeuse, voire une épingle à nourrice, les dossards sont peints au pochoir, les chaussures rarement adaptées aux cendrées tandis que sable, mâchefer et tapis-brosses des réceptions ne sont pas encore remplacés par de moelleux coussins. Il arrivera à nos représen
tantes de finir modestement sixièmes aux championnats de France, défavorisées par les pointes de leurs chaussures trop courtes pour les pistes de Bordeaux plus molles que celles d'Alger. Les départs sont longtemps donnés à la voix et un média soulignera qu'un record de France n'a pu être " abattu ", faute d'un départ donné au pistolet...

L'administration est chiche et les wagons transportant nos championnes entre Alger, Oran, Constantine, Casablanca ou Tunis sont moins luxueux tandis que les traversées maritimes qui conduisent nos sportives aux championnats de France, se font sur les chaises longues des ponts de quatrième classe de l'époque.

En outre à cette époque, en 1945, le fonctionnement de l'administration reste désorganisé par le récent conflit. Un dossier non transmis dans les temps, prive l'Algéroise Martinez des championnats de France à Bordeaux auxquels elle ne pourra participer que l'année suivante.

Par ailleurs, pour des raisons économiques, il arrivera que des rencontres entre la France et ses voisins européens soient réservées aux compétitrices métropolitaines, souvent moins bien classées, mais dont le déplacement était moins onéreux pour le budget national. En 1956, l'Algéroise Simone Brièrre, deuxième des sélectionnées pour France-Belgique devra céder sa place à la troisième, habitant Paris; l'aller-retour bateau plus train revenant plus cher à la Fédération qu'un simple Paris-
Bruxelles...

Malgré restrictions et pénuries, progressivement compensées, tous les sports seront très vité pratiqués et l'Algérie, comme d'ailleurs le Maroc et la Tunisie, devient " un creuset d'athlètes et une pépinière de championnes ".

À l'image de leurs nombreux et déjà célèbres compagnons, nos jeunes femmes enrichissent en Algérie le sport français des années quarante jusqu'à l'indépendance du territoire, en pratiquant athlétisme, natation, tennis, basket, volley-ball, hand-ball, cyclisme, ski de neige et nautisme, escrime, aviron, hippisme, aviation et parachutisme, plongée sous-marine, judo, golf et cross-country.

Les comptes-rendus qu'en proposent les quotidiens d'Alger comme l'Écho d'Alger, la Dépêche algérienne, Alger Républicain, Alger Soir, pour ne citer qu'eux, sont toujours fidèles et circonstanciés. Ceux d'Oran, de Constantine et des autres villes marocaines ou tunisiennes ne sont pas en reste. Rappelons aussi les publications qui couvrent l'Afrique du Nord comme par exemple TAM, But, Sport Afric, Algérie Magazine, l'Africain Sport, Omni Sport, Rafales, etc...

Sous la plume de Tony Arbona, P. Balazard, Charly Bonardi, Paul Bourdis, Fernand Carrerras, S. Demarchi, Noël Guénar, André Lopez, Henri Torre et de A. C., M. Ch., M. P., P. B. (?), la presse sportive algéroise évoque l'affluence dans les stades et l'enthousiasme qui éveillent les exploits de nos jeunes femmes. Nombreuses sont les occasions de les admirer.
Citons pour mémoire, en nous limitant pour l'exemple à la ville d'Alger, les championnats nord-africains, d'Algérie ou d'Alger, les compétitions organisées par la municipalité, l'armée, la police et d'autres institutions, sans oublier de nombreux challenges comme ceux de Géo André, Cardona, Armani, ou encore les criteriums féminins et leurs relais d'argent. On se souvient encore des coupes Calléja, de l'A.S.P.T.T., Herce, Gaffiot, des coupes de Pâques, de la Victoire, du Gouverneur général et du tournoi des Hostilités. Un journaliste en verve dira un jour: " Nos sportives sportent bien... ".

Citons pour mémoire, sur la seule ville d'Alger, quelques-uns des nombreux clubs qui accueillent nos championnes tels le Racing Universitaire Algérois, les Groupes Laïques d'Etudes d'Alger, AlgériaSport, le G.S.A. Hydra, l'A.S. Kouba, l'A.S. Saint-Eugène, l'A.S.T.A., l'A.S.M.A., le Raquette Club, le Tennis Club du Télemly, le Tennis Saint-Georges, le Parachute Club, l'A.E.R.F., l'Aéro-club, le Judo-club, la Société de Tir d'Alger, les clubs d'El-Kettani, du Cap Matifou, de la Madrague, l'Heure Joyeuse, les Capucines, les Cigales et l'Union cycliste algéroise.

Qu'hommage soit rendu aux fondateurs de ces clubs, à tous ceux qui s'impliquèrent dans la préparation physique de nos sportives, l'organisation et la surveillance des épreuves et particulièrement aux entraîneuses et entraîneurs talentueux qui les formèrent : Mmes et MM. Ali- Chérif, Arène, Arlandis frères, Baechler, Balazard frères, Benaïm, Bertin, Boissonnade, Borg, Bozon, Cadres, Calmet, Camou, Capeau, Castagnot, Cerda, Charbonneaux, Chazot, Chérif, Chouzenoux, Climent, Cosman, Cosson, Coste, Crivelli, Darbelet, Daupin, Dauzon, de Stampa, Deschamùps, Duc, Duclos, Ducret, Escriva, Espanol, Fabrega, Faussot, Ferrary, Ferrier, Finelle, Flogny, Gacon, Gil, Giovannoni, Giraud, Hermant, Klein, Labiste, Lagarde, Lacoste, La Ferté, Lebraty, Le Cannelier, Llitteras, Lopez, Lucet, Ludo, Margueritte, Mari, Marie, Michaud, Oliviérie, Pallenc, Passani, Péna, Portella, Régnier, Rey, Ribal, Richier, Rivet, Rizzo, Rossi, Rusqua, Sabatier, Salvignol, Schiavo, Sève, Sirieix, Solal, Soron, Stoezel, Stolpa, Tiberino, Tibério, Tomasini, Tourtaud, Vouillot, Zumbini.

sport féminin nord-africain



De nombreux chroniqueurs ont insisté sur les performances de nos sportives, cadettes, juniors ou seniors, égales ou souvent supérieures à celles de la métropole.

Certaines d'entre elles furent mondialement célèbres et représentèrent la France au sommet des nations comme Micheline Ostermeyer, triple médaillée olympique en athlétisme ou Françoise Durr, troisième tenniswoman au classement international.

Certaines autres, célèbres elles aussi, représentent la France aux Jeux Olympiques et dans d'autres rencontres internationales
comme Simone Brièrre en athlétisme et Héda Frost en natation. À l'image des précédentes, quelques-unes de nos championnes défendent nos couleurs au sommet des palmarès européens comme Bouvier, Delforge, Nebot, Rees-Lewis. D'autres, déjà riches de nombreux titres nord-africains, représentent nos départements aux championnats de France, y surclassent souvent leurs adversaires métropolitaines et s'emparent même de records de France, comme Hournarette, Gazagne, Martinez, Planelles en athlétisme, Vallerey et Tanguy en natation. La liste des compétitrices nord-africaines s'illustrant aux divers criteriums et championnats de France dans l'ensemble des disciplines, s'enrichit des noms de : Mmes Adreid, Botella, Castaignet, Derdouche, Deferou, Laquière, Lavernhe, Lefèbvre, Mélia, Molinet, Siary, Vautrin. Ajoutant leur nom aux palmarès des précédentes " internationales ou nationales ", Adam, Bernarl, Péri, Estève, Conquy, Coquand, Detrez, Pomier, Simian, empochèrent d'excellents records d'Afrique du Nord dans la foulée des Alcaraz, Beauzon, Baeschler, Capelle, Chapolard, Dolques, Garandel, Khelif, Lepigre, Solal, Tierce, Veillon.

À l'image des sportives citées ci-dessus, longue est la liste de celles dont les titres de haut niveau enrichissent les championnats nord-africains comme ceux d'Algérie ou d'Alger. Figurent à ce palmarès : Mmes Arbona, Attard, Baelde, Bellanger, Beringuer, Bonnard, Basset, Bovis, Brun, Charlier, Chauvin, Clévenot, Creach, Delmas, Desmet, Dessault, de Stampa, Dosques, El Guez, Escolin, Garandel, Gazagne, Grimaus, Labrossa, Landre, Lorion, Maire, Nebot, Planelles, Plourdeau, Roucayrolles, Savignol, Tiberino, Turquet de Beauregard, Zerida, pour ne citer qu'elles et prendre le risque d'en oublier plusieurs autres aussi talentueuses.

Parmi les innombrables sportives qui se sont illustrées en Afrique du Nord entre 1940 et 1962, à l'exclusion de celles dont les exploits restèrent limités au Maroc ou à la Tunisie, citons celles qui laissèrent leur nom dans la seule presse sportive algéroise: Abad, Adam, Adreit, Adrover, Aguirre, Alary, Alemany, Alexandre, Alcaraz, Altairac, Amalfitano, Amiel, Amizet, Andreani, Angeli, Aquilina, Arbona, Arocca, Attard, Aubagnac, Aupecle, Bacqueyrisses, Basset, Baelde, Baeschler, Beauzon, Bellanger, Belleculée, Belmontet, Benimelli, Bensoussan, Berenguer, Bernai, Bernard, Bertau, Bessault, Binel, Blanchard, Bonnard, Botella, Bourla, Borie, Bougeni, Buisson, Bouvier, Bovis, Bremontier, Bretes, Breton, Breuneval, Brièrre, Brun, Brunet, Brunot, Calvet, Camus, Capelle, Castaigne, Catala, Cathaud, Chapolard, Charlier, Chauvin, Chiche, Clévenot, Clouard, Combes, Conquy, Coquand, Cosso, Costa, Courtinat, Creache, Crodillon, Dauzon, Davo-Koubi, Debay, Deferrou, Delforge, Delmas, Deluppe, Demay, Demet, De Montreuil, Demoylin, Derdèche, Derdouche, Domergue, Dessault, de Stampa, Detrez, Dolques, Doria, Dugeny, Durand, Durr, Dutilloy, El Guez, Eliot, Escollier, Escolin, Esposito, Estève, Falcucci, Fernandez, Finat, Foissin, Fontaine, Four, Frendo, Freschpech, Frost, Fuster, Gallet, Garandel, Garcia, Garat, Gascon, Gauroy, Gazagnes, Gazeaux, Georges, Georgi, Gerdes, Gille, Giry, Godard, Gonyer, Gonzalez, Gouillet, Gouver, Gouyer, Gouzon, Goyard, Graziani, Grimaud, Gruesse, Guenerin, Guerin, Hadjaj, Heid, Hournarette, Jeanjean, Khelif, Koler, Kovacs, Krumba, Labrossa, Landres, Laquière, Lavernhe, Lebon, Lefvre, Lefranc, Legendre, Leheurteur, Lepigre, Leroux, Leval, Levy, Lolliot, Lorion, Lorette, Maire, Malinconi, Magnan, Mandelbaum, Manducci, Marie, Martinez, Mathieu, Mayeux, Meffre, Megnin, Meilhot, Melia, Mendre, Merlhiet, Merliot, Messud, Meueroffer, Migat, Molinier, Molinet, Mongellas, Montovani, Morata, Nebo, Nebot, Nessler, Olmi, Ostermeyer, Ouzilou, Padovani, Palmade, Pantin, Peconil, Pecouil, Pedros, Peret, Perez, Peri, Perret, Pietri, Pinon, Planelles, Plançon, Plourdeau, Poirier, Pommier, Prieur, Provellard, Provilard, Ramakers, Reboul, Rees-Lewis, Reusser, Ricci, Riera, Rizzo, Rizzoli, Rochard, Roge, Roig, Rollin, Roucayrol, Rousselot, Ruiz, Saingery, Salem, Salf, Salom, Sauvayre, Savignol, Schiano, Schopf, Schultz, Sendra, Sghir, Siary, Simian, Sintes, Sireix, Solal, Soler-Baelde, Stouko, Souyne, Suzanne, Tachet, Tanguy, Tahon, Tibault-Chamblaut, Tiberino, Tierce, Tirebois, Tondeur, Tomberino, Torchet, Trehoust, Tremelat, Trigano, Tucci, Tur, Turquet de Beauregard, Vaissières, Valente, Vallerey, Vautrin, Veillon, Villevalle, Zerida, Zimmermann.

Conscient d'avoir utilisé, malgré notre attention, des sources probablement incomplètes, cette liste n'est malheureusement pas exhaustive et les spécialités dans lesquelles s'illustrèrent les femmes dont les noms sont cités, ne sont guère mentionnées parce que certaines d'entre elles ont pratiqué, simultanément et avec succès, plusieurs sports différents. Par ailleurs, les nombreuses sportives seulement citées dans les quotidiens des territoires oranais, constantinois, tunisiens ou marocains pour y avoir limité géographiquement leurs activités, n'apparaissent pas dans cette liste réservée, rappelons-le, aux seules Algéroises ainsi qu'aux autres nord-africaines des contrées atlantiques ou méditerranéennes qui apparurent sur les aires algéroises de compétition. Ceci ne signifie pas qu'Alger eut l'apanage du sport féminin en Afrique du Nord. Les succès aux sommets nationaux ou internationaux furent loin d'être limités, comme chacun le sait, aux seules Algéroises. Ceci pourrait d'ailleurs faire l'objet d'un article complémentaire...

Comparativement aux faramineux cachets actuellement attribués aux vedettes du sport par les comités organisateurs, les retransmissions télévisuelles ou la publicité commerciale, le désintéressement absolu des sportifs et sportives de cette époque, reste le souvenir le plus admirable qu'on garde de leurs exploits.

Bon nombre de ces athlètes ont aujourd'hui encore, gardé cet amour du sport. Les rencontrer procure un réel plaisir. Quelques-unes se retrouvent parfois comme Lucette Martinez et la regrettée Micheline Ostermeyer, au Festival du film algérianiste de Nîmes en 1999; comme Simone Brièrre et Héda Frost lors d'une conférence donnée sur le sujet au Cercle algérianiste d'Hyères en 2002. Certaines d'entre elles, à ce jour grands-mères voire arrière-grands-mères, retrouvent leurs lointaines sensations sur les pistes de ski, les courts de tennis, les bassins, les greens et les parcours.

Leur passé mérite toute notre reconnaissance. Elles ont montré les ressources physiques et morales de notre communauté et leur palmarès a largement contribué au renom du sport français.

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Bibliographie:
- L'algérianiste.
- Alger - Revue, municipalité d'Alger.
- Presse nord-africaine de 1945 à 1962: l'Écho d'Alger, Dépêche Algérienne, Alger . Républicain, Alger Soir.
- BRIAT (A. M.), de LA HOGUE (J.), Des chemins et des hommes.
- Golu (M.), L'Écho des Rapatriés d'Outre-mer.
- L'Équipe.
- SIGALA (L.), Histoire illustrée des Sports et de l'Éducation Physique en Algérie de 1946 à 1962, Africa Nostra éditeur.
- BLOIT (M.), Micheline Ostermeyer ou la vie partagée.
- Natation Magazine.
- Pied-Noir Magazine.
- Tennis de France.